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La Diaspora Congolaise face à son destin

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Vous avez pu constater sur le site de DAC, www.dac-presse.com que nous nous tournons vers chacun des acteurs de la vie politique et de la société civile  puisque le sort de notre pays est dans l’association des idées de tous les responsables nationaux. C’est à ce titre que nous pensons utile de connaître leurs opinions sur les principaux sujets qui nous occupent.

Nous nous sommes rapprochés de Monsieur Félix BANKOUNDA-MPELE, universitaire attaché notamment à l’Institut International de Droit d’Expression Française d’Expression et d’Inspiration Françaises (IDEF) dont il est membre-expert .

Monsieur BANKOUNDA-MPELE, vos interventions sur les questions politiques ne sont plus à démontrer tant vos multiples réflexions sur la toile et les médias édifient plus d’un congolais. Nous allons évoquer avec vous les péripéties d’une diaspora congolaise qualifiée souvent de vagabonde, déstructurée, désorganisée, etc. Pourtant on la voit se mouvoir dans les médias et sur la toile.

Nous allons voir avec notre invité les raisons qui rendent inaudibles la diaspora congolaise.  Nous remercions Monsieur Félix BANKOUNDA-MPELE de nous accorder cette interview.

Monsieur Félix BANKOUNDA-MPELE,  actualité oblige, vous êtes un spécialiste du Droit constitutionnel notamment, qui n’est pas l’objet de notre interview, tout de même très brièvement  quelle est votre appréciation ?

Tout d’abord, merci de me donner l’occasion de parler et de m’adresser, par le biais de votre média, aux compatriotes. Il faut préciser que si l’objet de cette interview n’est pas, comme vous le dites, le droit constitutionnel, celui-ci est et n’a d’intérêt que dans la mesure où il reste connecté aux préoccupations des membres de la société et scelle, à un moment donné de la vie de ladite société, ses préoccupations en fixant les droits et obligations de ceux qui la dirigent, en relation avec ses membres. De ce point de vue, directement ou indirectement, il reste toujours au cœur de tout débat, y compris quand celui-ci concerne la diaspora. Par exemple, on pourrait se demander, en raison de l’importance progressive qu’elle prend et qu’elle a eu dans l’histoire politique du Congo,  s’il faut constitutionnaliser la diaspora, lui fixer un statut. Rappelons d’ailleurs qu’une initiative du pouvoir de Brazzaville dans le sens de l’encadrement à sa façon de la diaspora existe, même si elle n’est pas formalisée au niveau constitutionnel. En l’occurrence, c’est-à-dire dans le contexte politique de l’heure, cela ne consisterait qu’à phagocyter ladite diaspora mais resterait une initiative vaine. Mais passons…

Alors, avez-vous l’impression que le droit constitutionnel congolais justement traduit les préoccupations de la société congolaise ou les droits et obligations des parties en présence ?

Dans son sens actuel, depuis le 18ème siècle,  le droit constitutionnel résulte de la victoire des peuples sur l’omnipotence du pouvoir. Naturellement, l’action ou l’ambition de tout  pouvoir c’est toujours d’en user un peu plus. L’affermissement du droit constitutionnel, en Occident principalement, s’est effectué sur des conquêtes progressives des peuples et l’on ne peut prétendre que l’on soit au bout du processus, encore moins dans la perfection, mais son existence et sa portée sont indiscutables.

Le problème, en Afrique et au Congo principalement, c’est que ce droit, pour l’essentiel, n’a pas été pensé, ne résulte pas d’un processus endogène, ne s’accompagne pas ou n’est pas vécu avec d’autres catégories ou piliers politiques comme l’Etat, la République, le patriotisme notamment, et donc reste très exogène et  incertain. La meilleure illustration dans ce sens c’est l’inflation constitutionnelle et, en même temps, l’inertie de nos compatriotes à cet égard. On change de Constitution comme on changerait de voiture ou de moyen de transport en commun, sans que cela ne suscite interrogations et réactions conséquentes. Comme si, le fait que le politique dicte et impose sa Constitution, c’est-à-dire son droit, leur est égal. C’est le cas aujourd’hui au Congo, vous le savez. Ce qui s’est passé en 1997 et qui se prolonge aujourd’hui c’est le rejet, le laminage d’un authentique droit constitutionnel qui était en état de gestation. Bref, il est clair et indiscutable que pour le moment l’état du ‘droit constitutionnel’, ou ce qui s’en prévaut, est fort éloigné des préoccupations essentielles des Congolais et relève bien plus d’une façade comme l’on dit souvent. Mais là aussi, je n’apprends rien à personne.

