27/06/2017

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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

Congo - L'ancien premier ministre Alphonse Souchlaty Poaty demande à Denis Sassou Nguesso de démissionner

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Les propos d’Alphonse Souchlaty Poaty, contenus dans cette interview, sont à faire couper le souffle. D’une précision chirurgicale, il donne les noms, les lieux, le moment, des faits pour lesquels il incrimine Denis Sassou Nguesso. Ancien premier ministre de 1989 à 1990, il accuse Sassou d’être un criminel hors pair, qui a fait du Congo, une république bananière. Sans passer par quatre chemins, il demande, sans hésiter, la démission de Denis Sassou Nguesso tout en s’insurgeant contre le changement de la constitution.

Propos recueillis par Jean-Paul Tédga

Vous êtes un ancien premier ministre du Congo, installé entre la France, l’Afrique du Sud et le Congo. Vous n’êtes plus très actif dans la politique et vous ne militez dans aucun parti politique. Vous avez quitté les affaires publiques, exactement, le 3 décembre 1990, c’est-à-dire, il y a 25 ans. Pourquoi faites-vous l’objet d’un harcèlement, sans cesse, ni vu ni connu, du président, Denis Sassou Nguesso ? En 1993, alors que le Congo était présidé par le professeur, Pascal Lissouba, et que vous n’étiez qu’un simple citoyen, Sassou vous a fait kidnapper, à l’aéroport de Johannesburg, en Afrique du Sud, sous la présidence de Thabo Mbeki. Que s’est-il, réellement, passé et comment vous en êtes-vous sorti ? D’autre part, vous avez, déjà, été empoisonné une vingtaine de fois, ce qui peut paraître excessif. Pourtant, c’est vrai. Comment cela s’est-il passé et comment vous en êtes-vous sorti indemne ?

Alphonse Souchlaty Poaty : Je dois tout d’abord vous remercier de me donner l’occasion de m’exprimer par votre grand média. Il y a bien longtemps que je suis sorti de la politique par la grande porte, en démissionnant des fonctions de premier ministre que j’assurais jusqu’au 3 Décembre 1990 dans mon cher Congo ! En rompant le silence, je voudrais vous dire pourquoi j’ai refusé de cautionner la comédie du pouvoir tel que le concevait et le conçoit toujours le Président Denis Sassou Nguesso dans sa quête de puissance absolue.

Je suis parti de la primature de mon propre chef, ce que Sassou déteste. Il l’avait pris pour un affront, estimant sans doute qu’il lui appartient seul de nommer et de destituer les membres du Gouvernement. C’est pourquoi, il m’en veut terriblement jusqu’à présent.

Pour lui, j’aurais commis un crime de lèse-majesté en lui remettant une lettre caustique en pleine réunion du bureau politique du PCT sans l’avoir préalablement averti au moment où la classe politique et le peuple congolais réclamaient des changements démocratiques, que ni le PCT ni lui-même ne voulaient mettre en œuvre. Or, moi je ne suis pas un homme de parti ou d’appareil. Je suis un homme d’Etat et j’ai toujours agi comme tel.

Vous me parlez de commando armé qui s’était introduit chez moi. C’est vrai, l’histoire se passe dans la nuit du 12 au 13 juillet 1993 à 3 heures du matin dans l’enceinte de ma maison sise devant le Palais de justice de Brazzaville. Je fus l’objet d’une attaque à la kalachnikov par 5 personnes qui tirèrent plusieurs coups de feu. Je sursautai de mon lit en plein sommeil et me jetai sans arme dans la mêlée au milieu de mes 4 gardiens ragaillardis.

Mais après une dizaine de minutes, les assaillants prirent la fuite emportant un blessé grave dans leur rang et laissant pour mort mon frère cadet Nestor qui s’était hasardé dehors. Il ne put se remettre de ce malheur qu’après une dure opération chirurgicale réalisée en urgence par le médecin Colonel Zamba de l’hôpital militaire et un long séjour médical à Johannesburg. Il est actuellement privé de l’usage de ses jambes. Je ne cesserai jamais de remercier cet excellent praticien et avec lui tout le corps médical en service durant cette nuit d’enfer.

Quant aux empoisonnements, multiples et variés que j’ai subis, ils m’ont été administrés exactement à vingt reprises à l’extérieur, dans ma maison, à l’occasion des banquets officiels, parfois, par ceux et celles que je tenais en affection mais qui ont été retournés par le pouvoir politique en place qui tient à m’éliminer et dont la pratique quasi-quotidienne de l’empoisonnement a pris ces derniers temps un tournant institutionnel effrayant.

Vous voulez savoir comment je m’en sors ? Que puis-je vous dire sinon que je suis un chrétien fervent, toujours plongé dans la prière au moins sept fois par jour, où que je puisse me trouver. Il faut donc prier, prier sans cesse.

Et puis, sachez que le bon Dieu a fait tous les êtres vivants chacun avec ses anticorps, ses protections naturelles, son ange gardien, bref, vous avez peut-être été un jour tenté par le démon et réussi à vous en sortir sans même que vous le sachiez. Mais rien ne remplace la prudence que la sagesse cosmique confère à l’homme. Simple mortel, quand j’irai rendre compte à mon Seigneur de ce que j’aurai subi dans ma courte vie sur terre, je souhaiterais qu’IL me dise : mon fils, tu as bien appliqué mes préceptes, siège à la droite de mes oints.

Toujours voué aux attaques de tous genres, j’ai été victime de deux incendies dont on peut penser qu’ils étaient criminels, en 1987 et 2004. Leur mode opératoire, leur brutalité et leur caractère inattendu le laissaient penser, mais je n’en tirai aucune conclusion qui pût hypothéquer les bonnes relations que j’avais avec mon entourage et à l’extérieur alors que j’étais ministre. L’incendie de 1987 me laissa pantois en considération des ravages causés en archives, ouvrages et matériels divers. Je courus en voiture comme un bolide lorsque je fus alerté du voisinage, trouvant sur place les pompiers qui ne purent m’arrêter de pénétrer les yeux fermés, dans l’immeuble en feu assombri par la fumée, pour rechercher à tâtons ce qui valait la peine d’être sauvé. Lorsque je refis surface, l’air ahuri, les habits et les cheveux brûlés de tous côté par le feu, tout le monde se mit à pleurer, mon épouse s’évanouit pour reprendre vie à l’hôpital général et ma mère faillit se suicider. Cependant, plus de peur que de mal, hormis les dégâts matériels, il n’y eut aucun mort ni blessé. On pouvait craindre des explosions à cause de quelques armes et munitions stockées dans une dépendance, mais celles-ci furent purement et simplement dissoutes, ratatinées comme un amas de cire, sans aucune conflagration. Je remerciai le Seigneur pour cette marque de présence en moi et dans ma vie.

