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« Tendre Nostalgie » (1) de Y.F. Nkodia-Mantseka ou la vertu d’aimer au-delà de soi-même

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Entre la vie et la mort, le destin d’un homme trouve son compte. Et c’est sur ce trajet virtuel qu’Yves Fernand Nkodia-Mantseka développe une poésie qui se fonde sur l’Homme. Une poésie pleine de tendresse et de nostalgie.

Une quarantaine de poèmes définit « Tendre Nostalgie ». Le bonheur, l’amour et l’espoir de l’homme, parfois rattrapé par quelques morceaux de douleur et de tristesse, le silence ami du poète, le désir d’une « monde un » pour l’Afrique et son Congo natal, la femme sentimentale et l’image d’outre tombe de son père, tels sont les multiples directions où se dirige le regard du poète.

Une poésie qui n’agresse pas, une poésie de combat spirituel où l’auteur se dévoile par son côté humain. Un recueil de poèmes qui tourne le dos au souffle aigu, engagé  et revendicateur de ses aînés tels Tchicaya U Tam’Si, Tati Loutard et Maxime Ndébéka.

Bonheur, amour et espoir

Du début à la fin, « Tendre Nostalgie » nous révèle en grand partie un sentiment de bonheur où l’amour et l’espoir restent permanents :

« Entre ciel et terre,/L’indicible a établi une échelle de vie/A nous de chercher/Pour cueillir notre étoile du destin/Et trouver la clé de l’éternel bonheur » (p.19).

Nkodia-Mantseka se montre optimiste tout au long dans ses appels à l’homme. Celui-ci étant incapable d’appréhender le futur comme il le fait pour ses passé et présent car il n’est pas l’égal de Dieu :

« Chaque jour la vie nous apprend/A ouvrir une nouvelle porte/ (…) Le futur ne nous appartient pas » (p.20).

Il doit alors aller chercher son bonheur dans la paix et l’amour :

« Toutes les doctrines périront avec le temps de l’âge/(…) Seul restera dans l’immense glèbe de la vie/L’écho unissant l’amour » (p.21).

Nkodia-Mantseka est un poète de l’amour de la paix et de l’amour qu’il cultive tout au long de son inspiration :

« Le soleil m’a donné l’amour/L’espoir faisant grandir la patience/Aujourd’hui, c’est le temps d’aimer » (p.38).

Mais le poète a beau chanter le bonheur, l’amour et la paix, ceux-ci se voient toujours rattrapés par la main sale de la douleur et de la tristesse qui font partie des vicissitudes de la vie de l’homme :

« Les blessures ne se ferment jamais avec l’âge du temps/(…)Les déceptions jonchent ce sentier de l’écolier de la terre » (p.22).

Mais devant cette dualité bonheur/douleur qui marque le destin du poète, celui-ci est obligé d’être ami du silence.

Le silence, ami du poète

Nkodia-Mantseka est un poète du silence où nostalgie et tendresse viennent à tout moment le solliciter. Le silence, c’est aussi l’image de l’outre-tombe que nous rencontrerons dans la dernière partie du recueil :

« O Silence constructeur de ma vie/(…)O Silence, forces ensorceleuses » (p.26).

Le silence, ami du poète est en relation avec les hommes pour créer un monde de bonheur où l’enfance et les souvenirs reviennent à la surface de ses pensées. Le temporel et la campagne-nature sont deux instances qui accompagnent le poète :

« Le soir à la campagne des anciens/Le silence parle aux hommes/Le silence gardé dans la case de chacun/Embellit le repos réparateur de tous » (p.49).

Enfance et souvenirs

Quel écrivain, quel poète ou quel philosophe qui n’a pas plongé dans l’analepse de son destin pour créer un autre moi ? Nkodia-Mantseka ne fait pas exception. Après une absence du pays de plus de deux décennies (il vit en France depuis décembre 1989), enfance et souvenirs s’entrechoquent  en lui :

« Mes instants de jeunesse passent/En laissant des souvenirs/Emmurés, craquelés par le temps » (p.48)

L’enfance du poète joue à cache- cache avec ses souvenirs. Car dans le destin d’un homme, de surcroit poète, il est difficile de séparer ses deux instances de l’âme intérieure. Toutes les images ayant marqué le subconscient du poète se réveillent à certains moments de son inspiration :

« Autour des jardins d’enfants, (…)/Des instants de jeunesse passent/En laissant des souvenirs (…)/Les jeux d’enfance furent des dessins/Des bateaux de papier dans les marigots » (p.48)

De l’enfance aux souvenirs, il n y a qu’un pas. Aussi, dans ses souvenirs, se réveillent bonheur et tristesse, comme pour marquer la dualité du destin de l’homme où heurs et malheurs se côtoient :

« Souviens-toi du parc somptueux, mystérieux/(…) Et ce perroquet qui chantait les airs funèbres/En répétant la voix des morts dans les ténèbres » (p.52).