Venons-en  aux questions de la diaspora. La notion de Diaspora  congolaise est biaisée et souvent utilisée a tort ou a raison, quel sens doit-on réellement lui attribuer

De façon générale et historiquement, quand on parle de diaspora, on pense à celles-là même qui ont marqué le monde et qui se caractérisaient par une identité ou un intérêt commun dominant, une certaine organisation et des actions et objectifs communs à faire prévaloir auprès des ONG et de la communauté internationale notamment. Je veux parler là, principalement, des diasporas juives et arméniennes. Même si toute comparaison doit toujours être relativisée, si vous observez la diaspora congolaise au regard de ces diasporas historiques, alors que les crimes de masse ou crimes contre l’humanité au Congo ont été une réalité - l’actualité nous le rappelle -, force est de constater qu’ici, comme sur d’autres domaines, la diaspora congolaise s’y prend de manière brouillonne : une multitude d’associations au profil douteux, une personnalisation de celles-ci, des conflits d’individualités, une déconnexion d’ambitions aux moyens, l’absence de passerelle entre ces différentes associations, un objectif fluide et surtout une stratégie absolument inexistante…Bref, autant de problèmes qui démontrent que l’ambition ou l’intérêt personnel passe avant l’intérêt commun. J’ai déjà fait une réflexion écrite à cet égard [ndlr : Pour la fertilité et l’efficacité de la diaspora, février 2012, en ligne] et, je répète, sur les comportements, je veux dire les faiblesses, mis à part les champions locaux des crimes humains et économiques massifs, la diaspora congolaise a très peu de leçons à donner à la classe politique congolaise locale qu’elle critique régulièrement et copieusement. Oui, la notion de diaspora est non seulement biaisée comme vous le dites, mais elle est surtout galvaudée par les Congolais de l’étranger et cela se solde, en raison de ces infirmités et grosso modo, par l’inertie et l’infertilité.

Peut-on parler d’une diaspora politique et une autre humanitaire ou simplement d’une diaspora tout court?

D’abord pourquoi une diaspora ? Existe-t-elle ou est-elle simulée ? Comment est-elle née ou a-t-elle évolué ? Croyez-moi il ne s’agit pas d’interrogations superflues ! Si, au moment où nous parlons, une haute autorité étrangère ou internationale annonçait qu’elle veut rencontrer les représentants de la diaspora congolaise, cela se traduirait par une parfaite cacophonie puisque l’on ne saurait dire légitimement quels sont ces représentants ! Il y aurait des gens pour douter desdits représentants et ils auraient raison même si, en la matière, l’unanimité n’a jamais existé nulle part. Il faut bien se rendre à l’évidence, une diaspora congolaise digne de ce nom n’existe pas. Il y a tout juste un magma de formations et regroupements  mi-spontanés mi-organisés qui, grâce aux nouvelles technologies d’information, mutualisent spontanément l’information, les humeurs, quelques réflexions et donnent l’impression et l’illusion d’une diaspora, cela avec l’aide des bêtises récurrentes du pouvoir de Brazzaville qui en constituent le carburant. Si l’on mettait de côté ces technologies et si le pouvoir à Brazzaville, par baguette magique, devenait rationnel et légal, vous serez surpris de constater assez rapidement l’effondrement de l’illusion, que la diaspora congolaise n’a jamais été assise comme on l’y a cru.

