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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

Vols au Trésor Public du Congo-Brazzaville : Confession Intime d’un cadre

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Un cadre du Trésor Public, et pas des moindres, a décidé de se mettre à table en nous accordant une interview tout en requérant l’anonymat. Ainsi, il nous a révélé les travers de cette administration ayant pour tutelle, le ministère des Finances, en évoquant les vols organisés, constatés et impunis.

Cette interview, mieux, confession, a eu lieu dans une église. L’intéressé a voulu se mettre à la fois en règle avec la justice des hommes et celle de Dieu. Nous lui avons trouvé le pseudonyme de Bengo.

La Voix du Peuple : Bonjour Monsieur BENGO.

BENGO : Bonjour Monsieur le journaliste.

Pouvez-vous vous présenter brièvement à l’opinion ?

B : Je suis cadre du Trésor Public depuis plus d’une vingtaine d’années. Marié, je suis père d’une famille nombreuse.

Pourquoi cette décision soudaine de lever le voile sur votre administration ?

B : Cela pourrait vous paraître surprenant, mais je réponds à un appel de ma conscience en tant que citoyen congolais épris de justice, cadre supérieur qui constate avec tristesse la déliquescence de cette structure technique qui devait jouer pourtant un rôle central dans la mobilisation des ressources de l’Etat et du paiement des charges de l’Etat en fonction du Budget.

Voulez-vous nous dire que pendant toutes ces années où vous travailliez au Trésor, vous n’aviez pas eu de problèmes de conscience ?

B : Vous savez, monsieur le journaliste, la conscience nous rattrape toujours. L’homme sait lorsqu’il agit mal. Et ma démarche se veut être celle d’un homme qui recherche la paix, non seulement avec sa conscience mais surtout avec Dieu. Je veux également à travers cette démarche alerter l’opinion publique, le chef de l’Etat, les institutions de la République, des maux dont souffrent notre administration et que si l’on n’y prend garde, les équilibres financiers de la nation vont en pâtir comme ils en pâtissent déjà !

Vous parlez d’équilibres financiers, des maux dont souffre le Trésor Public : quels sont ces maux ?

B : Les maux qui minent actuellement le Trésor sont connus de la majorité des agents, ce sont : le tribalisme, le vol organisé, constaté et impuni, les nominations claniques qui ne font pas cas de la compétence, du mérite, de l’excellence.

Vous nous parlez du Tribalisme, des nominations claniques. Le Trésor n’est pas la seule institution à connaître ce genre de situation, n’est-ce pas ?

B : Certes, mais j’estime qu’en sa qualité de Banque de l’Etat, un certain nombre de critères objectifs devraient guider l’action de ceux qui la gèrent aujourd’hui; hélas, ce n’est pas le cas.

Soyez plus explicite, s’il vous plait !

B : Je pense que si le Trésor Public est mal géré, mieux, si les ressources de l’Etat sont dilapidées, la nation toute entière est en danger, en péril. Les effets ne se font pas sentir immédiatement, mais soyez en sûrs, telle une gangrène, l’évidence des plaies se feront sentir.

Vous estimez que le Trésor Public est mal géré aujourd’hui ?

B : Les mots sont faibles pour exprimer cela.

D’après vous, bien que vous ayez énuméré ces quelques maux, à qui la faute ? A son Directeur Général, Albert NGONDO ?

B : Loin de moi l’idée de rejeter la seule responsabilité à mon Directeur Général, qui, je le reconnais fait beaucoup pour améliorer les conditions de vie de ses agents. Mais j’estime que depuis qu’il est à ce poste, près de 17 ans aujourd’hui « NDLR : il a été nommé tout juste au sortir de la guerre de 1998 », son autorité est bafouée sous cape. Il n’a plus de bagout à même de contrôler, superviser, sanctionner les agents en indélicatesse.

C’est-à-dire ?

B : Le TPG a dépassé largement l’âge de son admission à la retraite. Le poids de l’âge se faisant sentir, rares sont les fois où il a fait des visites surprises auprès de ses travailleurs, à l’intérieur du pays. Il n’en fait quasiment pas. Se contentant de travailler dans son bureau. Je ne dirais pas travailler, mais en train de discutailler avec ses directeurs et fondés.