En 2004, l’incendie fut d’une toute autre gravité, détruisant l’ensemble de la maison de la toiture aux murs, sans épargner le moindre objet, les pompiers étant arrivés avec 30 minutes de retard. Je fis le pari de dormir pendant deux semaines dans ce qui restait de ma maison, surnageant dans un lac d’eau grossi par les pluies diluviennes qui s’abattaient sur Pointe-Noire. Ici encore comme à Brazzaville, aucun décès ne fut déploré et la dotation en armes et munitions que j’avais reçue du gouverneur civil et militaire se transforma en objets informes, telle la pâte du forgeron sortie du four incandescent, au grand étonnement des pompiers. J’étais dans mon bureau de travail lorsque l’incendie se déclara à l’autre bout du bâtiment. Dieu voulut que personne des miens n’en mourût, n’en déplaise à Sassou et autres méchants qui me poursuivent par tous les moyens, tous les temps et toutes les latitudes.

En ce qui concerne l’affaire de mon rapt à Johannesburg, elle fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase, car bien avant et bien plus tard, ont été commis une série d’actes attentatoires à ma liberté et à ma vie. Le cas que vous évoquez est en effet caractéristique de la volonté de nuire, non seulement, de me nuire à moi mais de nuire à tous ceux qui expriment librement et paisiblement leurs droits à la différence d’une manière ou d’une autre. Et moi, je ne suis pas de nature à me faire taper sur les doigts, d’autant plus que je n’avais pas sollicité le poste que d’aucuns eussent peut être mérité plus que moi qui n’étais pas membre du PCT, Parti-Etat, exclusif et tout-puissant.

Voici donc que le matin du 4 août 2006, je me trouvai à l’aéroport de Pointe-Noire en partance pour Johannesburg pour assister au procès de la mort accidentelle de mon petit fils Joé Typaul. J’y rencontrai Alexandre Honoré Paka, préfet de Pointe-Noire qui se rendait à Brazzaville. Il me fit savoir que le Président a interdit les sorties du pays pour les responsables en prévision de la fête nationale du 15 août. Alors je lui rétorquai que je n’étais responsable de rien, étant retraité depuis 10 ans et installé dans mon village. Que ne m’a-t-il averti depuis Mboukou pour me dire que j’étais assigné à résidence ! Puis, prenant congé de lui, je montai dans l’avion de la TAAG pour Johannesburg via Luanda.

Arrivé au comptoir de la police des frontières, je fus séparé de la ligne de contrôle des passeports et amené devant un capitaine qui me notifia purement et simplement mon incarcération pour faux visa. Comme je lui disais qu’il m’est impossible de frauder un visa alors que je dispose d’une maison en ville avec une famille et que je suis un ancien premier ministre, il me demanda de le justifier. Ce que je fis en lui présentant mon passeport diplomatique et copie de mon titre de propriété, en plus de mon passeport ordinaire qu’il détenait déjà en mains. Qu’importe, dit-il en maugréant tout en confisquant mes papiers. J’eus recours à l’Ambassade du Congo par téléphone afin qu’elle m’apportât aide et assistance conformément aux conventions internationales. Mais les agents consulaires appelés à la rescousse à 14h ne se présentèrent qu’à 19h au bureau du capitaine.

Et, après 15 minutes d’entretien, ils quittèrent les lieux, sans me dire quoi que ce soit ni à l’arrivée ni au retour. De sorte que j’étais livré entre les mains d’un policier abusif et brutal, sans autre justification que l’accusation fallacieuse et tout à fait infondée de « faux visa ». Lorsque je lui demandai de me ramener dans l’avion pour que je reparte dans mon pays, il s’énerva et me conduisit de force dans une geôle attenante anciennement utilisée par les racistes blancs du régime d’apartheid. Il me fouilla, confisqua ma mallette et mon téléphone, me déshabilla jusqu’à me laisser à demi-nu avant de me précipiter dans la geôle où je devais séjourner pendant 5 jours dans des conditions inhumaines d’insalubrité. Privé de mes produits pharmaceutiques, d’eau potable et de nourriture saine, je me croyais déjà en enfer, sentant ma mort imminente malgré la sympathie ambiante de sept codétenus philippins en rupture de ban. Mais je survécus par miracle si j’ose ainsi m’exprimer, et le 8 août 2006, je fus libéré et conduit au pas de charge dans l’avion de la TAAG pour Pointe-Noire avec ordre au personnel de bord de ne me laisser parler avec personne, de crainte, sans doute qu’une personne des Droits de l’homme pût par hasard capter mes complaintes de supplicié.

Là, je fus accueilli à la descente de l’avion par 4 agents de la police politique (commandant Jean Claude Moungoto, commandant Maurice Obambi, lieutenant Pierre Mouy et adjudant Bounda Aymet Sérina) qui voulurent m’interroger quelque part en secret, ce que je refusai catégoriquement devant des passagers interloqués. Finalement, on fit les 100 pas du piéton jusqu’à ma résidence située à 100 m de l’aéroport. Devant ma famille en pleurs, je répondis aux questions des inspecteurs entrecoupés de nombreux coups de fils de Mpila et de la Sécurité d’Etat qui voulaient savoir ce que j’avais pu dire, craignant probablement que je misse en cause le président Sassou et les autorités sud-africaines. Mais sur le coup je ne me découvris point jusqu’à mon départ à Brazzaville le 5 septembre 2006 en vue d’en savoir plus sur mon infortune.

Dans ma chambre d’hôtel, je reçus dès mon arrivée Monsieur Antoine Evoundou, directeur général de la Sécurité d’Etat qui me remit mes deux passeports confisqués en Afrique du Sud. Il me présenta ses « excuses pour tout ce qui m’était arrivé », sans préciser si c’était en son propre nom ou en celui du chef de l’Etat. Il promit de lui en parler, mais je ne le revis guère jusqu’à mon retour à Pointe-Noire le 10 septembre. Aux Affaires Etrangères où j’étais parti m’entretenir avec le Ministre Rodolphe Adada, je lis à son attention le procès-verbal de mon audition par les agents de police à Pointe-Noire ; il voulut le conserver par devers lui, mais je le priai d’en prendre copie à la présidence. Je lui exprimai mon étonnement devant la carence pour le moins coupable de ses services de Prétoria. Il me rétorqua textuellement que « le Congo n’allait tout de même pas envoyer son artillerie pour vous libérer ». Je pris cette admonestation pour gratuite et inconsidérée.