Disons, ainsi, puisque la source d’alimentation actuellement est essentiellement politique et que les précédentes organisations – je veux parler de l’AEC et de l’UJSC – étaient aussi principalement politiques, qu’aujourd’hui les associations congolaises de l’étranger et de France principalement sont d’abord et avant tout politiques, avec des branches humanitaires ou sociales encore embryonnaires. Votre question est en elle-même significative de cette ambigüité, de l’incertitude de cette diaspora congolaise. Le jour où elle s’organisera, vous verrez que tout coulera de source et c’est alors ce genre de question qui sera ridicule.

Quelle  action politique pour une diaspora disparate ?

Au risque de me répéter, il n’y aura jamais d’action politique véritable sans une diaspora organisée. Si vous me permettez de paraphraser Kwamé Nkrumah dans ‘L’Afrique doit s’unir’, celui-ci prédisait notamment que si l’Afrique ne s’unissait pas, elle sera contrainte de se vendre pour des broutilles, pour des cuillères à café. Depuis, l’histoire du continent lui a donné raison. Cela est vrai pour la ‘diaspora’ congolaise.

L’unité d’action, qui n’a rien à voir avec le regroupement des associations mais uniquement l’érection d’une plate forme commune, est une condition sine qua non de l’action politique pour le Congo. Quand je parle de plate forme commune, je parle de l’identification des thèmes essentiels de débat, de mobilisation, de la mise sur pied d’une organisation représentative et active unique sous la forme d’un exécutif de la diaspora qui serait, dans la forme, la projection de ce que les Congolais veulent pour les lendemains immédiats du Congo post-dictatorial. Car, je l’ai déjà dit et écrit, l’état actuel de la diaspora congolaise, l’émiettement, n’est pas un fait du hasard. Il est la projection de la société congolaise au plan local, depuis l’indépendance  et surtout depuis les graves crises que le Congo a connues : le Congolais soupçonne l’autre de certains maux et de vouloir se servir de lui pour satisfaire ses propres ambitions ou ses ambitions claniques ou tribales. Trouvons donc le génie et ayons la modestie d’initier maintenant une organisation qui donne des garanties à l’autre, à chaque groupe,  qu’il ne sera pas abusé, pour que la confiance s’installe progressivement. Si l’on n’est pas capable d’initier ce mini-pacte maintenant où les enjeux sont moins aiguisés, ce n’est pas au moment d’une éventuelle concertation nationale ou Etats généraux, lieu et moment par excellence des comportements politiciens, des calculs et des fourberies qu’on le réussira…

Cela n’est pas une simple vue de l’esprit. Une telle organisation est concevable et la diaspora pourrait constituer ce laboratoire, et échapperait ainsi pour une fois aux improvisations dont nous sommes les professionnels, et identifierait sans tabous les différents grands sujets de demain dont elle entamerait déjà le débat. Il en irait ainsi des sujets  comme celui de l’armée esquivé pendant la Conférence nationale, la question des tribus et des régions et celle liée de l’égalité des territoires ou régions source de divisions et comportements politiciens, machiavéliques, primaires et irrationnels. De même, les questions de l’organisation de l’Exécutif national et des exécutifs territoriaux, les garanties plus solides du système démocratique, les sanctions plus sévères et dissuasives contre le crime politique regrettablement récurrent et banalisé dans notre pays, etc.

Je vous prédis que dans l’état actuel du système politique congolais et des mentalités, même si par hasard et dans l’immédiat le pouvoir de Brazzaville s’effaçait, toutes les conditions sont réunies pour une rechute dans la violence politique. D’autant plus que les autorités politiques du moment travaillent ardemment pour cela car, c’est une stratégie constante pour certains au Congo depuis l’indépendance qu’il faut toujours créer l’instabilité politique, la violence, pour rendre nécessaire la prise du pouvoir par les autorités militaires et instaurer la dictature.

La diaspora congolaise pourrait donc rimer avec action, réservoir d’idées et unité pour le développement ?

