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Pascal Tsaty-Mabiala sur le débat constitutionnel : «Si le président de la République peut arracher un consensus national, par un dialogue…»

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Premier secrétaire de l’U.pa.d.s, parti situé à l’opposition, député élu à Loudima (département de la Bouenza), président du groupe parlementaire U.pa.d.s, à l’assemblée nationale, Pascal Tsaty-Mabiala nous a accordé un entretien exclusif, mercredi 20 août dernier, au siège de son parti, au quartier Diata (Brazzaville), dans lequel il est revenu sur le meeting de l’U.pa.d.s à Dolisie, le message sur l’état de la nation du président de la République et sur le débat constitutionnel. Objectif: éclairer la lanterne de l’opinion sur la position de son parti.

A propos du débat constitutionnel, il pense que le président de la République n’ayant pas le pouvoir de changer la Constitution, «même par référendum», il serait souhaitable de passer préalablement par un dialogue. «Si le président de la République peut arracher un consensus national, par un dialogue…», alors l’U.pa.d.s «prendra toute sa place». Entretien.

* Monsieur le premier secrétaire, êtes-vous satisfait de votre grand meeting à Dolisie, du point de vue de la mobilisation et du contenu de vos messages?

** Vous savez, quand on est dirigeant, il ne faut pas afficher un satisfecit. J’ai écouté les commentaires qui en ont été faits, ceux qui sont venus au meeting, j’ai également les commentaires qu’on a faits dans la presse, je pense qu’on a fait un grand meeting à Dolisie, avec une  très grande mobilisation. C’est vrai que, dans nos estimations, nous avions voulu réunir, peut-être, dix mille, voire près de quinze mille (personnes). Mais, pour le nombre que nous avons reçu, avec les contraintes qui sont les nôtres, avoir fait ce que nous avons fait à Dolisie, je peux même dire, depuis que notre président fondateur, lui seul qui était en mesure d’emmener toutes ces foules, n’est plus (là), ça faisait longtemps que nous avons réussi une telle mobilisation. Donc, je peux dire oui, je crois que nous avons été satisfaits d’avoir fait ce meeting à Dolisie.

Alors, sur les messages, nous avons parlé de tout: de la situation politique dans le pays, du débat constitutionnel, bien entendu. Je crois que ce qui a le plus marqué les gens, c’est cet appel à la résistance. Nous reviendrons, peut-être, sur ce mot. Mais, cet appel à la résistance, parce que nous voyons venir les choses dans ce débat constitutionnel qui peut dériver sur des situations insoupçonnées aujourd’hui. Nous avons déjà prévenu nos militants à Dolisie et ceux qui nous ont écoutés et qui sont à travers le pays, que les moments, les jours, les semaines, les mois à venir pourraient être des moments durs, parce que nous vous appelons à défendre vos droits et libertés, tels que prévus par les lois et règlements de la République. Et si dans ce que nous demandons, ce que nous croyons être nos droits, il se trouvait qu’il y a en face de nous une contrariété qui viendrait d’une certaine république, nous serions fondés, nous, à résister. J’ai dit et c’est, d’ailleurs, ce qui est devenu aujourd’hui, la grande phrase. Vous allez, certainement, me le rappeler, je n’ose pas encore le dire. C’est pour ça que nous avons sorti (cette citation de Churchill), pour dire: «Je n’ai rien à vous offrir et ce sera une fois de plus, nos larmes et notre sang, pour défendre nos libertés». Alors là, on est allé dans tous les commentaires: il y en a qui ont vu l’U.pa.d.s reprendre les armes, il y en a qui ont vu la guerre… Non, c’est pas nous qui faisons la guerre, mais nous résisterons, parce que nous avons des droits constitutionnels à défendre.

* Justement, puisque vous l’avez déjà dit, la citation de Churchill que vous avez reprise a suscité une indignation du côté de la majorité, surtout que dans les banderoles, c’était écrit: «Changer la Constitution, c’est menacer la paix». Si un référendum constitutionnel est organisé dans des conditions acceptables par tous, et que le peuple dise «oui», en quoi cela, Monsieur le premier secrétaire, est-il une menace à la paix?

** Très bien! Si le référendum porte sur la révision de la Constitution, tel est le droit constitutionnel du président de la République, bien entendu, nous irons à ce référendum. Nous mobiliserons nos militants à aller à ce référendum qui portera sur la révision de ce qui est révisable dans la Constitution.

Le référendum dont on parle, aujourd’hui, ce n’est pas pour faire une révision, puisqu’en tous les cas, la majorité a déjà dit, dans un rapport (qu’il faut changer la Constitution). Moi je suis, d’ailleurs, stupéfait que le secrétaire général du P.c.t continue de nous dire: «Ah, vous savez, le P.c.t n’a pas encore dit son mot; le P.c.t n’a pas encore parlé». Mais, le P.c.t et sa majorité ont publié, très officiellement, un rapport que nous avons, nous, reçu, dans lequel ils sont partis de trois hypothèses:
- première hypothèse: on ne touche pas à la Constitution, donc le statu quo;
- deuxième hypothèse: on révise la Constitution;
- troisième hypothèse: il faut changer la Constitution.
Ils en sont arrivés à la conclusion qu’il faut changer la Constitution.