A moins qu’il ne sache pas bien manier la langue de Molière, ce que je ne crois pas, l’expression « tout de même pas », supposait que le Congo eût fait en vain ce qu’il convenait pour aller à ma rescousse. Or, ainsi que je l’ai dit plus haut, personne, absolument personne n’a bougé le petit doigt. De guerre lasse, je lui demandai de me faire faire un nouveau passeport diplomatique à la place de celui qui a été confisqué. Il me rétorqua comme s’il parlait à un Congolais lambda : « le passeport diplomatique n’est pas un droit, Monsieur ». Son directeur de Cabinet qui assistait à l’entrevue, montra de la tête un signe de gêne et de tristesse. Et moi, « vieil homme recru d’épreuves» dixit Charles de Gaulle, je repris le chemin de Pointe-Noire dès le lendemain, non sans avoir laissé mon passeport ordinaire à l’Ambassade de l’Afrique du Sud pour qu’on me confirmât ou non la validité du visa contesté, objet de ma longue et malencontreuse garde à vue.

Que dire de ce ministre, apprenti serviteur de l’Etat, infatué d’arrogance, creux de réalisation et dont les services offerts aux administrés laissaient à désirer. Comment peut-il oser à ce point, me faire la leçon du service public dont il est évident qu’il maîtrise mal les tenants et les aboutissants. S’agit-il d’une erreur d’appréciation, d’une provocation ou des miasmes du rapt ? En effet, quelles autres qualités eussent été nécessaires pour décrocher le fameux sésame ? 40 ans de bons et loyaux services au niveau de l’Etat ; 4 fois DG de structures administratives, techniques et financières ; 4 fois ministre, 1 fois premier ministre, respectueux de l’autorité établie et des lois de la République, amoureux du travail bien fait, titulaire de la médaille de Grand Officier de l’Ordre du Mérite Congolais depuis 1975, je mérite autant que quiconque d’avoir un passeport diplomatique. Quelques jours plus tard, je fis encore le voyage de Brazzaville où j’étais conforté dans la certitude que mon visa était parfaitement régulier. Bien plus les autorités consulaires sud-africaines, après vérifications et contact auprès de « Home Affairs », me donnèrent un nouveau visa alors que le capitaine m’avait interdit désormais de mettre pieds dans ce pays. C’était, on le voit bien, la volonté du potentat militaire de Mpila, ce que je perçus depuis mon incarcération d’autant plus que le fameux capitaine téléphonait à une autorité qui devait être aux Affaires Etrangères ou à la présidence. Ma mort, soigneusement préparée était inéluctable, sinon, par crise cardiaque, du moins, par défaut de traitement sur bêtabloquant et inhibiteur composant mon traitement d’hypertension. On pouvait alors jeter mon corps de métèque, ni vu ni connu dans un trou quelconque et le criminel-né n’eût que ses condoléances « les plus attristées » à présenter et son cirque funéraire du palais des Congrès à organiser aux yeux de l’opinion nationale et internationale.

Un journal proche de Sassou a prétendu à l’époque que celui-ci était intervenu auprès du président sud-africain Thabo Mbeki pour me libérer et d’ajouter, je cite de mémoire : Souchlaty Poaty devrait faire comme son frère Kolelas, à savoir rejoindre le camp de la paix. Rien de plus faux et de plus mensonger, le président Mbeki n’était nullement au courant de l’affaire. Pourquoi devais-je pactiser avec un soi-disant camp de la paix alors que je suis moi-même un homme de paix, cette paix que Sassou n’a cessé de troubler depuis des lustres et tout récemment encore en fomentant la guerre du 5 juin 1997 au Congo. Il parle de paix, de sa paix feinte, alors que le peuple congolais aspire à une vraie paix inconditionnelle.

La Situation du Congo, aujourd’hui, est explosive. Peut-on la comparer à celle qui avait prévalu, en 1990, quand, premier ministre du Congo, vous aviez marqué votre accord, contre l’avis de Sassou, à la tenue de la Conférence nationale souveraine de 1991 ?

Explosive dites-vous, la situation politique au Congo l’est effectivement à cause des manigances de Sassou Nguesso qui veut absolument changer de Constitution pour se perpétuer au pouvoir en dépit du bon sens. Et pour ce faire, il procède par la manipulation, l’intimidation, l’achat des consciences, l’agitation tribale et l’intrigue politicienne, allant jusqu’à faire croire que c’est le peuple congolais souverain qui le veut ainsi. Il agite l’épouvante des troubles à l’ordre public et de la guerre civile, met en garde les partisans du respect et de la stabilité des Institutions. Comme si le meilleur moyen d’éviter les troubles et la guerre ne consistait pas précisément à garder le statu quo ante, à respecter l’ordre constitutionnel et les lois de la République.

Hormis une frange des membres du PCT, la presque totalité des partis politiques et associations civiles, épris de paix et de démocratie, soutiennent l’application rigoureuse de la Constitution du 20 janvier 2002. Cette Constitution, même ses détracteurs de dernière heure le reconnaissent, a permis d’apporter la paix dans le pays. Que le PCT se gausse aujourd’hui de ce que certains leaders de l’opposition aient pu se déclarer contre ladite constitution, à l’occasion des campagnes présidentielles précédentes, démontre son caractère non démocratique. Car dès lors qu’une loi est adoptée et rendue exécutoire, que reste-t-il à un démocrate, n’est-ce pas de l’appliquer, même après l’avoir combattue ? Qu’on se souvienne de la Constitution française du 4 octobre 1958 et des réserves que le candidat Mitterrand émettait. Ne l’a-t-il pas respectée après son élection à la présidence le 10 mai 1981 ? Il s’en était conformé, certainement, plus scrupuleusement que ne l’eût fait le fondateur de la cinquième République lui- même ?