Autre fait, Albert NGONDO ne sanctionne pas et est incapable de le faire. La plupart des vols constatés au Trésor Public et connu de lui ne sont pas réprimés. Mieux, ils couvrent les coupables ! Il y a des scandales à répétition marqués par des détournements de fonds, avec à la clé l’imitation de la signature du TPG. Et les coupables de ces actes sont promus à des postes plus juteux ou des services techniques sensibles. Ou, remis à la disposition du ministère des Finances avec comme motif : non-respect de la déontologie administrative ! Une formulation qui ne veut rien dire du tout et démontre la complicité d’Albert Ngondo avec les fameux faussaires. Logiquement, les accusés seraient mis à la disposition de la Justice.

En somme, vous voulez nous dire que lorsqu’il y a vol au Trésor Public, Albert Ngondo ne sanctionne pas ?

B : Tout à fait, mieux, il milite activement pour que les enquêtes n’aboutissent pas et ne conduisent pas aux arrestations des agents. Lorsque les services de la Police Nationale ou de la Surveillance du Territoire font des investigations dans ce sens, il est le premier à s’y opposer. Cette situation ressemble bien à une sorte de complicité passive de sa part.

Pouvez-vous, nous prendre des cas concrets de détournement de deniers publics qui ont eu lieu au Trésor Public ?

B : La dernière en date, est celle d’un jeune homme travaillant au service de la Centralisation. Ce jeune homme nommé Madzou, a été reconnu coupable d’être en tête d’un réseau de faussaires qui imitaient allègrement la signature du Vieux Ngondo pour des OP « ce qu’on appelle chez nous des ordres de paiement, une sorte de titre de paiement qui vous permettent de percevoir des fonds». Il se faisait ainsi payer des sommes colossales soient à travers nos différents postes comptables de Brazzaville « perception principale » ou à l’intérieur du pays « les directions départementales du trésor : Pointe-Noire, Ouesso, Impfondo, Bouenza, Cuvette Centrale, Cuvette Ouest » pour ne citer que ceux-ci. Le préjudice subi par l’Etat est aujourd’hui évalué à plus de 200 millions de FCFA ! Ngami, faisant partie du même réseau, s’est acheté en un laps de temps une RAV4, une PRADO, construit des maisons en l’espace de moins d’une année.

Existent-ils d’autres cas de ce genre ?

B : Oui ! Je peux vous parler d’autres cas. Tels, il y a de cela trois mois, des caissières et agents se sont permis de détourner plus d’une centaine de millions de FCFA ! Là encore, ils ont été tout simplement relevés pour être envoyés soit : à la recette principale des impôts de Brazzaville, soit à l’Unité de Grandes Entreprises de Brazzaville d’autres enfin au Service Comptable Central. Là encore, le vieux Ngondo n’a pas sévit.

Finalement, le vol est banalisé voire sacralisé chez vous au Trésor, non ?

B : Oui, il y a banalisation du vol. Il ne suffit que de parcourir notre parking. Des jeunes gens, avec des expériences professionnelles de cinq, six ans s’achètent des véhicules valant douze, vingt, trente millions de FCFA ; l’évidence n’est-elle pas sous nos yeux ?

N’avez-vous pas au Trésor Public des mécanismes de contrôle interne, une structure qui peut anticiper sur ce genre de cas ?

B : Nous avons certes une Direction du Contrôle des Services « DCS » ; une sorte d’auditeur interne. Mais que vaut cette direction quand on sait que son directeur, Ondze Dominique dit Doukaye, est actuellement président de la Fédération Congolaise de Karaté qui ne passe son temps qu’entre deux avions. Cette direction est une coquille vide où sont envoyés des cadres le plus souvent incompétents, en indélicatesse et le plus souvent coupables eux-mêmes de malversations financières. Comment voulez-vous, dans ce genre de situation, que des voleurs, des incompétents soient rigoureux dans leurs missions ?

Finalement, vous jetez l’anathème sur l’ensemble de vos collègues, vous ne trouvez pas ?

B : Ce n’est pas jeter de l’anathème. Je ne fais que relater, décrier les maux qui minent le Trésor et qui sapent en conséquence l’action du Président de la République.

Quelles sont les démarches que vous avez personnellement menées pour alerter soit : la Commission Nationale de Lutte contre la Corruption, soit l’Inspection Général d’Etat, soit votre Ministre de Tutelle ?

B : Franchement monsieur le journaliste, croyez-vous en l’efficacité de ces structures ? La Commission Nationale de lutte contre la Corruption son rôle ne sert qu’à décrier, pendre des rapports qui ne sont pas suivis des sanctions pénales. Le Ministère, lui aussi n’est pas exempte de tout reproche. Comment expliquez l’ouverture d’un compte spécial destiné à l’urbanisation des systèmes informatiques par le ministre qui se sert des recettes douanières engrangées par LCB en lieu et place du Trésor Public et qui décide de son utilisation au mépris de la législation !