La somme de l’enfance et des souvenirs étant le produit de l’actuel Nkodia-adulte. Celui-ci est devenu un homme pluriel au niveau social et sociétal. Homme de cœur, il est pour une seule humanité. C’est l’apôtre d’un « monde un », d’un village planétaire, d’une « Afrique une ». Un monde où l’amour entre les hommes devient le leitmotiv du poète :

« O Peuples du monde restons dans la fraternité/Notre unique patrie s’appelle l’humanité/Chassent l’antisémitisme, la xénophobie… » (p.43).

Et dans cet appel à un « monde un », Nkodia-Mantseka n’oublie pas ses racines qui prennent naissance sur la terre africaine. C’est dans la cinquième partie du livre que l’on entend la voix du continent. Le poète y chante son Afrique qui fut un grand continent dans le monde :

« Les seigneurs pharaons reviendront en Afrique/pour ciseler les pierres des temples anciens/Où demeure encor caché l’arcane magique/Qui magnifie l’Egypte antique des miens » (p.59).

La fraternité, l’amour qu’il a prônés pour « un monde un » trouve aussi sa place au niveau de son Afrique qui doit se débarrasser de cette tare qui la déshonore ; il le lui crie haut et fort :

« Ramène tes enfants vers la case commune/Et fais taire le tribalisme, le régionalisme/Qui les affrontent, les divisent totalement » (p.63).

Et comme le Congo natal fait partie de ce continent malade, il ne peut s’empêcher d’exprimer son nationalisme positive, malgré les quelques mésententes que travers le pays :

« Demain nos petits enfants sèmeront l’amour, (…)/Le Congo restera un pays toujours plus beau,/Les martyrs reviendront avec un grand flambeau/Qui marquera la fin des guerres fratricides,/Le sang d’alors fera germer les temps placides » (p.54).

Le poète est un homme complet dans toute la sphère des sentiments tel l’amour idyllique et la mort qu’il porte consciemment et inconsciemment en lui. Nkodia-Mantseka, au niveau de l’image de la femme, apparaît timide : il ne pousse pas loin le sentimental comme on le remarque  par exemple chez Tati Loutard qui, à un certain moment, baigne dans l’érotisme. Les amours de Nkodia-Mantseka vivent souvent son natal et sont presque nominés. « La Parisienne » :

« Le visage de mon amour est doux et serein/Elle passe au bord de la Seine en veste d’hiver,/Son allure svelte exalte mon âme langoureuse » (p.73).

La mort qui ponctue la vie de tout être vivant arrive à son tour  dans le recueil où l’image du père qui n’est plus est gravée dans la conscience du poète :

« Où se trouve mon tendre et magnifique père ?/Il est dans un autre monde majestueux (…)/Enterré au cimetière de mes aïeux » (p.80).

Avec un style qui lui est propre et qui s’écarte de l’agressivité et la fougue verbale des autres poètes congolais, Nkodia-Mantseka commence à écrire dans « Tendre Nostalgie », une autre page de la poésie congolaise. Comme le spécifie bien son préfacier, « sa poésie est belle comme un service public. Il est l’homme de la solidarité, de la communication avec les plus souffrants ».

Yves Fernand Nkodia-Mantseka, un jeune poète que les Africains en général et les Congolais en particulier doivent lire et relire pour aller vers « un monde un », gage d’une Afrique émergente.

Noël KODIA

(1) Yves Fernand Nkodia-Mantseka, « Tendre Nostalgie », éd. Edilivre, Paris, 2011, 83p. 12,50 €

Source de l'article: "AFRIQUEDUCATION" n°347 du 1er au 15 mai 2012 à la page 37 à 38

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