Les pouvoirs constituants du président de la République ne lui donnent pas le droit de changer la Constitution, article 186. Il s’agit, pour lui, au terme de l’article 186, d’organiser, par référendum, les pouvoirs publics. Organiser les pouvoirs publics, ce n’est pas changer la Constitution. C’est-à-dire, c’est sur la base de ce qui existe, cette Constitution, qui lui est autorisé, par la Constitution, de modifier, de réviser. C’est ce qu’on appelle: organiser les pouvoirs publics. On n’a pas donné au président de la République un  pouvoir constituant qui l’amènerait, lui, à prendre une décision soit par référendum, de changer la Constitution. Ça, ce n’est pas possible.

* Est-ce que cela voudrait-il dire, au cas où il s’agit du changement de la Constitution, que vous demandez un forum, un dialogue?

** Vous avez lâché le mot! Regardez notre histoire, on peut la revisiter. Toutes les fois qu’on a changé la Constitution, c’est à la suite d’un événement insurrectionnel: 63, 68 et 77, c’est l’assassinat de Marien Ngouabi; 92, nous passons du système monopartiste pour aller au multipartisme, à la démocratie. Donc, on changeait totalement et en toile de fond, il y avait toujours un consensus national. Si le président peut arracher un consensus national, par un dialogue, vous avez lâchez le mot, par un dialogue, nous arrivons à un consensus national, pour que nous nous convainquons tous, de la nécessité de changer notre loi fondamentale, eh bien, l’U.pa.d.s prendra toute sa place.

* Pour revenir au message sur l’état de la nation, prononcé par le chef de l’Etat, vous êtes d’accord avec lui, quand il dit que: «Nous ne voulons pas de la démocratie de l’invective. Celle qui se nourrit du sang et des larmes. Il s’agit, vous vous en doutez, du sang et des larmes des autres. Mais, nous n’allons pas recommencer. Le sang et les larmes des autres ont trop coulé dans ce pays. Nous disons ça suffit!». Est-ce que vous partagez ces propos?

** Oui, c’est-à-dire, dans l’absolu, c’est normal. On n’a pas envie de verser le sang pour rien du tout. Je ne connais pas un peuple qui a accepté de verser son sang pour rien du tout. Mais, je connais aussi des peuples qui acceptent, lorsque cela est nécessaire, d’aller jusqu’à cette extrémité. Mais, nous n’en sommes pas là. Si je me remets à cette histoire, quelquefois sanglante et douloureuse pour notre pays, mais le président de la République actuel n’est toujours pas absent de tous ces moments douloureux que le peuple a connus. Je ne lui fais pas un procès, mais tout le monde sait. Qu’il s’agisse de tel, tel autre événement, le président Sassou est toujours au cœur de ces événements douloureux que le peuple a connus. Si aujourd’hui, il s’est converti en pacifiste, je veux bien l’accepter. Mais, croyez-le, ce n’est pas l’U.pa.d.s qui sera là, pour prendre les armes, pour aller tuer des Congolais, pour verser le sang. Ce n’est pas ce que nous avons dit.

L’invective, c’est quoi? Nous sommes un parti politique, nous débattons, nous donnons notre point de vue, avec notre manière de parler, de nous exprimer, ce n’est pas l’invective. Nous avons dit des choses, sans invectiver personne.

Mais, lui, cependant, quand j’ai écouté le message et dans un décor qui était tout à fait différent, je suis député depuis bon nombre d’années, c’est un moment solennel où le président de la République arrive, pour parler des choses de l’Etat, dans une solennité que tout le monde doit constater.

Là (au palais des congrès), à un moment donné, je croyais être à un meeting du P.c.t, avec des badauds qu’on a amenés à la mezzanine, qui ont rempli la salle et qui applaudissaient à tout rompre. Ce n’était plus ce moment solennel, devant les ambassadeurs, pour dire des choses et entendre des applaudissements; ce n’était plus le congrès qui recevait le message du chef de l’Etat. Vous croyez, dans une salle qui lui était totalement acquise, c’est là qu’il fallait répondre?

S’il avait besoin d’un tel débat, pour comprendre ce qui a été dit (au meeting de l’U.pa.d.s à Dolisie), il nous aurait appelés, c’est le président de la République, nous serions partis lui expliquer qu’est-ce que nous avons voulu dire par là. Nous aurions accepté l’invitation du président de la République, même une interpellation de sa part.