La détermination morbide de Sassou Nguesso de vouloir se maintenir à la tête du Congo, sous des lois nouvelles, taillées à sa mesure, à quelques mois de la fin de son mandat et de l’élection d’un autre président, est un acte d’incivisme, de rupture de serment et de forfaiture qui correspond à troubler l’ordre public et la paix. C’est donc bien lui Sassou, en chair et en os, dont on connaît le machiavélisme destructeur, qui veut troubler l’ordre public et personne d’autre. Qu’on se le dise et qu’on ne se fasse pas leurrer !

Actuellement, le débat sur le changement, ou non, de la constitution, au Congo, bat son plein. De quel côté vous situez-vous et pourquoi ?

De quel côté voulez-vous que je me situe, cher Monsieur ? Evidemment, je suis du côté du peuple et des forces démocratiques qui luttent pour bouter Sassou Nguesso hors du pouvoir par la seule voie qui vaille, celle de l’application intégrale des lois de la République et, d’abord, de la loi fondamentale qui est la Constitution du 20 janvier 2002. Si toutefois cette constitution devait être amendée ce n’est point maintenant qu’il faut le faire, par le diktat de Sassou, mais, sous l’égide des nouvelles autorités politiques issues des élections libres et transparentes qui seront organisées après son départ du pouvoir. Sassou est en train de jouer à cache-cache sur la Constitution comme un petit garçon jouerait à la marelle dans la cour de recréation. Il se cache derrière le peuple qui lui aurait demandé de changer la Constitution, alors que c’est lui-même qui est l’initiateur du changement, pour faire évoluer les institutions, dit-il sans gêne. Une imposture digne de l’homme des actions concrètes, mais, si elle peut passer vis-à-vis des incultes, elle est risible face à des observateurs étrangers, comme lors de sa récente conférence de presse à Bruxelles. A en pleurer, car le Congo mérite mieux. Il est en effet proprement scandaleux qu’un dictateur à ce point notoire puisse se prévaloir d’un prétendu appel du peuple congolais asservi. Pour quoi faire alors ? Continuer de l’asservir ?

Sur le changement de la Constitution, et, en raison de l’importance du sujet, laissez-moi d’abord, cher Monsieur, vous faire un rappel historique de la chevauchée fantastique et méphistophélique de Sassou vers le pouvoir absolu, en éliminant sur son chemin tous ceux qui étaient capables de le gêner ou de lui barrer la voie, avant de vous présenter l’homme qu’est Sassou Nguesso.

Je veux m’employer à esquisser ce que selon moi doit être le bon gouvernement de la République et le travail qui l’attend après le départ de celui qui a accaparé les reines du pays voici aujourd’hui un demi-siècle, car son influence maléfique ne date pas seulement de 1979. Elle trouve son origine lointaine dans les tâtonnements de Marien Ngouabi pour asseoir son autorité et son pouvoir attaqué de toutes parts.

C’est en effet Sassou qui était aux commandes sous Marien avec des pouvoirs de police et de sécurité exorbitants du droit commun, lui permettant de manipuler le président Marien Ngouabi, de l’épier, de le filer, de capter ses communications, ses confidences et finalement de le rendre vulnérable.

Il est évident que celui qui détient la Sécurité nationale et l’Armée, détient le pouvoir d’Etat. Et c’est lui qui est à la barre depuis l’assassinat de Marien après avoir été aux commandes.

Le changement de la Constitution du 20 janvier 2002, voulu et initié par Denis Sassou Nguesso, est en réalité un faux problème, un faux débat jeté dans la rue par un habitué des actes dits fondamentaux destinés à réguler des coups d’Etat constitutionnels ou de Palais.

La Constitution dans son article 185 prévoit les mécanismes de sa révision et le président de la République qui a juré solennellement de la respecter doit l’appliquer scrupuleusement telle quelle, sous peine de forfaiture, dès le jour qu’il osera déclarer que par référendum ou d’autres artifices, la constitution est devenue mauvaise et doit être changée. Si tel est le cas, il doit demander sa révision et non son changement. Or, un changement suppose un événement majeur qui, du fait de son imprévisibilité n’entre pas dans le champ du constituant primaire. Par conséquent, comme tout texte normatif, la Constitution du 20 janvier 2002 ne prévoit guère la possibilité de son changement, encore moins, dans ses dispositions touchant au nombre limite de mandats du Chef de l’Etat, même si le second verrou portant sur la question de l’âge peut faire l’objet de révision.

Aujourd’hui encore comme hier, Sassou Nguesso dans sa soif effrénée de pouvoir ne s’y prend pas autrement. Il veut opérer un passage en force. Qu’on se souvienne de ces antécédents qui restent ancrés dans les mémoires des Congolais. A la mort du président Marien Ngouabi, c’est Sassou qui, ayant l’initiative des opérations militaires, sécuritaires et politiques, créa le Comité Militaire, affublé par la suite de l’accolade « du Parti » qui le fit s’appeler CMP.

Thystère Tchicaya, paix à son âme, auteur de l’accolade voulait ainsi faire atténuer le caractère putschiste du comité militaire. Mais l’acte fondamental du 5 Avril 1977 créant cet organe dirigeant ne laissa aucune place ni à Alphonse Mouissou-Poaty, président de l’Assemblée Nationale, qui aurait dû constitutionnellement succéder au Chef de l’Etat assassiné, ni au n° 2 du Parti-Etat, Jean Pierre Thystère Tchicaya, Membre de l’Etat-major Spécial Révolutionnaire (EMSR), chargé de la permanence et de l’idéologie.

A son accession définitive au pouvoir le 5 février 1979, après une fausse passe à Yhombi à la fin des obsèques, Sassou fit adopter par référendum le 8 juillet 1979 une constitution qui normalise son pouvoir dans le cadre du PCT en rangeant le CMP dans les tiroirs de l’histoire. Homme d’apparence qui ne montre jamais ce qu’il est, en cachant ses véritables intentions, Sassou Nguesso s’érigea alors en « homme des masses ».

Par-là, il s’était posé en « digne continuateur de l’immortel Marien Ngouabi » en s’opposant à « l’impérialisme et au courant droitier » incarné selon lui par Joachim Yhombi Opango.

Le 15 octobre 1997, après l’intermède démocratique de la Conférence Nationale Souveraine et des institutions qui s’en sont suivies, Sassou fomente la guerre civile du 5 juin 1997 dont il sort gagnant en grande partie grâce aux troupes étrangères coalisées, angolaises, centrafricaines, tchadiennes, zaïroises de Mobutu en déshérence, venues en renfort des milices cobras.

