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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

COLLECTIF DES PARTIS DE L’OPPOSITION CONGOLAISE, SIGNATAIRES DE LA DECLARATION DU 17 AOUT, RELATIVE AUX ELECTIONS LÉGISLATIVES DE 2012.

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RENCONTRE AVEC LA PRESSE INTERNATIONALE

Déclaration liminaire

A la suite des élections législatives des 15 juillet et 05 août 2012, marquées par les fraudes massives, le Collectif des partis de l’opposition, signataires de la déclaration du 17 août, demande avec instance au président de la République, de convoquer dans les meilleurs délais, des Etats Généraux de la nation congolaise. Mais qu’est ce que les Etats Généraux et pourquoi les Etats Généraux ?

I- De la nature des Etats Généraux

Pour le Collectif des partis de l’Opposition, les Etats Généraux sont une rencontre citoyenne entre le pouvoir et l’ensemble des forces vives de la nation, notamment, des représentants des associations de la société civile, des travailleurs, des intellectuels, des femmes, des jeunes, des artistes, des artisans, de la classe politique dans sa diversité, de la diaspora congolaise. Il s’agit d’un forum national pour réfléchir sur les défis majeurs auxquels le Congo est confronté aujourd’hui.

Certains oiseaux de mauvais augure prétendent que les Etats Généraux seraient un putsch visant le renversement de l’actuel président de la République. Une telle vision des Etats Généraux est contraire à la nôtre. Nous sommes une opposition républicaine. Nous ne sommes pas des putschistes. Notre démarche est une démarche pacifique. Dans notre conception, les Etats Généraux ne sont, ni un moment de violence, ni un moment de revanche, ni une occasion de renversement du pouvoir, mais un grand moment de réflexions et de propositions, en vue du redressement national. Pour nous, les Etats Généraux sont un haut lieu de débats politiques, techniques et professionnels, sereins et de haut niveau, sur la fracture sociale, morale et politique qui traverse de part en part le Congo aujourd’hui.

II- Des objectifs des Etats Généraux.

2.1 : objectif général.

Les Etats Généraux ont pour objectif général, de construire les conditions de création d’un climat politique apaisé dans le pays, les conditions de la réhabilitation du processus démocratique et de la promotion de la bonne gouvernance.

2.2 : objectifs spécifiques

2.2.1 : Réfléchir ensemble sur les principaux défis auxquels le Congo est confronté aujourd’hui et proposer des réponses novatrices et appropriées pour chacun des défis majeurs identifiés et analysés ;

2.2.2 : Elaborer des modalités consensuelles d’organisation d’élections libres, transparentes et équitables en 2013 et en 2016 ;

2.2.3 : Définir les nouvelles règles de la gouvernance politique, économique, sociale, culturelle et environnementale ;

2.2.4 : Formuler des propositions contraignantes en vue de la création des conditions permissives d’une pratique réelle de la démocratie et des droits humains ;

2.2.5 : Proposer des actions concrètes pour moraliser la vie politique et la vie publique ;

2.2.6 : Définir des actions prioritaires pour construire une économie diversifiée, créatrice de richesses et d’emplois ;

2.2.7 : Proposer des mesures concrètes pour promouvoir l’emploi en général, l’emploi des jeunes en particulier ;

2.2.8 : Elaborer des propositions concrètes pour revaloriser le pouvoir d’achat des catégories socio-professionnelles (revalorisation du Smig, de la valeur du point indiciaire, du pouvoir d’achat des populations, des travailleurs, des retraités, des étudiants, promotion d’une assurance-maladie, etc) ;

2.2.9 : Définir des actions prioritaires pour améliorer l’accès des populations aux services sociaux de base (eau potable, électricité, éducation, santé, logement décent, transport en commun, etc) ;

2.2.10 : Elaborer des mesures pratiques pour promouvoir une force publique véritablement républicaine ;

2.2.11 : Formuler des propositions concrètes pour valoriser la culture nationale ;

2.2.12 : Définir des mesures concrètes visant à promouvoir une organisation cohérente et efficace du système national de la recherche scientifique et de l’innovation technologique ;

2.213 : Mettre en place un cadre institutionnel de mise en oeuvre des actes des Etats Généraux.

III- Pourquoi les Etats Généraux ?