C’est plausible, avec les préalables que je venais d’énoncer. Je reste convaincu que nous ne pourrons en faire l’économie, sauf à vouloir faire asseoir la démocratie, le développement et le bien-être sur du fragile, sur l’éphémère, sur l’improvisation et le hasard, sur la croyance à la main invisible, avec l’épée de Damoclès toujours suspendue sur nos têtes et donc le risque de l’éternel recommencement. Surtout, l’on constatera qu’aujourd’hui le groupe au pouvoir, pour avoir connu les déboires du débarquement de 1992 à 1997, se donne à satiété tous les moyens pour la conservation du pouvoir et aussi pour la reconquête dans l’hypothèse de sa perte. D’où l’importance majeure et primordiale de la réflexion, de la prospective, de la probité et de la solidarité, des institutions adaptées, de l’observation et de l’analyse des expériences d’ailleurs, de l’implication des patriotes, des hommes et des femmes probes et républicains même si la République en Afrique reste largement une notion creuse.

La diaspora congolaise n’aura t –elle pas besoin d’un lobbying constructif pour le pays ?

Que la diaspora tente d’abord son organisation, qu’elle fasse son introspection, le point,  son bilan, ce dont elle est capable et ce dont elle ne dispose pas. La diaspora, par certains de ses éminents membres, n’est pas tout à fait irréprochable dans les événements dramatiques que le Congo a vécus. Relisez certains écrits, livres entre 1992 et 1997 et vous serez ébahis par l’inconséquence et la perfidie de beaucoup de nos compatriotes qui, consciemment ou indirectement, ont jeté de l’huile au feu et préparé le lit à la dictature. Tiens, je vous fais une confidence : en 1999, avec un compatriote, nous avons rencontré et discuté longuement avec monsieur François-Xavier Vershave, aujourd’hui disparu, et qui maitrisait bien le dossier franco-congolais notamment. Il nous a expliqué qu’avant 1997, et plus d’une fois, il a rencontré et discuté avec quelques éminents congolais de la diaspora et quand il leur disait que, de bonne source, Sassou préparait un coup d’Etat et voulait revenir à tout prix au pouvoir par la force, ces Congolais lui répondaient tranquillement que le danger de la démocratie au Congo ce n’est pas Sassou mais Lissouba. Des anecdotes dans ce sens je peux vous en citer nombreux. Un compatriote, vedette des médias français sur le Congo pendant les graves événements, écrit sans état d’âme que l’armée congolaise est restée neutre depuis 1991 et que c’est le président élu qui a démantelé cette neutralité, escamotant ainsi la résurgence de celle-ci sur la scène politique en janvier 1992 sous l’ère Milongo, avec mort d’hommes ! Quel est le sentiment et l’ambition qui animaient ces compatriotes dans la profusion effrénée de ces mensonges et inepties!

Dans tous les cas, pour revenir à votre question, c’est le débat préalable qui déterminera aussi bien la recherche des alliés ou experts d’où qu’ils viennent que la déontologie ou l’éthique de l’élite et les exigences majeures auprès du pouvoir autocratique. Vous savez, par rapport à l’appel et la demande depuis quelques mois des Etats généraux, si je ne suis pas opposé sur le principe, je suis quelque peu réservé et ai toujours pensé que c’était inversé, un peu anticipé et stratégiquement peu réfléchi de les revendiquer sans que la diaspora ait fait ce travail préalable dans ses rangs. L’on commencerait ainsi à diagnostiquer sur la Conférence nationale de 1991 et ses suites, même si je pense que, globalement et malgré certains ratés d’importance comme la question de l’armée et celle des garanties de la démocratie, cette conférence a été d’un grand apport, dans la mesure où elle avait posé les grands principes de la société démocratique et balisé la voie pour cela. On pouvait d’ailleurs difficilement attendre mieux dans le contexte du moment.

Quel impact politique de la diaspora au pays ?

La diaspora congolaise peut beaucoup, même si pour le moment elle ne fait pas grand-chose collectivement, au regard de l’action de certaines diasporas africaines. Au sens théorique ou verbal, je pense que les Congolais de l’étranger, la diaspora, a déjà beaucoup dit, critiqué et dénoncé. Pas toujours de la manière la plus convenable et rationnelle mais le message est globalement connu. Il faut maintenant passer à une autre phase, plus engageante, plus concrète, plus positive pour le Congo, mais avec une définition claire et formelle de ce que nous voulons réellement pour ce pays de peu d’habitants, qui regorge de ressources diverses mais qui est, de façon permanente et obscène, trahi et pillé par ceux qui en ont eu la charge.

