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Mathias Dzon, de la contestation au nihilisme

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Dans une interview publiée par le magazine «Afrique Education», dans son édition n°398 du 15 au 30 septembre 2014, l’opposant congolais, Mathias Dzon, a manqué d’élégance politique et perdu le bon sens, en comparant les présidents Mobutu (ex-Zaïre) et Mamadou Tandja (Niger) à Denis Sassou-Nguesso, le président congolais. Il lui faut encore un peu d’expérience pour gagner en maturité. Car, dans un système démocratique comme celui que connaît le Congo, depuis la fin de la décennie 90, nul ne peut reprocher à un opposant de critiquer l’action du gouvernement.

Bien au contraire! Et, bien que sans élus, Mathias Dzon et son parti ont le droit légitime de ne pas partager les mêmes points de vue que le gouvernement congolais. Même contre sa propre volonté et, parce que politiquement inconstant, il a le droit de s’opposer au changement ou à la modification de la constitution. Mais, s’opposer, en démocratie, ne signifie pas que l’on est détenteur de la raison infuse, parce que, hélas, en la matière, c’est la majorité qui a raison. C’est pourquoi un acteur politique mûr tolère les autres en admettant, malgré la conviction qu’il puisse avoir de leur erreur.

A travers son interview dans les colonnes du magazine Afrique Education, Mathias Dzon affiche les signaux d’un chef autocratique qui se met en colère, dès qu’un son discordant se fait entendre contre ses idées et ses pensées. C’est pour cela que, par mauvaise foi, il refuse de financer les candidats de son parti aux élections, quand lui-même n’est plus sûr de gagner dans son vivier naturel qu’est Gamboma. Il souffre de voir quelqu’un d’autre prendre la tête de son parti. C’est pourquoi il n’ose même pas organiser son parti, à travers le pays, pour espérer avoir une base politique avérée.

Passé maître dans le boycott des élections, il est aussi reconnu au Congo pour sa contestation systématique des résultats des votes auxquels il n’a presque jamais pris part. Aujourd’hui, il se donne un autre attribut, celui de nihiliste. Il peut faire croire aux quelques compatriotes «parisiens» qui sont allés l’écouter sans plus jamais mettre pieds aux pays, qu’il est monté dans l’avion à Brazzaville, sans voir l’aéroport Maya-Maya, totalement différent de celui de 2002, par exemple. Cette attitude traduit simplement l’inconstance de ses engagements politiques.

Il n’est pas évident qu’il trouve, au Congo, un peuple à son écoute, quand il donne la preuve qu’il ne lui fait pas confiance. Car, au-delà de son manque de respect -qui frise plutôt le règlement de compte- envers le président de la République, il ne peut pas priver au président de la République, le droit constitutionnel de consulter le peuple, sur des grandes questions concernant la vie de la nation.

Or, Denis Sassou-Nguesso, lui, veut d’une «démocratie apaisée, fraternelle, où chaque citoyen exprime librement ses opinions; où les grands débats qui déterminent la vie de la nation sont tranchés par le peuple».
Radical sur les bords, Mathias Dzon déclare, dans son interview arrangée, que «l’impopularité du président Denis Sassou-Nuesso est établie». Autant le leader de l’U.p.r.n donne la preuve qu’il parle, pour exister politiquement, autant il ne peut pas prouver ce qu’il dit sur le terrain. Car, avec un parti «unipersonnel», apeuré par l’échec électoral, Mathias Dzon n’a pas de baromètre pour mesurer son impopularité et celle de son parti.
Conflictuel à souhait, il promet la violence aux Congolais, au cas où ils diraient oui au changement de la Constitution, au terme d’un référendum. Ainsi, si l’opposant n’a pas d’yeux pour voir les actes de développement que pose le pouvoir, il est, cependant, le seul à voir, comme par transposition, la violence au Congo: «Le calme actuel annonce la tempête… Les tensions sont perceptibles, à vue d’œil, au Congo…», dit-il, répétant là, une menace déjà exprimée le 16 décembre 2013, quand Radio France internationale lui avait donné la parole: «...A ce moment-là, ça va être l’explosion...», déclarait-il.
Mais, fidèle à sa nature pacifiste et parce que garant de l’unité et de la paix nationales, le président de la République a, quant à lui, devant le parlement réuni en congrès, dit non à ces invectives en politique: «Nous ne voulons pas de la démocratie de l’invective. Celle qui se nourrit du sang et des larmes... nous disons: ça suffit!», a-t-il déclaré. Ce qui n’est pas nouveau, la paix étant, pour lui, un crédo.
C’est de son droit de parler de démocratie. Mais, il lui manque la jugeote, pour pointer du doigt une quelconque dictature, un retour au monopartisme au Congo, alors que son parti est le prototype d’une dictature politique. S’il ne peut organiser, même pas d’assemblée générale, ce n’est pas un congrès qu’il peut convoquer et ce, depuis des lustres. Il décide seul de boycotter les élections, les recensements, les concertations, même quand il en est le demandeur acharné.

