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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

Sarkozy au Congo : les dessous d’une conférence embarrassante

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L’ancien président français a été copieusement  rémunéré par Forbes Afrique pour une conférence  controversée, donnée le 25 juillet au Congo, en présence de l’autocrate Denis Sassou Nguesso. Selon plusieurs documents judiciaires obtenus par Mediapart, le directeur de la société propriétaire du magazine est aujourd’hui suspecté par la police française d’être un homme de paille du clan Sassou  dans plusieurs opérations de détournements de fonds pouvant atteindre 60 millions d’euros.

Où a-t-il encore mis les pieds ? Avant un possible retour politique à la rentrée en France, c’est chez le très controversé président congolais Denis Sassou Nguesso que Nicolas Sarkozy a fait cette semaine un discret et très rémunérateur aller-retour, comme plusieurs médias s’en sont fait l’écho ces dernières 48 heures. L’ancien chef de l’État s’est en effet rendu, vendredi 25 juillet, au Congo-Brazzaville, pour une intervention au Forum économique Forbes, organisé par le magazine Forbes Afrique, en présence de Sassou Nguesso.

D’après un organisateur, qui s’est confié à Mediapart sous le couvert de l’anonymat, Nicolas Sarkozy a été directement rémunéré par Forbes – certains avancent la somme de 100 000 euros –, dont le président-fondateur, l’homme d’affaires Lucien Ebata, est un proche du président congolais.

Nicolas Sarkozy accueilli au forum par Lucien Ebaba, Mais la présence d’un autre personnage-clé dans la galaxie de Forbes Afrique pourrait s’avérer embarrassante pour Nicolas Sarkozy, déjà empêtré dans de nombreuses affaires financières en France.

Selon plusieurs documents judiciaires obtenus par Mediapart, le directeur de la société propriétaire du magazine, F. Afrique Medias Holding SA, domiciliée en Suisse, est aujourd’hui suspecté par la police française d’être un homme de paille du clan  Sassou dans plusieurs opérations de corruption et de détournements de fonds pouvant atteindre 60 millions d’euros. L’homme s’appelle Philippe Chironi. C’est un Français, établi à Nyon, en Suisse.

La venue au Congo de Nicolas Sarkozy, présenté comme l’invité vedette de cette troisième édition, a été tenue secrète jusqu’au dernier moment par Forbes. Arrivé vendredi midi, l’ancien président de la République a répondu pendant vingt minutes aux questions de la journaliste de TV5 Monde, Denise Epoté, sur l’estrade d’une salle de conférences dépendant du ministère des affaires étrangères congolais. L’équipe de Nicolas Sarkozy avait expressément demandé que cette intervention ne soit pas filmée. La consigne a été rappelée aux journalistes par les organisateurs.

Le fait que Sassou Nguesso soit visé par plusieurs enquêtes judiciaires en France, dans l’affaire dite « des disparus du Beach » et celle des « Biens mal acquis », n’a pas empêché Nicolas Sarkozy de s’afficher à ses côtés. À 70 ans, dont 35 passés à la tête de ce pays pétrolier d’Afrique centrale, l’autocrate Sassou Nguesso continue de cultiver d’impressionnants réseaux politiques et d’affaires en France, à droite comme à gauche. Forbes Afrique, déclinaison africaine francophone du célèbre magazine américain, apparaît incontestablement comme l’un de ses nouveaux leviers d’influence.

Derrière Forbes Afrique, on trouve donc un homme d’affaires congolais proche du pouvoir : Lucien Ebata, patron du groupe pétrolier Orion Oil. Mais le fondateur et PDG de Forbes Afrique n’est pas le seul à entretenir des liens étroits avec Sassou Nguesso. Entre Forbes etSassou, les connections sont nombreuses, notamment par l’entremise de Philippe Chironi.

