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LETTRES CONGOLAISES

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J.P. Makouta-Mboukou : Un baobab de la littérature congolaise est tombé

Nous avions pleuré le professeur Jean Pierre Makouta-Mboukou. Si on pouvait dire que son cadet Sylvain Bemba était parti à Mpemba, lui, est parti rejoindre ses exilés de la forêt vierge dans le royaume des cieux ce 09 octobre 2012.

Oublié par ses collègues écrivains qui souvent confondaient Makouta-Mboukou homme politique et Makouta-Mboukou créateur des œuvres de l’esprit, il n’a pas connu la notoriété qu’ont connue certains de ses collègues qui parfois ont été ses « élèves » en matière de création littéraire. Jean Pierre Makouta-Mboukou apparaît comme l’un des grands écrivains qu’a connus la République du Congo, l’universitaire le plus pluridisciplinaire de son pays que la jeunesse devra découvrir même après sa mort. Et une grande partie de la société universitaire et politique (y compris ses détracteurs) l’a glorifié après sa mort. Comme on dit chez les Kongo, ses ancêtres, « Wa fwa wa toma » (Tout mort est toujours glorifié). Mais comme les « créateurs » des œuvres de l’esprit ne meurent jamais, la jeunesse aura toujours besoin de ses œuvres. Et à cette jeunesse, nous présentons l’universitaire écrivain qui aura marqué notre XXe siècle littéraire. Il a d’abord été écrivain avant d’être acteur politique, comme d’ailleurs se définissent tous les grands écrivains politiques de la planète. On doit d’abord être écrivain avant d’aller vers la politique pour pérenniser son talent comme l’ont fait nos classiques tels Jean Malonga, Jean Baptiste Tati Loutard, Sylvain Bemba, Antoine Létembet Ambily, Guy Menga, Tchichelle Tchivela et plus près de nous Sony Labou Tansi. A quelques exceptions près, le sens contraire (homme politique devenu écrivain) nous donne une classe de « créateurs » de livres que l’on pourrait appeler « écrivants » comme le signifiait mon père spirituel, le doyen Jean Baptiste Tati Loutard. Découvrons le grand baobab de notre littérature qu’est le professeur Jean Pierre Makouta-Mboukou qui vient de nous être arraché par la force du destin sortie d’un certain mois d’octobre de 2012.

Jean Pierre Makouta-Mboukou est né le 17 juillet 1929 à Kindamba-Boko, un coin mythique de la région du Pool qui a donné au pays des grandes figures dans les domaines universitaire, religieux, sportif, artistique, politique…

Jean Pierre -Mboukou est le modèle d’enseignant qui a travaillé du primaire au supérieur tout en se formant continuellement. Brillante carrière universitaire avec plusieurs doctorats (le seul qu’a connu le pays jusqu’à présent). Romancier, poète, dramaturge, essayiste, et critique littéraire, membre de l’Académie des sciences d’Outremer, il a enseigné à Dakar, Brazzaville, Paris dans la grande et prestigieuse Sorbonne, à Ouagadougou, et Abidjan avant de se donner pleinement à la politique de son pays. Il est vite déçu par la façon de « diriger » en Afrique car transformé par plusieurs années d’années d’exil, d’où sa virulence contre la politique politicienne. Il revient au pays à la faveur du multipartisme et participe à la Conférence nationale de 1991. Il est sénateur avant la guerre de juin 1997 qui l’oblige de revivre l’exil pendant quelques années tout en continuant d’écrire. A la faveur de la paix que retrouve pays après la victoire du président Denis Sassou Nguesso sur ses adversaires politiques, il rendre au pays quelques années après la mort de son épouse en France.

Une carrière littéraire fournie et variée qui fait de lui le plus grand baobab du pays au niveau de l’enseignement supérieur et de la création littéraire. Une bibliographie énorme qui n’a pas d’égale au pays.