A la faveur d’une analyse minutieuse de la situation générale qui prévaut dans notre pays, le Collectif des partis de l’opposition a constaté que le Congo est aujourd’hui plombé par une crise multidimensionnelle : crise électorale, crise morale, crise politique, crise économique, crise sociale, crise culturelle. Se fondant sur cette analyse pertinente, le Collectif a conclu que dans ce contexte, la convocation des Etats Généraux de la Nation est la seule vraie et bonne solution pour sortir du marasme actuel. Contestant cette analyse, le président de la République a déclaré dans son discours prononcé à Moscou devant les hommes d’affaires russes : « le climat politique au Congo est propice à l’investissement économique. Le pays est en paix et en sécurité. Les institutions fonctionnent normalement. La démocratie est en marche soutenue ». Pour sa part, le Secrétaire général du Parti congolais du travail (PCT), Pierre NGOLO a déclaré sur les antennes de RFI : « Au Congo, la démocratie est en marche ; le pays se construit ; il n’y a pas de crise ; les Etats Généraux sont une manœuvre pour bloquer le pays ».

Comment le président de la République peut-il affirmer depuis Moscou que « le climat des affaires au Congo est propice à l’investissement », lorsque l’on sait que selon la Banque mondiale, le Congo occupe en 2012, le 183e rang sur 185 pays, au titre du climat des affaires ? Récemment encore, le ministre d’Etat, ministre de l’industrie et de la promotion du secteur privé, Isidore MVOUBA a organisé à Brazzaville, un forum avec les chambres de commerce du Congo, forum au cours duquel, les opérateurs économiques ont déploré le mauvais climat des affaires au Congo.

Comment le président de la République peut-il dire, toujours depuis Moscou que « le pays est en paix et en sécurité », lorsque le 04 mars 2012, des explosions d’armes de guerre de destruction massive ont soufflé des quartiers entiers, semé la mort et endeuillé des milliers et des milliers de familles ? Comment peut-il soutenir une telle thèse lorsque lui-même pour se déplacer est obligé de barrer des rues entières, de se faire escorter par des chars et de nombreux militaires et miliciens armés jusqu’aux dents et encadrés par des hélicoptères de combat ? Comment expliquer alors la militarisation du pouvoir, l’achat massif des armes et munitions de guerre et l’instauration à Brazzaville depuis près de trois mois, de cette sorte d’état de siège qui ne dit pas son nom ?

Comment le président de la République peut-il affirmer que « la démocratie est en marche continue », lorsqu’au Congo, aucune élection libre, transparente et équitable n’a été organisée depuis le retour au pouvoir du président Denis Sassou Nguesso en 1997, que la plupart des députés proclamés élus à l’issue des élections législatives de 2012 ont été nommés, les libertés individuelles et collectives sont quotidiennement bâillonnées, les droits humains sont en permanence bafoués, les réunions publiques des partis de l’opposition sont interdites, des leaders de l’opposition sont arrêtés et emprisonnés pour délit d’opinion, des cordons de sécurité sont dressés autour des domiciles de certains opposants au régime, des journaux indépendants sont suspendus pour non conformisme à la pensée unique, ou encore, lorsque le parti unique a été restauré, les médias publics sont caporalisés, etc ?

Par ailleurs, il faut noter qu’un organisme international spécialisé et dénommé « The Economist group », a créé depuis 2006 un indice de la démocratie qui évalue le niveau de la démocratie dans chaque pays, sur une échelle allant de 0 à 10. Dans ce cadre, l’indice de démocratie du Congo est de 2,89, chiffre qu’on peut convertir en note, soit, moins de 6/20. Le Congo est classé parmi les pays à régime autoritaire et occupe le 145e rang sur 167 pays. Comment dans un tel contexte, le pouvoir peut-il prétendre qu’il n’y a pas de crise au Congo ?

C’est bien parce qu’il y a crise que le pouvoir est contraint de se replier sur la famille, le clan, l’ethnie, le village, le district, le département d’origine et d’ériger le népotisme, la préférence ethno-régionale, le favoritisme et le clientélisme en système de gouvernement. Contrairement à ce qu’ont dit le président de la République et le Secrétaire général du PCT, la démocratie n’est pas en marche au Congo. Elle est en panne. La paix apparente est une paix armée, maintenue par la force des baillonnettes. La crise est une réalité palpable.

Le pouvoir qui prétend qu’il n’y aurait pas de crise au Congo, peut-il aller le répéter devant les 70% des jeunes sans emploi, les nombreux élèves assis à même le sol dans des salles de classe aux effectifs pléthoriques, les smicards qui gagnent 64.500 Fcfa par mois (au Gabon le Smig est de 150 000 Fcfa), les fonctionnaires dont les salaires demeurent scandaleusement bas, les retraités qui doivent attendre deux à trois (03) ans après leur admission à la retraite pour toucher leur premier mois de pension, les ménagères confrontées au coût élevé des denrées alimentaires dans les marchés, les indigents malades qui fréquentent des formations sanitaires démunies de tout ? La tragédie du 04 mars a mis à nu l’ampleur de la crise dans le secteur de la santé. La frustration et le désarroi du nouveau ministre de la santé, monsieur François IBOVI, devant le dénuement des formations sanitaires sur l’ensemble du territoire national, en est une autre illustration.