Il fait adopter le 24 octobre 1997 par référendum et dans un pays encore en guerre du moins dans le Pool et la Lékoumou un acte fondamental et s’arroge une transition flexible de 5 ans.

Le 20 janvier 2002, Sassou fait adopter par référendum une constitution qui exclut tous ses adversaires potentiels par deux verrous dirimants : le nombre de mandats et l’âge des candidats ainsi que leurs casiers judiciaires. Sachant qu’il avait déjà passé 5 ans au pouvoir après la guerre, que ses concurrents étaient atteints par la limite d’âge, les condamnations par faits de guerre et de crimes économiques qu’il ne tenait qu’à lui de déterminer en tant que procureur et juge à la fois, on peut se rendre compte de sa duplicité consubstantielle. Et c’est bien cette Constitution que Sassou veut changer aujourd’hui pour se perpétuer au pouvoir en l’élaguant de toutes dispositions qui lui ont permis, en combattant sans péril de vaincre sans gloire.

Tel est pris qui croyait prendre, dit le dicton populaire. Il veut changer une Constitution qui lui a tout permis : un pouvoir sans partage et sans contrepoids parlementaire, judiciaire, administratif, politique et sociétal ; un usage abusif des forces armées et de la police ; une utilisation personnelle et discrétionnaire des finances publiques ; une propension au mensonge et à la fraude électorale ; des actes prémédités de torture, d’empoisonnement et d’assassinat ciblés ; bref, une gestion crapuleuse, calamiteuse et clanique de l’Etat.

Comme à la Conférence nationale souveraine de juin 1991, il semble se préparer à son jeu favori d’autocritique pour pouvoir reprendre incontinent les mêmes errements qui l’ont perpétué au pouvoir 32 ans durant ou un demi-siècle si l’on considère que derrière Marien Ngouabi, c’est lui qui était aux commandes du navire, tanguant pour obscurcir l’horizon, en eau trouble à travers vents et marées.

En effet, pour remonter 46 ans en arrière avec la prise de pouvoir par Marien Ngouabi, il faut dire que Sassou Nguesso joua, à la tête des jeunes officiers du Nord, le rôle d’aiguillon inspirateur de la direction sensiblement régionaliste que prit le CNR. Marien n’avait pas a priori de penchant sur le pouvoir politique. Tout intrépide qu’il fût sur le plan militaire, il ne maîtrisait pas les rouages et les subtilités de l’Etat et se serait volontiers cantonné à la tête de l’Armée. Mais Sassou Nguesso l’en persuada dans l’optique du pouvoir Nord, au point de suggérer l’acte fondamental octroyé du 1er janvier 1969, qui fut le premier du genre en Afrique, rappelant à s’y méprendre l’acte additionnel aux constitutions de l’Empire d’inspiration monarchiste de Napoléon Bonaparte de retour de l’Ile d’Elbe.

Cette digression historique est faite pour souligner que Sassou est un homme de pouvoir, qu’il est depuis longtemps à la quête du pouvoir. Même sous Marien c’est lui qui menait le jeu. A preuve, lorsque Massamba Débat tombe et que le pouvoir échoit logiquement entre les mains de Marien, celui- ci semblait ondoyant, s’en remettant pour l’essentiel à Raoul Alfred dans la gestion quotidienne de l’Etat. Mieux, il va jusqu’à convoquer les anciens hommes politiques, à savoir Jacques Opangault, Simon Pierre Kikounga Ngot, Stéphane Tchitchellé, et Dominique NZalakanda pour leur proposer d’assumer les fonctions de premier ministre, chef du gouvernement. En perspective, il souhaitait même remettre le pouvoir aux civils en remplacement de Massamba Débat contraint à la démission. Alors Sassou Nguesso s’inscrivit à l’encontre, entraînant dans son sillage Joachim Yhombi-Opango, Jean Michel Ebaka et François Xavier Katali. Mais les 4 sages consultés refusèrent l’offre, guidés par Opangault, fin limier de la politique nationale, toujours au-dessus des intérêts sous quelque forme qu’ils fussent et dédaigneux de la violence symbolisée par les hommes en armes.

Opangault refusa même la proposition de rejoindre la Justice, son administration d’origine pour présider la Cour Suprême tandis que Tchitchellé repartit au CFCO pour terminer, dit-il, sa carrière de cheminot. De leur côté, Kikounga Ngot et Nzalakanda, après hésitation, finirent par décliner la mission d’Ambassadeur respectivement à Paris et à Bruxelles.

Mon frère et ami Théousse Bernard, paix à son âme, qui fut le directeur de Cabinet de Jacques Opangault, ne tarissait pas d’éloge à son égard. Lui qui se constitua prisonnier de son propre chef en signe de solidarité avec les autres anciens responsables politiques déchus par la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 ; qui refusa qu’on augmentât sa rémunération de vice-président du Conseil. On est vraiment loin, très loin de la boulimie ambiante et gargantuesque dont Sassou Nguesso et son clan sont passés maîtres dans l’utilisation privative et la confiscation des richesses du pays.

Et moi-même, j’eus plusieurs occasions de m’enquérir du souvenir de ce grand homme politique de caractère et de conviction auquel j’aurais souhaité ressembler.

Lors de la longue et mémorable mission de travail que j’avais effectuée dans la plupart des districts de la Cuvette en 1975 (Oyo, Mossaka, Owando, Makoua Boundji, Etoumbi, Kellé, Okoyo, Ewo) l’occasion me fut donnée de le vérifier en discutant avec les Notables et Sages de Boundji. Je m’étais émerveillé du récit qui m’a été fait sur lui.

Dans l’ensemble, je garde de cette tournée l’impression d’un pays en friche qui méritait des moyens en hommes et en matériel, compte tenu du nombre épuisant d’heures passées dans les bourbiers, de la pénurie totale des produits pharmaceutiques et manufacturés, l’Ofnacom ne vendant que du papier hygiénique et des couvertures. Je fus spectateur résigné d’une césarienne réalisée à froid par le Dr Bouity à Kellé, sur une table en bois nue, à l’aide d’une lampe tempête, toutes choses qui me permirent de faire un rapport circonstancié pour attirer l’attention du gouvernement sur la souffrance des populations. Ainsi, en 1990, c’est non sans soulagement que j’inaugurai l’hôpital de base d’Okoyo en tant que premier ministre.

