22/08/2017

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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

Bowao : une démarche politique courageuse mais un propos vicié

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Courageuse ! En effet la démarche politique de M. Bowao peut être qualifiée de courageuse, tant elle s’exprime au sein même du PCT, un parti qui déjà naguère se vantait d’être le premier parti marxiste-léniniste au pouvoir en Afrique. Et, qui dit parti marxiste-léniniste, dit incompatibilité avec les règles élémentaires de la démocratie moderne ; une incompatibilité constatée par chacun d’entre nous, et que confirme de l’intérieur M. Bowao dans sa lettre ouverte au général Sassou-Nguesso du 20 janvier 2015.

Voici un morceau choisi de la position du PCT exprimée lors de la réunion du Bureau politique du PCT de décembre 2014, consacrée notamment au Changement de la Constitution du 20 janvier 2002, dont chacun s’accorde à dire que cette démarche n’a aucun fondement juridique ni politique, d’autant qu’il n'y a pas de crise politique ou institutionnelle. Malgré tout, le PCT considère que le président Sassou-Nguesso doit « aller au changement de Constitution, à travers un dialogue avec les autres partis … Il doit rester au pouvoir par l'entremise d'un coup de force tempéré par un référendum ».

Et à propos du respect de l’Etat de droit ? le PCT est clair : « nous ne sommes pas dans la spéculation académique, mais sur une question éminemment politique, celle du pouvoir à conserver non plus dans le respect de la Constitution actuelle, mais par une démarche illégale, insolite et inhabituelle. L’essentiel est de ne pas perdre le pouvoir. Il ne faut pas se tromper d'arène... » Mais, il y a des risques d'insurrection populaire comme récemment au Burkina Faso, non ? Le PCT considère que « le Congo n'est pas le Burkina Faso. Mais, n’agissons pas à chaud. Reculons pour mieux sauter ! »

Intrigant ! Edifiant ! Mais c’est cela le PCT !

Seulement, M. Bowao, membre du PCT, soutient le régime du général Sassou-Nguesso depuis 1997. Celui-ci est issu d’un coup d’Etat avec le soutien des armées étrangères qui ont participées à des viols des congolaises, aux pillages et crimes en tout genre. En France entre autres, il est cité dans de nombreuses plaintes particulièrement pour crimes contre l’humanité, pour des biens mal acquis et des détournements de fonds publics via des paradis fiscaux ; sans compter la mauvaise gestion qui, sur ce point-ci, peut être aussi reprochée à tout gouvernement, même installé au pouvoir de manière démocratique. Aucun grand dictateur africain n’est allé aussi loin dans la destruction, ni Bokassa, ni Mobutu…

Ce bilan politique repose sur des faits vérifiés et vérifiables, pas des rumeurs.


Si la démarche de M. Bowao, comme nous pouvons le présumer, a pour objectif le retour sincère vers un processus démocratique, interrompu en 1997 par le coup d’Etat du général Sassou-Nguesso, alors il lui incombe de prendre ouvertement ses distances vis-à-vis de ce bilan accablant, dont le responsable est un homme bien identifié : Denis Sassou-Nguesso, et pas sa communauté ethnique comme lui-même tente par tous les moyens de le laisser entendre.

Bien entendu l’enjeu actuel est le débat sur le changement ou non de la Constitution de 2002. Est-ce que cela autorise M. Bowao de corrompre sa démarche en déformant des faits historiques récents ? C’est en cela que je comprends la démarche, voire l’ire, de M. Bankounda-MPélé. En effet, lorsque l’on se prétend intellectuel, honnête et légaliste, guidé par un devoir de vérité et de sincérité, inscrivant sa démarche sur le plan de l’éthique laquelle stigmatise le coup d’Etat permanent classique ou non classique, et que dans le même temps on truffe son propos de contre-vérités, alors cela ne peut qu’interpeller tout citoyen qui se réclame aussi de ces valeurs.