La consultation du registre du commerce et des sociétés suisse ne laisse d’ailleurs aucun doute sur les liens entre Lucien Ebata, qui a invité Nicolas Sarkozy au Congo, et Philippe Chironi, que ce soit dans le domaine pétrolier ou dans celui des médias,avec Forbes Afrique. Philippe Chironi ne souhaite actuellement faire aucun commentaire tant que des procédures judiciaires sont en cours. Il faut dire que les découvertes, depuis un an, de la police parisienne, en marge de l’affaire des « Biens mal acquis », qui vise le patrimoine faramineux en France de plusieurs dignitaires africains (dont Sassou Nguesso), ont de quoi le gêner.

Dans un procès-verbal du 19 juin 2013, un commandant de police de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) dresse un état des lieux accablant de ses activités financières : « M. Chironi a ouvert plusieurs comptes bancaires auprès d’établissements financiers (…) au nom de sociétés qui ont leur siège en territoire offshore (Maurice, Seychelles, Iles Marshall, Hong Kong…). Des transactions pour plusieurs millions d’euros ont été effectuées – 60 millions d’euros – dont l’origine pourrait être illicite. Ces fonds pourraient en effet provenir de délits de corruption commis en Afrique, Congo-Brazzaville plus précisément. »

Or, d’après les constatations de la police et de Tracfin, le service de renseignement du ministère des finances, une bonne partie de cet argent, évaporé des caisses de l’État congolais, s’est retrouvée ensuite sur les comptes de plusieurs membres du clan Sassou, après avoir transité par les sociétés-taxis de M. Chironi ou directement par son intermédiaire. Parmi les bénéficiaires identifiés par l’enquête, on peut citer Antoinette Sassou Nguesso, la femme du président congolais, Julienne Olga Johnson, sa fille, Guy Johnson, son gendre, André Okombi Salissa, un ancien ministre congolais, ou Jean-Jacques Bouya, le délégué général aux grands travaux (d’où les 60 millions ont été transférés)…

L’opération de promotion de Sassou Nguesso

Une partie des sommes a servi à l’achat par la famille Sassou Nguesso d’au moins 7,7 millions d’euros de montres, bijoux, costumes, chemises dans des boutiques de luxe à Paris, comme Mediapart l’a déjà raconté. Pendant ce temps, le Congo, lui, continue defaire partie des « pays pauvres très endettés » (PPTE) référencés par la Banque mondiale. Près de la moitié de la population y vit en dessous du seuil de pauvreté ; l’accès à l’eau potable ou à l’électricité demeure encore difficile ; le taux de chômage national dépasse les 30 % et un quart des enfants congolais de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique.

Une précédente édition du Forum économique Forbes, en 2013, avait été financée par Orion Oil et la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), dont le conseiller juridique, Sylvain Lekaka, “parent” de Sassou, selon La Lettre du Continent, préside le conseil d’administration de Forbes Afrique.

Sassou Nguesso et Lucien Ebata sont des familiers de plusieurs personnalités politiques françaises. L’année dernière, lorsque Nicolas Sarkozy avait décliné son invitation au forum, Ebata avait convié Jean-François Copé. L’ancien président de l’UMP avait lui aussi étérémunéré pour son intervention (30 000 euros, selon Le Journal du Dimanche). Dans le même temps, l’ancienne ministre UMP Rachida Dati avait été reçue très chaleureusement par Sassou Nguesso. Au point que des sites africains s’étaient interrogés sur l’objet des visites des responsables UMP (lire notre article).

Face à la polémique suscitée au Congo par le coût démesuré de la conférence, Lucien Ebata avait dû venir s’expliquer en catastrophe sur la télévision nationale, TV-Congo. Il avait assuré, en dépit des informations déjà confirmées, que les intervenantsétaient venus à titre gratuit et que l’État n’avait pas déboursé un centime.