Revenons sur le sillage de Jacques Opangault. En avril 1984, nommé Ministre des PME, je choisis d’installer mon cabinet dans son ancienne et modeste demeure de fonctions, en face de la piscine caïman où je retrouvai intact son mobilier qui me donna la sensation d’être son héritier, que dis-je, son « fidèle continuateur », si la formule n’avait pas été galvaudée par maint usurpateur en d’autres circonstances.

Sassou Nguesso qui en 1969 vit d’un mauvais œil les velléités de Marien de laisser le pouvoir aux civils n’était pas moins réservé de l’allant que commençait à prendre le commandant Raoul Alfred à la primature puis au Conseil d’Etat. Aussi, fut-il le principal protagoniste de la Constitution du 31 décembre 1969 proclamant la République populaire du Congo à la suite de laquelle Marien fut nommé chef de l’Etat.

Mais Simon Pierre Kikounga Ngot soit dit en passant, qui avait proposé de nommer Raoul à ce poste, incita Marien à le garder aussi longtemps que possible. Il n’est pas certain qu’il ait réussi.

Sassou avait très tôt en charge les questions de sécurité du régime de Marien Ngouabi. Aussi, a- t-il été mêlé à toutes les tentatives de déstabilisation militaires que le pays a connues pendant cette période, et notamment, le coup d’Etat du lieutenant Pierre Kikanga, dit Siroko, le 23 mars 1970 et celui du lieutenant Ange Diawara le 22 février 1972, connu sous le nom de M22. Qu’il se soit débiné chaque fois en laissant les putschistes empêtrés dans leur pétrin n’enlève rien à sa part de responsabilité dans ces événements douloureux. Eût-il voulu piéger ses coreligionnaires pour paraître fidèle au régime dont il fut le sécurocrate attitré, qu’il ne serait pas pour autant absous de toute faute.

En fait, comme c’est un animal politique, il les ramenait dans son filet pour mieux les abattre et les éliminer pour préparer sa propre marche ascendante vers le Palais. Ainsi, en dépit de tout, la confiance lui fut toujours renouvelée. Evidemment, si les conjurés avaient réussi à renverser Marien, lui Sassou aurait été tout aise de revendiquer sa part du gâteau, en attendant son heure.

Sassou Nguesso n’a aucun sens de l’Etat. Ses hommes liges et lui-même ont coutume de dire : « c’est notre pouvoir », pour ne pouvoir partager les rôles avec d’autres membres de la collectivité nationale aptes à assurer les fonctions administratives, ministérielles ou politiques.

Lorsqu’en Juillet 1989, je fus nommé premier ministre, sans l’avoir voulu, ni peut être mérité, n’étant pas membre du PCT pour une fonction que l’idéologie régnante plaçait exclusivement à l’intérieur du sommet de la nomenklatura, tout le monde pensait qu’un changement radical s’amorçait. En fait, il n’en fut rien, car c’était une tactique, une poudre aux yeux, pour mieux s’incruster dans l’incurie et donner le change à tous ceux qui persiflaient le système faute de lui exiger bruyamment une autre politique et d’autres hommes, notamment, après l’échec cuisant du plan quinquennal 1984-89 qui vit s’envoler 1 000 milliards de F CFA sans réalisations physiques correspondantes sur le terrain. A peine nommé, le 31 juillet 1989, il me convia de le suivre à Oyo, pour réfléchir sur la nouvelle équipe gouvernementale. Là-bas, j’attendis 7 jours avant de discuter de la mouture que je lui proposai et encore, par l’intermédiaire de ses deux oncles paternel et maternel, Yoka Emmanuel et Ndinga Oba Antoine. Si l’ossature ou la structure gouvernementale fut facilement acceptée, les propositions nominatives des ministres se heurtèrent à l’ostracisme du chef de l’Etat qui ne prit en compte aucun, absolument aucun des 3 noms que je lui avais proposés sur une liste resserrée de 21 noms.

Alors, j’engageai à Oyo un bras de fer assorti de menaces de démission avant même que j’eusse pris mes fonctions. Rien n’y fit, je n’eus pas une seule minute d’explication avec le président conforté par un Yoka nombriliste qui le pressait de ne céder aucun pouce de son pouvoir. C’est Ndinga Oba, paix à son âme, homme de culture et de pondération qui me convainquit d’accepter, du moins dans un premier temps, les choses telles qu’elles sont et non telles que je les souhaitais. On me traînait néanmoins en forêt pour visiter les étangs naturels de poissons, sans que j’apprisse quelque chose de nouveau, dans un domaine qui fut le mien dans ma prime enfance et dans le Kouilou profond.

Au douzième jour de ce voyage en « Absurdie », je repris le lointain chemin de la capitale, quelque peu chagriné, d’autant plus que je n’avais pas demandé ce poste que bien d’autres que moi eussent mérité, fût-ce en se rongeant les ongles et sans prendre le moindre risque. Ce dont j’étais sûr c’est que le Congo allait continuer de naviguer de Charybde en Scylla, faute par le président d’avoir une perspective rationnelle de gestion du pays. Et je regrettais ardemment pour mon pays ainsi livré à l’approximation.

Dès le lendemain, j’annonçai le 13 août 1989 devant la presse nationale et internationale la liste du nouveau gouvernement qui n’était évidemment pas le mien, mais, qui pouvait par ma présence inspirer une certaine confiance. La suite me démontra le contraire, à savoir que j’en étais réduit à des conseils de cabinet plus ou moins suivis, pour essorer certaines affaires techniques. Alors que je m’attendais en cette période de crise et compte tenu de ma formation et de mon expérience des Finances publiques, à connaître des dossiers en instance de toutes natures, je me rendis compte que je ne devais pas y fourrer mon nez. Le président, hanté par la confrontation proverbiale que je tins avec Pierre Anga et Marien Ngouabi en janvier 1977 sur la gabegie au sein de l’Etat et l’indispensable effort pour y remédier, avait donné des consignes au ministre des Finances d’y veiller. M’échappaient également le contrôle de l’action des ministres, les nominations aux hautes fonctions administratives et techniques, les questions liées au pétrole, à la diplomatie, aux Forces Armées, à la Police et au choix de certains projets de développement.

En revanche, partout où s’élevaient des bruits de grève, c’est moi qui partais pour éteindre le feu et j’y allais de bonne grâce pourvu que ce fût un problème social nécessitant l’intervention du gouvernement, comme par exemple avec le Secrétariat général de la CSC à Mpila en octobre 1989 où je planchai pendant 16 heures d’affilée de 8h à 24h sans boire ni manger, ou avec les dockers et les cheminots en colère à Pointe-Noire en 1990.