Vous voulez parler du fameux compte n°23738801101, logé à LCB ?

B : Oui, un compte gérer par le ministre qui décide de son utilisation ; ce compte génère des milliards par mois au ministre. La fameuse urbanisation des systèmes informatiques des régies financières n’est en réalité qu’un système sophistiqué pour ponctionner les recettes de l’Etat et de les détourner à son profit.

Le ministre des finances n’est pas saint ?

B : En tout cas, il a un sens fécond de la création. Je veux rappeler à l’opinion publique, que la loi préconise que toutes les recettes de l’Etat doivent être recouvrées et encaissées par les Services du Trésor. Et, à ce que je sache, LCB n’est pas un appendice du Trésor.

Vous-même vous décriez le vol qui se passe chez vous, le Ministre n’a-t-il pas raison de vous priver d’une partie importante de cette manne ?

B : Je tiens à vous rappeler que les Finances Publiques ont des principes, des lois et que personne ne peut s’y déroger, même pas le ministre. J’estime que nous avons un devoir de vérité. La vérité est que notre ministre, contrairement à ce qu’il laisse penser, n’est pas aussi exempte de tout reproche.

Concrètement ?

B : Je veux dire que le Ministre est aussi coupable. Je préconise que les services habilités de Contrôle de l’Etat, les vrais, ou encore, que le chef de l’Etat lui-même diligentent une enquête par ses services sur la gestion de ce compte à LCB, de son utilisation. Et ce, depuis son ouverture. Je sais de quoi je parle !

Revenons au Trésor. Quels autres maux minent le Trésor ?

B : Les nominations et affectations claniques. Comment expliquez-vous qu’une personne reste dans un même service plus de dix ans ? N’est-ce pas là aussi les causes de détournements ?

Pensez-vous vraiment que le fait de rester longtemps à un poste peut devenir source de détournements ?

B : Non seulement je le pense, mais je peux vous le prouver. Tenez par exemple, sur recommandation des institutions Européennes et pour financer l’entretien de nos routes, le gouvernement avait créé un Fonds routier qui est chargé de la gestion des différents postes de péages. Si je ne me trompe pas, le premier poste de péage a été créé à Kintélé en 2005. A ce poste a été affecté un percepteur du Trésor Public, Osvald Okiniwoussa. Ce dernier y est resté jusqu’en 2014 et relevé pour avoir détourné plus de 400 millions de FCFA. Il a été tout simplement remercié et remis à la disposition du ministère de la fonction publique sans autre forme de procès alors que le vol a été constaté et, est connu de tous. L’intéressé se la coule douce après avoir construit une maison à trois niveaux dans le quartier de Massengo (Soprogi), à quelques mètres de la nationale n°2, en face d’ITATOLO. Ce sont des choses qui me scandalisent, me choquent au plus profond de moi-même.

N’êtes-vous pas un aigri du système ?

B : Loin de là, au contraire, je veux alerter le chef de l’Etat afin qu’il prenne des mesures et endigue l’impunité.

Serez-vous compris et entendu par lui ?

B : Il y a un début à tout. C’est pour cette raison que je mets suffisamment d’éléments à votre disposition pour alerter. Vous savez que le contexte international, marqué par la chute du prix du baril de pétrole; peut conduire à des déséquilibres financiers importants et partant, à une déstabilisation de nos institutions !

Pensez-vous que le Congo peut faire face à ses charges sans les ressources pétrolières ?

B : Je le dis ici avec force que le Congo peut très bien vivre sans le pétrole, en tout cas, payer, pour ne parler que de ces charges importantes de l’Etat : les salaires et bourses de tous les fonctionnaires et étudiants en temps et en heure.

Les ressources de l’Etat proviennent de tout le Congo. Malheureusement, ces ressources mobilisées à l’intérieur du pays vont dans les poches des agents véreux parce qu’il n’y a pas assez de contrôle et que les sanctions non seulement pécuniaires mais aussi pénales ne suivent pas.

Avez-vous un dernier mot à l’ endroit de ceux qui nous lisent?

B : Mon mot s’adresse au Chef de l’Etat. Le Congo a besoin de réformes véritablement économiques et financières. Il faut que l’on mène véritablement une lutte contre le vol, à commencer par le Trésor.

Propos recueillis par Loussakou Brunel


 

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