Mais, ce n’est pas là (au moment du message sur l’état de la nation). Là, c’est un grand moment de l’histoire du pays, où le président de la République, dans toute sa solennité, dit comment marche le pays, qu’est-ce qui a marché, qu’est-ce qui n’a pas marché. Mais, ce que j’ai entendu, je ne suis, simplement, que désolé.

* On va passer à un autre point, peut-être le dernier, c’est concernant l’organisation des élections. Si le projet de loi modifiant la loi électorale passe au parlement, tel qu’il a été soumis par le gouvernement, c’est-à-dire sans tenir compte des recommandations de Dolisie et du consensus politique de Brazzaville, sur la réforme de la Conel, quelle sera l’attitude de l’U.pa.d.s, par rapport aux scrutins qui pointent à l’horizon?

** Il y a deux choses: la loi électorale et les élections elles-mêmes.
Parlons de la loi. Pour une fois, toute la classe politique, unie avec le parti au pouvoir, s’est mise d’accord, pour avoir une commission électorale indépendante, elle-même serait assise sur une nouvelle loi électorale. Nous avons défini les termes de cette loi électorale, ensemble. Nous avons signé un document que nous avons remis au ministre de l’intérieur et au cabinet du chef de l’Etat. Il s’agissait, pour le gouvernement, d’intégrer, dans la nouvelle loi électorale, les dispositions telles que nous les avons unanimement, consensuellement arrêtées.

Quand nous avons reçu le projet de loi rectificatif de la loi électorale, force est de constater que le gouvernement n’en a pas tenu compte du tout. Les articles 185, 186, 187 qui posent, effectivement, le problème de l’indépendance de la Conel ont été écartés, de sorte que nous risquons de nous retrouver avec une commission électorale toute aussi semblable que celle qui existe maintenant. Donc, on aura rien fait du tout.

Alors, vous me posez la question, à ce stade, quelle serait l’attitude de l’U.pa.d.s? Nous participerons au débat, mais ne voterons pas la loi et, d’ailleurs, nous ne participerons pas à ce vote.

Mais si la majorité qui, elle, est unanimement, solidairement avec nous, et a retenu qu’il faut changer la loi électorale, ne se mettait pas à l’hémicycle avec nous, nous constaterons, simplement, qu’il y a mauvaise foi de la part du parti au pouvoir et de ses partis alliés. Nous, nous ne participerons pas au vote, nous ne voterons pas cette loi électorale, parce qu’elle sera, simplement, une fois de plus, une loi scélérate qui ne tient pas compte du consensus qui s’est formé à Dolisie.

* Et si les futurs votes sont organisés sur la base d’une loi pareille?

** Là, nous aviserons. J’interrogerai les militants de l’U.pa.d.s pour savoir qu’est-ce qu’on fait, face à cette autre imposture du pouvoir. Nous verrons: est-ce que nous irons au boycott? Est-ce que nous participerons, malgré tout, dans les conditions les mêmes qu’en 2008, puisque 2008, c’était avec la même loi électorale, la même commission. Je ne peux pas vous dire, à l’instant, ce que me diront les militants. L’U.pa.d.s est un parti démocratique, on va consulter les militants. Le premier secrétaire, quel qu’il soit, n’a pas, lui-même, la décision sur des questions aussi importantes. J’interrogerai les structures du parti, le parti, lui-même, interrogera la base, pour savoir, qu’est-ce que l’on fait: est-ce qu’on boycotte? Est-ce que nous allons, malgré tout, à ces élections? Pour le moment, Monsieur Mbanza, je ne peux pas répondre à la question, mais nous aviserons, le moment venu.

* Un dernier mot aux militants, dans ce contexte où votre parti est en première ligne, par rapport à certains débats politiques?

** C’est dire que nous devrons nous féliciter, d’être, aujourd’hui, revenus à la place qui devait être celle de l’U.pa.d.s. Cette place doit être à la tête, justement, des idées positives, qui font évoluer notre pays, notre Etat. Les militants, je crois que, doivent se sentir heureux d’avoir, aujourd’hui, une direction qui va dans le sens qu’ils souhaitent. Parce qu’à un moment donné, il y avait comme une sorte de sarcasme en notre sein: est-ce qu’ils sont ici; ils sont là; où sont-ils?

Je pense qu’aujourd’hui, le débat est clair, et les militants, et l’opinion ne peuvent plus se poser des questions: de quel côté se trouve l’U.pa.d.s? Où mange le premier secrétaire?

Pour nous, les choses étaient claires. Mais, pour ceux qui avaient encore cette manie d’introduire la confusion, les choses étant ce qu’elles sont, je pense que ce que je peux dire aux militants: soyez courageux, maintenant que nous avons repris notre place; ensemble, essayons de faire avancer les idées démocratiques, pour le bien de notre pays.

Propos recueillis par Joachim MBANZA

Source La Semaine Africaine


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