Deux ans plus tôt, ce sont les anciens premiers ministres chiraquiens Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin qui étaient présents au lancement de Forbes Afrique. Comme Copé, ils avaient fait le déplacement dans un avion de 50 places, spécialement affrété depuis Paris. Chaque année, les invités sont hebergés dans des hôtels cinq étoiles de la capitale.

En se rendant à cette conférence, Nicolas Sarkozy a en tout cas participé à l’opération de promotion de Sassou Nguesso. Le forum comme la revue sont à la gloire du président congolais et visent à améliorer son image sur la scène internationale. « Forbes Afrique ouForbes Sassou ? » s’interrogeait d’ailleurs, le 30 août 2012, La Lettre du Continent, publication spécialisée dans les questions africaines. Dès son premier numéro, Forbes Afrique lui a consacré un dossier de six pages – modestement intitulé « Congo-Brazzaville : l’aube nouvelle ». On pouvait y lire que, depuis son retour au pouvoir en 1997, Sassou Nguesso « a travaillé essentiellement à redonner l’espoir de vivre à ses quelque 3 millions et demi de compatriotes ».

Dans ce même numéro, figurait aussi un portrait de Vincent Bolloré. L’homme d’affaires français, qui contrôle l’agence publicitaire Havas, organisatrice du forum Forbes, est bien établi au Congo. En 2009, il a remporté la concession du terminal à conteneurs de Pointe-Noire. Selon l’homme d’affaires franco espagnol Jacques Dupuydauby, Nicolas Sarkozy  aurait alors fait pression sur le président Sassou Nguesso, qui avait pesé de tout son poids pour que Bolloré, concurrencé par Dubaï Ports, l’emporte. Ce qu’avait démenti à Mediapart l’industriel français, en affirmant l’avoir obtenu « en toute légalité ».

Boite noire

Sollicitée à plusieurs reprises, Véronique Waché, la conseillère presse de Nicolas Sarkozy, n’a pas retourné nos appels. Contacté par mail, Lucien Ebata n’a pas répondu à nos questions.

Par Fabrice Arfi et Marine Turchi

Source Mediapart

Commentaires  

 
0 #6 photocall 13-11-2015 15:48
Ca se voit que vous maîtrisez bien le sujet, l’article est vraiment enrichissant
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0 #5 Drapeau publicitaire 08-09-2015 02:15
Très bien expliqué, je suis pas mal de blog de votre domaine mais le votre est très intéressant.
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0 #4 acheter stand 30-07-2015 07:52
Post génial, je vais le partager sur twitter
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0 #3 banniere 22-07-2015 09:27
J'ai appris beaucoup de choses intéressantes en parcourant
votre site. Merci
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+1 #2 brice ngoma 29-07-2014 11:34
#‎Forum_Forbes_ Afrique‬ Le président Denis Sassou Nguesso ne sait plus quoi faire avec l'argent du pétrole congolais, il multiplie l'organisation des forums, des conférences, des séminaires bidons.
Tous les invités étrangers ont eu chacun un "ngiri" la part qui devait revenir aux étudiants boursiers, améliorer les conditions de vie des populations.
On nous parle de la bancarisation, alors que 80% de la population congolaise n'a pas un compte bancaire et ne sait pas c'est quoi une banque. Le Congo n'a que des bancaires commerciales qui servent qu' aux étrangers ( ouest-africains, libanais, européens) et les hommes forts du pouvoir.
Voilà comment le Congo perd de l'argent bêtement à cause des dirigeants incompétents qui savent plus quoi faire avec l'argent du pétrole
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+1 #1 Alain Etoka 29-07-2014 09:22
Sarkozy,Brazzav ille et autres "africanités"
Nicolas Sarkozy a dit en son temps et ne s'est jamais dédit : " L'Homme africain n'est pas entré dans l'histoire" assertion du reste péremptoire, dénuée de tout fondement scientifique et aux relents plutôt racistes. Par contre, on peut sans conteste affirmer que l'Argent africain, lui, est bien rentré dans l'Histoire de Nicolas Sarkozy.
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