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Jean Ngouabi-Akondjot, président du parti Lumière pour le Congo : «Je demande au président de la République… qu’il écoute la nation toute entière et non seulement ses courtisans»

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Président de Lumière pour le Congo, parti situé à l’opposition, Jean Ngouabi-Akondjot réagit, dans l’interview ci-après, au message du président de la République sur l’état de la nation, prononcé le 12 août dernier, devant le parlement réuni en congrès. «Je demande au président de la République de cesser d’être le président du P.c.t et qu’il écoute la nation toute entière et non seulement ses courtisans», déclare-t-il, en conclusion de l’interview dans laquelle il se montre très critique.

* Monsieur le président de Lumière pour le Congo, quelles sont vos impressions sur le message sur l’état de la nation prononcé par le président de la République devant le parlement réuni en congrès?** Je vous remercie pour l’opportunité que vous me donnez de traduire mes sentiments profonds sur le message du chef de l’Etat. Je voudrais, d’abord, faire observer que, quand le président de la République prononce un discours devant le parlement réuni en congrès, devant la communauté internationale, l’instant est tellement solennel qu’on ne devrait pas entendre les slogans des militants du P.c.t qui, du reste, n’étaient pas invités dans cette salle. Je ne sais pas si le pouvoir de ce parti sait faire la différence entre ces instants républicains et ses meetings agités. En tout cas, Monsieur Noumazalay ne l’aurait pas fait.

Maintenant, en ce qui concerne le message lui-même, il comporte certaines choses qu’il faille relever ici. Sur le plan social, quand le président de la République annonce la construction des hôpitaux généraux dans tous les chefs-lieux de départements, je dis que c’est là une aberration. Comment peut-on faire de telles annonces, quand le C.h.u, l’unique hôpital de référence que nous avons, manque de tout: gants, alcool, seringues, bistouris, table d’opération digne de ce nom; quand il manque des spécialistes...? Notre pays n’est en tout cas pas attractif en la matière. Allez voir ce que sont devenus les équipements achetés pendant la municipalisation accélérée de la Likouala et livrés à l’hôpital d’Impfondo.
Quand le chef de l’Etat parle d’augmentation de salaires des fonctionnaires, il est bon qu’il nous dise aussi quel est le rapport entre le panier de la ménagère et le marché; quel est le rapport entre le coût des loyers et le coût de la vie; quel est, du côté des retraités, le pourcentage d’amélioration de leur mieux-être en termes de revalorisation de la pension; quels sont les salaires réels des ministres, des parlementaires, des conseillers et aussi celui du président de la République? Nous attendons qu’il le dise au peuple l’évolution des salaires de ces gens-là, depuis la mort du président Marien Ngouabi, jusqu’à maintenant.
Si, pour lui, l’émergence, ce sont les bâtiments et non la qualité du travail et sa production, c’est un leurre.
Quand le président de la République parle «du sang et des larmes des autres», en d’autres termes, du sang et des larmes des parents et des enfants des autres. Mais, qui en est responsable? S’il y a les autres, c’est qu’il existe aussi les «uns» qui sont auteurs du versement de ce sang et de ces larmes-là.
Arrêter le sang et les larmes des autres, c’est aussi respecter les lois et règlements de la République et refuser d’endosser une quelconque responsabilité sur tous les sujets susceptibles de provoquer des situations où le sang et les larmes des parents et des enfants des autres risquent de couler.
C’est cela la sagesse, quand on est Mwené, comme c’est, justement, le cas du président de la République.
Mais quand, poussé par une meute d’hommes invétérés, on refuse d’écouter la raison, c’est qu’on veut naviguer à contre-courant de son propre message. N’est-ce pas qu’en 1997, malgré les dispositions de la Constitution, sur R.f.i, le président Sassou-Nguesso, alors opposant, avait appelé cela: «provocation»?

* A vous entendre parler, vous êtes contre le changement de la Constitution ou sa révision, comme vous l’avez, d’ailleurs, exprimé dans une déclaration. Si c’est le peuple qui demande de changer la Constitution, comme le dit le président de la République, n’est-ce pas démocratique d’interroger le peuple, à travers un référendum constitutionnel?
** Vous parlez de quel peuple? Quand des fonctionnaires, membres du P.c.t, quittent Brazzaville avec des bus remplis de militants, et avec des textes déjà écrits et vont à Gamboma, Owando, Makoua, Dolisie, prononcent des discours devant ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent, c’est ça le peuple?
J’ai posé la question à un vieux, à Makoua, pour qu’il me dise de quoi ils ont parlé avec le président de la République. Il m’a, tout simplement, dit qu’il n’a rien compris et qu’il ne s’est contenté que de l’argent qu’on lui a donné. Quand le président Justin Koumba et le ministre Pierre Mabiala amusent la galerie à Dolisie, en parlant au nom des sages du Niari qui, eux, avaient un autre discours, c’est ça le peuple?
Je crois qu’il faut que le président Sassou-Nguesso, quelle que soit sa volonté de rester au pouvoir, puisqu’il l’a dit lors de ce même message, en projetant la fête de l’indépendance dans la Bouenza, après la fin de son mandat, en août 2016, il faut qu’il écoute aussi les autres forces vives de la nation. Car, s’il opère un passage en force, en ne comptant que sur son P.c.t, il risque lui-même, comme je l’ai dit, de créer des situations où l’on pourrait déplorer le sang et les larmes des parents et des enfants des autres.

* Parlant de la Bouenza, il y a quand même la continuité de l’Etat, la fête dans la Bouenza doit aussi se préparer, peu importe de savoir quel président sera, le 15 août 2016, à Loudima, mais cette fête de l’indépendance doit se préparer. Ceci dit, est-ce que vous avez peur du référendum constitutionnel?
** Le référendum constitutionnel, s’il y en aura un, devra obéir à une procédure rigoureuse:
1- il faut un consensus politique qui amène à la mise en place, comme en 1992, d’une constituante, différente de sa commission privée;
2- il faut que ce qui est supra-constitutionnel ne soit pas touché;
3- il faut que la Conel cède la place à la Commission électorale indépendante qui devra prendre en mains toutes ses prérogatives en matière d’organisation des élections;
4- il faut que le recensement administratif spécial de la population soit, cette fois, effectué avec la collaboration de la communauté internationale. Si tous, nous n’avons rien à craindre, nous devons accepter de le faire.
En conclusion, je demande au président de la République de cesser d’être le président du P.c.t et qu’il écoute la nation toute entière et non seulement ses courtisans.

Propos recueillis par
Joël NSONI

Source La Semaine Africaine