Mais à trois reprises, j’ai refusé d’obtempérer. Par exemple pour aller chasser manu militari l’homme de Dieu qui officiait sereinement sous le pont de Sainte-Anne au nom de Papa Isaïe car ce n’était pas de mon ressort, mais de celui du membre du Bureau politique chargé de l’Idéologie. Ou du ministre de l’Intérieur sauf à souligner que l’expérience du ministre Katali envoyé à Pointe-Noire en 1986 par le chef de l’Etat pour réduire l’Aile Louissi Sakala de l’Eglise du CPA, dite bougiste, s’était avérée désastreuse avec une intrusion des militaires armés dans l’enceinte de l’Eglise à Tié-Tié, tuant par balles une quinzaine de fidèles paisibles et traînant brutalement en prison des pasteurs prostrés dans la prière.

Dans le même contexte, je refusai l’ordre du chef d’aller prendre le micro à la radio-télévision pour dénoncer un prétendu coup d’Etat fomenté par Ngongara, Mierassa, Ngangouo et Thystère Tchicaya, coup d’Etat dont il n’avait donné aucun élément de preuve irréfutable. Et moi, je n’ai pas l’habitude de parler pour ne rien dire. Voilà pourquoi, en mettant en exergue mon incompétence fonctionnelle sur les affaires de sécurité nationale, chasse gardée de la présidence et des ministères spécialisés, je pris soin de le prier de mettre d’autres responsables à contribution. Le président, coincé aux entournures, mit l’affaire sous le boisseau et j’en perdis toute trace, d’autant plus qu’elle était inventée de toutes pièces.

Par ailleurs, j’avais dit non, un non itératif au Bureau politique, et dans la cour de la résidence présidentielle devant un Abibi plus ou moins condescendant, pour aller mettre un terme aux travaux du 8e Congrès ordinaire de la CSC réuni au palais des Congrès, alors qu’il s’agissait d’une réunion politique ayant pour but de revendiquer l’indépendance de cette organisation de masses par rapport au PCT. Je proposais donc au président d’envoyer s’il le jugeait nécessaire, le membre du Bureau Politique chargé des Organisations de masse, pour tenter de résoudre le conflit, tout en lui expliquant que selon les conventions sociales internationales, le gouvernement peut mettre fin à une grève, de préférence par la discussion, mais non à une réunion statutaire, administrative ou de politique interne, comme celle qui préludait à la convocation de la Conférence nationale Souveraine.

Divergeant sur le champ d’action du premier ministre, je ne fus pas moins contrarié sur le plan de la méthode. Car je n’avais pas les mêmes méthodes d’appréhension des problèmes que le président, il s’en fallut de beaucoup.

Sassou Nguesso aime à se faire encenser, pour n’importe quoi. Par exemple, me promenant vers la Base militaire, je vis une grande mare d’eau appelée ironiquement par les populations « Lac Bopaka » (du nom du président de l’UNOC dont la maison jouxte la mare d’eau) qui obstruait la rue en pleine ville ; je demandai à la Mairie centrale de combler cette mare d’eau en y mettant de la terre. On me fit un rapport d’exécution le lendemain mais faute qu’on n’y mît cette action au nom du président du Comité Central du PCT, chef du gouvernement, chef de l’Etat, Sassou Nguesso fut courroucé.

Il le fut encore plus quand me trouvant à Pointe-Noire pour négocier avec les travailleurs du Port maritime et du CFCO en grève, je fis une virée dans les écoles des quartiers MVouvou, Tié-Tié et Loandjili à la demande des maires d’arrondissement. Je constatai ainsi que les élèves s’asseyaient à même le sol, que les écoles étaient privées de matériels de travail.

Quoique je n’y fus pas préparé d’avance, je sortis de ma poche 3 millions de F CFA et les donnai aux directeurs d’écoles sans en faire la moindre propagande démagogique qui n’est pas mon point fort. Le président en fut vexé parce que je n’avais pas dit que je le faisais au nom du président de la République, chef de l’Etat, président du Comité central du PCT, et tutti canti. Or, j’étais parti à Pointe-Noire, sans frais de mission et sans fonds politiques, uniquement avec mes propres moyens bien que ce fut une mission de travail. Les autres membres de la mission, apeurés, s’étant abstenus de partir avec moi et sans m’avertir, de crainte d’affronter les cheminots qui avaient creusé des tombes et placardé les photos du ministre des Transports et du SG de la CSC, auteurs causaux, selon eux de leurs malheurs. Je ne sus d’ailleurs pas quel est celui d’entre eux qui avait perçu les fonds. En tout état de cause, j’avais posé cette action sans arrière-pensée politique et je ne croyais pas que le président pouvait en prendre ombrage pour vouloir qu’on parlât en son nom, surtout sans y avoir mis les moyens. Par ailleurs, dans les couloirs de la présidence, on insinua que j’avais fait du tribalisme. N’importe quoi ! Et quoi d’autre encore ? Quand on n’a rien à dire de sérieux, c’est qu’on cherche noise ! Ah si les populations concernées qui souffrent de tout avaient pu connaître ces balivernes, elles riraient aux éclats d’une opération aussi dérisoire !

Mais il n’y a pas tribalisme à donner de la craie à des écoles qui en manquent, qui forment des enfants venus de tous horizons familiaux, ethniques, culturels et sociaux. Il n’y a pas que des vili, ma tribu d’origine, dans ces écoles et moi j’en ai cure de ces problèmes de bas étage, ayant été motivé longtemps pour voler plus haut et plus loin. C’est ainsi que mon chauffeur était MBochi, (qu’on pose la question à Morotsangui, j’espère qu’on ne me l’a pas arraché à la vie), mon garde de corps Gangoulou, mes secrétaires, Bacongo, Kouyou et Lari. Seul mon cuisinier était Vili, mais pour autant, il ne put me mettre à l’abri des doses d’empoisonnement qui ont déferlé dans mon corps à partir de décembre 1990, date de ma démission. Moi, je suis le type même de congolais détribalisé, ayant parcouru tout le pays, avec des relations partout et notamment avec la partie Nord du pays à laquelle me rattachent des liens indestructibles de famille, de fraternité et d’amitié.