Essor ou stagnation?

L’ancien ministre des finances pense que rien n’est fait au Congo en ce qui concerne l’économie. Il ne lui reste qu’à nier la lumière du jour. Mais tout de même, quand il quitte le Ministère des finances, en 2002, le Congo comptait combien de banques? Et, il en compte, combien aujourd’hui? Comme il ne s’en occupe plus depuis qu’il a fait valoir ses droits à la retraite, il vaut mieux lui dire qu’il y a près d’une dizaine de banques au Congo, depuis lors. C’est la preuve, non seulement d’un essor économique, mais aussi d’un bon climat des affaires. Le secteur minier, lui aussi, connaît actuellement, un essor considérable au point où le Congo a réintégré le processus de Kimberley.
Quand il parle du chômage, il peut placer son espoir dans «Afrique Education», pour trouver ceux qui s’en convainquent. Mais, chez les Congolais qui se souviennent de son passé récent, du temps où il fut le tout puissant ministre des finances qui ne recrutait que les siens, ce discours ne passe pas du tout. Il étonne quand même, parce qu’en sa qualité d’économiste, Mathias Dzon ne comprend pas que le chômage est devenu presqu’un problème de société, y compris en France où il est allé haranguer «les partisans».
Pourtant, avec un peu de bonne foi, il ne peut pas soutenir que le gouvernement ne fait rien sur cette question. L’emploi se crée au Congo, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. En effet, chaque année, la fonction publique fait ce qu’il ne voulait pas faire, tant qu’il n’avait pas placé ses parents dans le recrutement: les enseignants, les agents de santé, pour ne citer que ceux-là, sont intégrés dans la fonction publique chaque année, depuis plus de dix ans. Les opérateurs de téléphonie mobile, les banques et bien d’autres entreprises privées recrutent des Congolais.
Il suscite un autre étonnement quand, dans sa bouche, le mot corruption donne à penser que le phénomène vient de commencer au Congo. Peut-il, au moins par respect pour les Congolais, faire un mea-culpa? Il pousse forcément à ce que le peu de militants qu’il compte n’ait plus confiance en lui et décident de le quitter définitivement, quand on sait que lui et ses services au Ministère des finances n’ont pas brillé par une rigueur dans la gestion et la restauration des finances publiques. Evidemment, personne ne peut donner une caution morale à ce travers qu’il faut condamner et combattre sans hésitation.

Le paradoxe de Mathias Dzon

Le leader de l’U.p.r.n est devenu farouchement opposé au changement de la Constitution du 20 janvier 2002, parce qu’il lit, dans sa boule de cristal, un troisième mandat de Denis Sassou-Nguesso, qui n’a rien de tel.
Parlant, semble-t-il, au nom du peuple, sans son autorisation, il a martelé, en 2009, lors de la campagne pour l’élection présidentielle, que «la constitution actuelle concentrait trop de pouvoirs entre les mains du président de la République». Il fallait donc la changer.
L’économie de sa pensée est contenue dans une brochure de près de 50 pages, intitulée «Le pacte présidentiel», dans laquelle il énumérait ce qui était ses «propositions en vue de construire le Congo». On y lit dès la première proposition, en page 5: «Abroger la Constitution du 20 janvier 2002 et adopter une nouvelle constitution garantissant le pluralisme politique, le respect des droits humains et des valeurs de la République et de la démocratie, la séparation des pouvoirs, l’égalité de tous les Congolais devant la loi, la laïcité, le pluralisme et la liberté des médias…».
Mathias Dzon parle même de nouvelle Constitution. «La nouvelle Constitution instituera un régime parlementaire à deux chambres, avec un président de la République élu au suffrage universel pour un mandat de sept ans, renouvelable une seule fois et un premier ministre, chef de gouvernement, responsable devant le parlement», écrit-il.
Il a opéré un virage à 120 minutes à l’heure, sans convaincre, là aussi, parce que guidé par le désir d’assouvir son besoin personnel. En effet, s’opposant au changement de la constitution, il demande, avec ardeur, la tenue d’un «dialogue national inclusif qui rassemblera toute la classe politique, toute la société civile, les personnalités indépendantes et la diaspora congolaise pour trouver, dit-il, des solutions idoines, qui permettent d’aller de l’avant». Ici se cache sa volonté de participer au gouvernement d’union nationale, résultat attendu de ce genre de forum. Le problème, c’est qu’il demande bien le dialogue, mais va le boycotter, quand il sera convoqué. Bref, le temps est précieux. Les politiques ont assez fait du bruit, il est mieux d’écouter aussi le peuple souverain, pour les départager.

 

Cyril BAKANAWA
Observateur de vie politique nationale.

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