Le pouvoir peut-il par ailleurs, prouver que la corruption et l’enrichissement illicite ne sont pas endémiques au Congo ? Pourquoi alors a-t-il mis en place une commission de lutte contre la corruption et la concussion ? Comme chacun le sait, le Congo est l’un des pays les plus corrompus de la planète avec un indice de perception de la corruption de 2,1 sur 10. Il occupe le 162e rang sur 182 pays. Que dire des antivaleurs que sont la dégénérescence du civisme, la perte du sens du devoir de vertu, l’immoralité, les détournements des deniers publics, l’appropriation illégale du patrimoine de l’Etat, le vol, les viols, les braquages, la prostitution, la dépravation des mœurs, etc ?

Nous comprenons que les dirigeants du pouvoir prétendent qu’il n’y a pas de crise au Congo, car, pendant qu’ils mènent une vie de pacha dans des villas luxueuses et roulent carrosse dans des véhicules 4x4 rutilants, 70% des Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ces dirigeants ne vivent pas le calvaire de l’immense majorité des Congolais qui sont obligés de se lever à 3 heures du matin, pour attendre qu’une goutte d’eau coule du robinet (goutte d’eau qui peut n’arriver dans certains cas que trois mois plus tard) et qui sont soumis aux délestages intempestifs d’électricité. Ils ne s’entassent pas dans les bus qui conduisent des quartiers populaires au centre-ville comme ces couches populaires qui ploient sous le coût des « demi-terrains ». Nous comprenons que ces dirigeants disent qu’ils n’y a pas de crise, parce qu’ils sont à l’abri du besoin et ne connaissent pas les souffrances quotidiennes du bas peuple (loyers, frais médicaux, famine, eau, électricité, frais d’écolage des enfants, etc).

Pour nous, il y a bel et bien crise. On le sait, le dictionnaire Larousse définit la crise comme étant entre autres, une phase difficile traversée par un groupe social ou encore, un manque de quelque chose sur une vaste échelle. Le Congo est traversé aujourd’hui par une véritable fracture sociale, morale et politique. Il connait une crise multidimensionnelle. C’est faire la politique de l’autruche que de nier cette évidence que même les aveugles perçoivent. Il faut vraiment avoir un grand mépris pour les Congolais, pour prétendre qu’il n’y a pas de crise au Congo. C’est non seulement une insulte à l’intelligence collective des Congolais, mais encore une preuve du sadisme du pouvoir et de son insensibilité à l’humain.

Aujourd’hui, la convocation des Etats Généraux de la nation est l’unique solution pour sortir le Congo de la grave crise multi dimensionnelle qui le mine. Hors de cette voie il n’y a point de salut pour le Congo. Le temps et venu pour que le pouvoir entende les appels de la raison et de la sagesse. Il doit dire oui aux Etats Généraux. C’est pour lui une ardente obligation, car, les Etats Généraux sont un impératif catégorique pour le peuple Congolais qui aspire ardemment à un mieux-être social.

Lors des Etats Généraux, les débats s’articuleront entre autres, autour des thèmes ci-après : les élections libres, transparentes et équitables en 2013 et 2016 ; la réhabilitation du processus démocratique ; les droits humains ; la crise des valeurs et la moralisation de la vie politique et de la vie publique ; la construction d’une armée et d’une police véritablement républicaines ; l’édification d’une économie diversifiée ; l’industrialisation du pays ; la sécurité alimentaire ; le pouvoir d’achat des populations et des travailleurs ; l’emploi des jeunes ; l’accès des populations aux services sociaux de base ; le développement humain ; la bonne gouvernance ; la refondation de l’école de la République ; le redressement du système national de santé ; la construction du système national de la recherche scientifique et de l’innovation technologique ; les nouvelles technologies de l’information et de la communication ; le développement énergétique ; le développement urbain et le logement social ; la décentralisation des collectivités locales ; la valorisation de la culture nationale ; la protection de l’environnement ; l’ouverture sur le monde et sur la modernité.

Les discussions sur ces différentes thématiques se dérouleront dans la paix, la tranquillité et dans un esprit de tolérance et de responsabilité.

Fait à Brazzaville, le 23 Novembre 2012

Le Collectif des partis de l’opposition, signataire de la déclaration

du 17 août, relative aux élections législatives de 2012


 

 

 

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