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A la mémoire de Franco, le colosse du Congo

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Franco a toujours été plus grand que nature, au propre comme au figuré.

Il y a bientôt dix-sept ans que la biographe de Graeme Ewens, un journaliste et producteur britannique, consacrée à Franco, sortait des presses tandis que les Congolais de deux rives pleuraient encore à chaudes larmes à l’évocation de son nom. Et pour cause, l’homme a toujours été plus grand que nature, au propre comme au figuré. Tout est placé sous le signe de la démesure quand il s’agit du grand, du magistral, que dis-je, du colossal Franco (1938-1989) et de son tout-puissant orchestre kinois, le OK Jazz. Mais qui était-il ? Quelle œuvre laissera-t-il pour la postérité? Voilà les deux questions auxquelles l’ouvrage de Graeme Ewens tente de répondre en slalomant entre deux pôles opposées, entre l’enthousiasme contagieux caractéristique des aficionados et le sérieux que l’on prête ordinairement aux biographes anglo-saxons.

Tout a commencé sous des auspices des plus difficiles. A Sonabata, village du Bas-Congo, le 6 juillet 1938,  au petit matin précise la légende, maman Hélène Mbonga Makiesse accouche d’un garçon à la santé très fragile : Luambo Makiadi François. A dix ans, le miraculé de Sonabata est orphelin de père, sans soutien autre que sa pauvre mère échouée à Ngiri-Ngiri, un bidonville de Léopoldville (ex-Kinshasa). Il abandonne l’école en 3ème primaire, s’occupe de ses quatre frères et sœurs, aide sa mère vendeuse de beignets et se jette à corps perdu dans le maelström de la ville. Il s’essaie à l’harmonica, puis découvre la guitare qu’il ne lâchera plus. A Léopoldville, les années cinquante ont vu déferler la musique cubaine. Les jeunes rebelles de Ngiri-Ngiri, de Matongue ou de Bassengue rivalisent d’inventivité. Les rythmes du terroir – gages de la sociabilité – et le mille et un répertoires traditionnels sont brassés avec une stricte économie instrumentale (tam-tam, guitare sèche, accordéon, bouteille…). L’arrivée des phonographes assure une excellente diffusion. Le pays tout en entier est au même diapason grâce au gros émetteur de radio Congo – et des musiciens belges à l’instar de Bill Alexandre et son studio portatif s’installent à Léopoldville pour la grande joie des mélomanes. Des producteurs grecs (qui sont aussi des propriétaires de bars) créent des labels et sortent les premiers vinyles.

En 1953, Joseph Kabasele lance le premier orchestre modeste, l’African Jazz, qui va régner sans partager jusqu’à l’arrivée de l’OK Jazz mené par Franco. Les deux mastodontes domineront la scène congolaise et continentale pendant un demi-siècle. On parlera de ces chefs comme deux puissances tutélaires. Au cours de deux décennies suivantes, Franco est à l’apogée de sa gloire. Il tutoie les cieux et taquine Mobutu quand il veut. Les orchestres se multiplient, l’argent afflue, les titres s’accumulent par monceaux. Et forcément, on jalouse ses succès et l’on brode des histoires loufoques sur son compte. Il serait sorcier, lié par un pacte mortifère à Mobutu et protégé par des influents fétiches. Pire, il appartiendrait à un secte de vampires. Lui n’en a cure, comptant sur sa bonne étoile et son immense talent. Un nouveau mal fit son apparition et étête la fine fleur de la scène nocturne. Franco en est atteint. La nuit du 12 octobre 1989 l’homme aux mille surnoms s’effondre dans un hôpital belge. Le colosse kongo est tombé, reste son œuvre de titan : Franco et son orchestre protéiforme compterait jusqu’à 1000 titres en trente-trois de carrière. Quant à son empreinte, elle est disséminée partout au Congo, en Afrique et ailleurs dans le monde.

Abdourahman Waberi

Né à Djibouti, Abdourahman Waberi vit entre Paris et les Etats-Unis où il enseigne la littérature. Il est l'auteur de nombreux romans, notamment Aux Etats-Unis d’Afrique. abdourahmanwaberi.com

(1) Graeme EWENS, ‘Congo Colossus : The Life and Legacy of Franco & OK Jazz’, Buku Press, Norfolk, UK, 1994, 320 pages.

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Franco, Guitar Hero

Artiste prolifique jusqu’à sa disparition en 1989, Franco continue d’être l’un des personnages centraux de la musique congolaise. La compilation Guitar Hero rend hommage à ce géant de la rumba à travers une sélection de chansons qui sort de l’ordinaire, mais réédités de façon discutable.
Certaines pochettes de disque savent accrocher le regard et donner envie d’aller plus loin. Celle de Franco, Guitar Hero, sobre dans la construction mais avec des couleurs harmonieuses, fonctionne comme une porte d’entrée que l’on franchit sans retenue aucune, les papilles stimulées par cette saveur du passé – entre trois et quatre décennies – qui se dégage de la photo du guitariste congolais.
Au verso du CD, on apprend que les neuf morceaux sont "réédités pour la première fois depuis leur sortie originale sur vinyle". Alléchant, à défaut de s’avérer exact, car quelques titres se sont en réalité déjà retrouvés sur des compilations consacrées au Grand Maître Franco au cours des quinze dernières années. Tout au moins est-il vrai que ces chansons sont rares sur le marché et que cela mérite d’être salué car le vaste répertoire de ce porte-étendard de la rumba a plutôt tendance à être ratissé toujours au même endroit.
Parfois, elles sont parues au nom de leur interprète, comme Ce n’est pas possible, Chouchou sur lequel la voix est celle de Vicky Longomba, père du roi de la techno soukouss Awilo Longomba. Ntesa Dalienst fut lui aussi un des chanteurs en titre de l’orchestre OK Jazz de Franco, qu’il a rejoint en 1976, enregistrant l’année suivante Tala Ye Na Miso.

La quasi-totalité du contenu de Guitar Hero provient de cette époque. Le règne du "sorcier de la guitare", comme on surnomme Franco, est à son apogée. Avec son instrument, sur lequel il a transposé en partie le jeu du likembe (piano à pouces), il a développé un style qui a contribué à sa notoriété. Dommage que cet aspect musical ait été ici étrangement négligé.

Très impoli s’apprécie en seize minutes, pas dans une version ratiboisée des trois quarts (3'47 seulement ici), amputée de ses solos incandescents. Même regret pour Zenaba, à la fois réduite et orpheline de sa seconde partie qui se déclinait sur la face B du 45 Tours. Mais surtout, gommer les craquements du saphir sur les sillons, pour rendre le produit plus "propre", a causé des dommages collatéraux : les instruments ont perdu de leur attaque, le résultat est moins dynamique, moins nuancé. La technologie numérique est un allié incontestable pour remonter des disques oubliés des profondeurs abyssales, mais encore faut-il l’utiliser à bon escient !

Franco Guitar hero (Cantos / Pias) 2011

Par Bertrand Lavaine - RFI

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