Par le passé, les Congolais ont trop longtemps laissé le PCT louvoyer avec la vérité des faits politiques même les plus incontestables ; c’est sans conteste le logiciel marxisme-léniniste qui veut cela. Et alors ?

Les Congolais épris de paix, de démocratie, de justice et d’Etat de droit peuvent reconnaître du courage dans la démarche de M. Bowao, lorsqu’il « récuse » dans sa lettre ouverte à Sassou-Nguesso. On voit bien qu’il ne suffit pas de le dire… Il convient d’aller au bout de sa démarche, en apportant des preuves en matière d’éthique, de démocratie et de légalité.

Souvenons-nous, en 1991, le général Mokoko en son temps avait eu une démarche assez similaire : démocratie, démocratie, démocratie ! Mais ci-tôt commencé le processus démocratique, bien évidemment avec les imperfections liées à ce type de processus, il est impliqué dans deux tentatives de coup d’Etat en janvier 1992 sous la transition et l’été 1993, qu’il nie, mais pourtant perpétrées au vu et au su des Congolais et confirmés par les témoignages des cadres de la compagnie pétrolière Elf Aquitaine. Selon Loïk Le Floch-Prigent (PDG d’Elf, 1989-1993), « des gens d’Elf ont estimé que le général Mokoko pouvait être une alternative au processus démocratique et ont imaginé une solution militaire » (Hexagone Magazine, janvier-févier 2002). « André Tarallo (cadre d’Elf) a rencontré lui-même à Paris le général Mokoko, chef d'état major et ami du président Sassou, quelques semaines avant son coup d'état. Pour achever de le motiver, des hommes d'Elf se rendent quelques jours plus tard à Brazzaville avec un argument très consistant. Selon Patrick Gantès (Cadre d’Elf) : il y avait deux millions de francs rangés dans un sac… Je me souviens parfaitement de la texture du sac, c'était un sac écossais. Et ce sac est arrivé je ne sais plus de quelle façon, jusqu'au bureau du directeur de la filiale… par contre, ce dont je me souviens très bien, nous étions tous en cercle, et que tout le monde donnait des coups de pied dans le sac pour le faire sciemment atterrir dans les pieds du directeur de la filiale. Et, premier réflexe du directeur de la filiale c'est : "qu'est-ce que je vais pouvoir bien en faire ? ". Il était quand même très très ennuyé. Je suppose qu'on l'a remis à la personne qui l'attendait. » (Capital, M6, décembre 2001).

Dans cette optique et pour tirer les leçons du passé, il importerait que le retour au processus démocratique qui se dessine à l’horizon soit cette fois définitif, et non plus un simple calcul pour la conservation du pouvoir, en mettant entre parenthèse Sassou-Nguesso qui, aujourd’hui, est complètement disqualifié sur le plan national et international.

Les enjeux actuels peuvent avoir un double objectif :

- Primo, le refus total du changement de Constitution dont le seul but serait de permettre au général Sassou-Nguesso de briguer un mandat supplémentaire ; Ce qui permettra de mettre fin à la dictature actuelle.

- Secundo, engager un débat pour restaurer un nouveau processus démocratique qui tient compte du contexte actuel : libération des énergies, protection de la dignité, la liberté et la sécurité de tous les Congolais, mise en place des règles de transition politique et de moyens concrets contre les coups d’Etat. Bref, une organisation véritablement démocratique qui permette aux meilleurs d’entre-nous d’aller jusqu’au bout de leurs capacités, de soutenir les plus faibles d’entre-nous et permettre à l’Etat d’offrir aux pays des infrastructures de développement nécessaires (eau, électricité, routes, santé, école, sécurité, justice, etc.). Une organisation qui permettrait entre autre de favoriser le retour au pays des compétences de la diaspora, souvent éloignées du pays par le contexte politique, économique et/ou social démobilisant et démotivant actuel.

Jean Saturnin Boungou


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