De l’étranger où les Congolais sont libres et capables de lire et observer plusieurs expériences, l’on devrait avoir pondu, sur de nombreux domaines, des dossiers, des programmes, des projets  et stratégies pour être plus convaincants et performants face aux ‘mercenaires’ locaux que sont devenus nombreux de membres de l’élite congolaise. Je ne doute pas que certains, de façon isolée, aient fait ce travail, mais il faut et il est temps de lui donner forme et visibilité pour redonner confiance à nos compatriotes, pour leur faire comprendre qu’il y a d’autres pratiques, d’autres valeurs que celles nocives, mercantiles et toxiques générées par ceux qui se sont emparés de l’appareil d’Etat au pays. Ainsi, le commun des Congolais pourrait vérifier le sérieux et le réel impact de la diaspora congolaise, résister à la tentation de la bêtise et partant garder espoir.

Question d’actualité avant le mot de fin, que dites-vous sur la question de l’éventuelle révision de la Constitution ?

Vous voyez que c’est difficile d’échapper au droit constitutionnel. On y revient toujours même quand on ne pense parler que des questions de la diaspora

En réalité la question de la révision constitutionnelle est un sujet assez banal du droit constitutionnel. Le problème ici c’est l’objet de la révision, et alors on se retrouve dans ce que je vous ai déjà dit, à savoir que ce qui s’est passé  en 1997 c’est le rejet et le laminage d’un authentique droit constitutionnel qui était en gestation à partir de ce qu’on a appelé le ‘printemps de l’Afrique’.

L’expérience des révisions constitutionnelles post-90 en Afrique francophone a démontré que bien souvent celles-ci consistaient surtout à déverrouiller la limitation des mandats alors que cette limitation est désormais, formellement, inscrite dans le marbre du nouveau constitutionnalisme. En voulant revenir sur la limitation des mandats, comme clairement dit par le général dans une interview connue fin mars 2008, le pouvoir en place est dans sa logique inaugurée depuis 1997, et qui personnellement ne m’étonne pas : le coup d’Etat permanent, pour reprendre une vieille expression mitterrandienne. Cela démontre que pour ce pouvoir la Constitution n’est qu’une simple façade, un argument de circonstance devant la communauté internationale notamment pour donner l’apparence d’une civilité politique alors que dans son origine comme dans son exercice nous sommes en face d’une barbarie qui n’intéresse aujourd’hui l’étranger et des institutions internationales comme les institutions de Bretton-woods que parce que l’argent du pétrole coule à flots au Congo. L’étudiant de première année de droit connait la réponse à cette question au regard de ce qu’on appelle Constitution congolaise de janvier 2002. J’écrivais depuis 2001, dans une analyse du projet constitutionnel congolais, que nous allions vers une Constitution mort-née [ndlr : Une Constitution mort-née, la Constitution congolaise du 20 janvier 2002, Politéia, n°3, 2003].

Que restera-t-il de l’esprit constitutionnel des années 90 si l’on efface cette limitation ? Rien, puisque cette limitation de l’article 57 avec la garantie constitutionnelle de non modification à l’article 185, différente en cela de l’interdiction de briguer plus de deux mandats de la Constitution du 8 décembre 1963 qui n’était qu’affirmée, était dans l’ADN du constitutionnalisme des années 90 en Afrique ! Le multipartisme, lui, vous le savez, est désormais battu en brèche par les autocrates en place puisque les partis sont devenus, un peu partout en Afrique et principalement en Afrique centrale et au Congo, des véritables entreprises économiques entretenues et alimentées par les dictateurs, quand ils ne les créent pas de toutes pièces, pour noyer quelques-uns des partis qui essaient de résister.