. Les Initiés, Yaoundé, Clé, 1970, (nouvelle)

. Introduction à la littérature noire, Yaoundé, Clé, 1970 (étude)

. En quête de la liberté, Yaoundé, Clé, 1970 (roman)

. L’me bleue, Yaoundé, Clé, 1971 (poésie)

. Le Contestant, Paris, La pensée universelle, 1973 (roman)

. Les Exilés de la forêt vierge, Honfleur, P.J. Oswald, 1974, (roman)

. Cantate de l’ouvrier, Honfleur, P.J. Oswald, 1974)

. Le Français en Afrique noire, Paris, Bordas, 1977 (étude)

. Introduction à l’étude du roman négro-africain de langue française, Dakar/Abidjan, NEA, 1980, réédité en 1983 (étude)

. Et l’homme triompha, Paris, Fondation du prix Mondial de la Paix, 1983 (récit)

. Les dents du destin, Dakar/Abidjan, NEA, 1984 (roman)

. Mes 10. 000 mots : Dictionnaire français (en collaboration, NEA/Bordas, 1983 (étude)

. Spiritualités et cultures dans la prose romanesque et la poésie négro africaine, Abidjan, NEA, 1983 (essai)

. Les Grands traits de la poésie négro africaine : Histoire-poétique-Signification, Abidjan/Dakar, NEA, 1985 (essai)

. Le Dr Trân-Minh Tiêt et le Social humanisme des peuples, Paris, Fondation du Prix Mondial de la Paix, 1985 (essai)

. Une lecture de « Gouverneurs de la rosée », Abidjan, NEA, 1987 (essai)

. L’Homme aux pataugas, Paris, L’Harmattan, 1992 (roman)

. Littérature de l’exil : des textes sacrés aux œuvres profanes (étude comparative), Paris, L’Harmattan, 1993 (essai)

. La Destruction de Brazzaville ou la démocratie guillotinée, Paris, L’Harmattan, 1999 (étude)

. Systèmes, Théories et Méthodes comparées en critique littéraire. Vol 1 : Des poétiques antiques à la critique moderne, Paris, L’harmattan, 2003 (étude)

. Systèmes, Théories et méthodes comparées en critique littéraire, Vol 2 : Des nouvelles critiques à l’éclectisme négro-africain, Paris, L’Harmattan, 2003 (étude)

A cela, il faudrait ajouter la foultitude de textes de conférence qu’il donnée dans quelques universités de la planète et les manuscrits qui attendaient d’être livrés à des éditeurs.

Avec ce parcours exceptionnel dans le domaine de la création (fiction (1), poésie, essai et étude), nous ne pourrions peut-être pas nous tromper si nous affirmons que Jean Pierre Makouta-Mboukou mériterait le titre de Professeur des professeurs avec plusieurs doctorats en son compte. C’est l’universitaire-écrivain le plus fécond, le plus prolixe et le plus prolifique du XXe siècle littéraire congolais. Sa mort, une perte que les universitaires congolais auront de la peine à combler quand on voit dans quelle situation se trouve maintenant l’université congolaise. Et la 1ère session du Conseil national de l’enseignement supérieur qui s’est tenue dernièrement à Brazzaville du 23 au 25 octobre 2012 sous le thème de la « Mobilisation de la communauté universitaire congolaise pour un enseignement supérieur orienté vers la situation des besoins du développement » vient au bon moment. Car elle pourrait redorer le blason notre alma mater gagné par des antivaleurs qui caractérisent la plupart des universités africaines tels le favoritisme, l’ethnicité et même peut-être le syndrome des « moyennes sexuellement transmissibles ». Antivaleurs auxquels il faudrait ajouter  une léthargie notoire dans laquelle sont vautrés enseignants et enseignés depuis plus d’une décennie.

Noël KODIA

découvrir le résumé des œuvres de fiction de Jean Pierre Makouta-Mboukou dans mon  Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises, Paris, éditions. Paari, 2010. 

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