Franchement, ce qui me surprend sur ce sujet, c’est l’attitude de la prétendue opposition qui se trouve réduit à défendre la Constitution de 2002, alors qu’elle l’avait longtemps criblée. On peut penser à une attitude de circonstance, mais cela démontre tout de même que les acteurs politiques congolais ne maîtrisent pas bien le débat politique et constitutionnel. J’écoutais également, il y a quelques jours, un membre de l’instance dirigeante de l’UPADS qui se plaisait à citer l’ouvrage du dictateur en disant que celui-ci annonce à la page 89 de son ouvrage avec la préface usurpée de Mandela qu’il respecterait la limitation des mandats ! S’il vous plaît, rappelez à ce Monsieur qu’à la page 117 de son précédent ouvrage de mai 1997, Le manguier et consorts, le général vantait la Constitution de 1992 qu’il n’a pas hésité à étrangler quelques mois après. Déjà, dans l’interview dont je vous ai parlé plus haut, il affirme le contraire. De la même façon qu’il déclarait la main sur le cœur lors de sa déclaration de candidature à la présidentielle de 1992 qu’il respecterait la Constitution, les droits de l’homme, avant de se lancer cinq ans plus tard dans une vaste et diabolique entreprise de crimes contre l’humanité ! Tata nzambi, quelle légèreté !

Si je peux me permettre un conseil aux acteurs politiques à ce propos, qu’ils ne s’enferment pas dans une seule hypothèse, ni au calendrier officiel, ni à l’agenda du dictateur, sinon ils seront surpris. Je répète, nous sommes dans un régime d’état d’exception institutionnalisé qui doit être considéré comme tel, pour ne pas se méprendre dans la lecture et les conséquences du régime en place qu’on tirera plus tard.

Votre mot de fin

La ‘diaspora’ congolaise est une force, une grande force, un pouvoir qui s’ignore. J’ai eu l’occasion, au cours de certains déplacements dans certaines villes françaises mais aussi ailleurs qu’en France, en Afrique et dans d’autres pays occidentaux, de constater que le Congo dispose d’une ressource peu soulignée et insoupçonnée : la ressource humaine. Dans de nombreux domaines aujourd’hui, le Congo dispose d’un personnel formé mais qui n’est plus rentré au pays en raison de la dictature et des incertitudes qu’elle fait planer sur l’avenir.

Ce qui nous manque c’est le patriotisme, l’engagement, le sérieux, le sens de l’Etat et de la république et un peu de savoir faire puisque le savoir nécessaire est désormais là. Il nous restera, à la suite du bilan impératif à faire au sein de la diaspora, à vérifier dans quelle mesure, sur les grands objectifs du développement et du bien être, cette ressource coïncide ou pas, et à envisager de manière prospective, les formations complémentaires et les alliés pour demain.

Il faut que les Congolais de l’étranger prennent conscience, avec maturité, de ce qu’ils constituent pour nos compatriotes restés au Congo ; qu’ils arrêtent de croire et de rêver à ‘l’homme providentiel’ qui serait la solution à leurs maux ; qu’ils établissent leur stratégies sans s’enfermer dans le discours, les thèmes et l’agenda des autorités autocratiques de Brazzaville, sinon la surprise et le piège sont garantis ; qu’ils se demandent pourquoi après avoir souvent critiqué à l’étranger, une fois de retour au Congo et aux affaires, ils font autant sinon pire que ceux qu’ils ont critiqué ; qu’ils ne s’enferment surtout pas dans le débat irrationnel des générations car le problème est bien plus profond : rien ne prouve objectivement que nous soyons moins salauds que la majorité de ceux qui grignotent aujourd’hui les finances publiques du Congo. Le ministre congolais de la Communication, pour ne parler que de lui, n’est pas de l’ancienne génération mais, pourtant, il n’a rien à envier à ces prédécesseurs, aux ainés sur la bêtise dans la vie et l’action politiques au Congo. Alors, vivement le débat, vivement l’organisation, vivement le Congo…pour qu’au moins, en cette  année où nous venons de perdre un grand homme, un grand artiste, Monsieur Jacques Loubélo, poète et infatigable ‘galvanisateur’ de l’unité nationale, l’érection de cet unique Exécutif de la diaspora lui soit un hommage d’envergure.

 

Félix BANKOUNDA-MPELE, universitaire attaché notamment à l’Institut International de Droit d’Expression Française d’Expression et d’Inspiration Françaises (IDEF)

Interview réalisée par DAC PRESSE


Commentaires  

 
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