Bref, de retour à Brazzaville, je fis un rapport au chef de l’Etat et voulus le rencontrer, mais en vain, il me renvoya au prochain conseil des ministres où la question ne fut pas traitée parce que non inscrite à l’ordre du jour. De même, le programme que je fis de la tournée dans les régions Nord du pays n’eut pas d’écho.

Il faut souligner que le regard du président sur les problèmes du pays est souvent biaisé, s’arrêtant à l’immédiateté de l’action sans voir plus loin et sans entrevoir l’avenir. Il lui suffit de résoudre par l’argent, le mensonge ou la manipulation telle ou telle difficulté pour qu’on se crût sorti de l’auberge, alors que l’action politique, économique ou sociale requiert de la constance et de la permanence, sans oublier le contrôle. Son efficacité en dépend. Il ne suffit pas de donner un ordre, encore faut-il s’en assurer l’exécution. Tout cela fait toujours défaut dans la démarche gestionnaire de Sassou Nguesso.

Comment et qui peut le lui dire, alors qu’il se croit au-dessus de tout conseil et de toute critique ? Moi, je m’y suis risqué à maintes reprises jusqu’à ce qu’il se sentît agacé.

Lorsque Bernard Bakala Kolélas lui envoie une lettre bien carabinée en juillet 1990, il est près de l’incarcérer, mais, je suis d’un avis diamétralement opposé et je l’exprime en conseil des ministres. Kolélas avait suffisamment purgé de peines de prison, manifesté son opposition viscérale au communisme pour qu’on en pût ajouter d’autres.

Au plus fort de la crise, le président propose de recourir aux banques pour payer les salaires, je le lui déconseille car ce serait, avais-je dit, faire mains basses sur les banques et les acculer à une faillite certaine dommageable pour l’économie nationale.

Il s’était investi Général d’Armée en 1989, mais ne sait pas qu’une armée de moutons commandée par un lion ne peut gagner une guerre. Les guerres se gagnent avec une armée de lions même commandée par un mouton.

L’aphorisme du lion et du mouton que j’emprunte au Maréchal Foch a été repris en d’autres termes par l’Américain Henry Ford qui se glorifiait d’avoir réussi dans la vie parce qu’il avait choisi comme collaborateurs des hommes plus forts que lui. Sur sa tombe, en effet, se trouve gravée cette célèbre épitaphe : « Ci-gît l’homme qui sut s’entourer d’hommes plus intelligents que lui ».

Or, Sassou craint comme de la peste aussi bien les intellectuels que les hommes d’expérience et de caractère. Il préfère un gouvernement de moutons qu’il dirige sans risque d’être démenti ou repris, même avec des pincettes. C’est le peuple qui en paye les frais comme lors des explosions qui ont endeuillé la capitale le 4 mars 2012. On voit aussi des rues encombrées d’ordures ménagères, des quartiers inondés, enfouis dans de grandes crevasses de terre, des éboulements avec mort d’hommes, pour avoir été lotis sans études préalables.

A défaut d’être freiné dans ses lubies, Sassou a mis le, 16 décembre 2013, le Camp militaire du 15 août, à feu et à sang, simplement pour anéantir le Colonel Ntsourou contestataire et les hommes qui constituaient son bouclier humain. Autant dire qu’il a utilisé un pilon pour tuer une mouche ! Pourquoi n’avoir pas persisté dans la discussion ? On est loin du cas du capitaine Pierre Anga retranché dans la forêt d’Ikongono à Owando et qui fut en 1988 tué après une chasse à l’homme sans précédent. On connaissait Sassou avec la gâchette facile, mais là, il avait dépassé les bornes.

Sassou Nguesso s’entête à construire une Agence de la Banque Centrale à Oyo, contre toute logique, la localité ne justifiant d’aucune activité économique. Même les produits vivriers consommés à Oyo, viennent des autres districts environnants comme Mossaka pourtant largement fluvial, Kellé, Ollombo, etc. Oyo qui ne mérite même pas une agence bancaire primaire ne pourrait que servir à Sassou de procéder à des opérations de blanchiment d’argent sale, ce qui est une perspective dangereuse pour le Congo.

On l’a dit et redit, il appartient au gouvernement d’arrêter ce gâchis. Toutes les infrastructures aéroportuaires, sportives, hôtelières, hospitalières sont construites en pure perte, parce que surdimensionnées comme l’hôtel Alima 5 Etoiles sans clients, l’Aéroport d’Ollombo sans avions et sans voyageurs, le Centre hospitalier sans malades. Comme l’a déclaré le Conseiller spécial en matière de Santé, le professeur Claude Maylin, le 3 janvier 2014, « Cet hôpital de 600 lits méritait d’être construit à Brazzaville et je n’ai pas réussi à faire entendre raison au président Sassou ». C’est tout simplement désolant de diriger un pays sur des bases aussi peu rationnelles et dispendieuses dès lors surtout que des sommes colossales sont englouties hors des besoins solvables des populations. La fin de l’année dernière, un ami venu me voir dans mon coin, me disait que Sassou veut changer le cours inférieur de l’Alima, et ça va coûter les yeux de la tête, en grande partie pour une meilleure utilisation de son yacht, comme naguère son devancier Mobutu Sessé Seko avec son kamanyola. La nouvelle ville d’Oyo supporte la comparaison avec Gbadolite de l’autre côté de l’Equateur, et les deux avions nouvellement acquis coup sur coup ne sont que la copie conforme des avions privés du grand Léopard qui lui permirent de fuir l’avancée des troupes de Laurent Désiré Kabila.

Sans peut être le savoir, le grand Cobra fait du mimétisme par rapport au maréchal Mobutu le grand Léopard. Comme quoi l’histoire, même si « elle ne se répète pas », selon le mot de Karl Marx, bégaie en fonction des circonstances, tel Napoleon 3 du Second Empire, imitant son oncle Bonaparte du Premier Empire. Mais, comme Victor Hugo qui avait peu de considération pour le Neveu, préférant l’Oncle, moi je vote pour Mobutu à cause de son patriotisme, même débridé, qui ne se retrouve pas en Sassou Nguesso.

Un gouvernement de lions, je veux dire de cadres nationaux, aguerris et sérieux, eût émis des réserves sur tous ces projets biscornus et sans incidence, même lointaine sur la vie des populations exposées à la pauvreté, comme par exemple lorsque je m’étais opposé à ce qu’on utilisât la trésorerie des banques pour régler les charges courantes de l’Etat.

Au juste, que fait toute la pléiade de conseillers de tous genres émargeant à la présidence ? Rien du tout sauf à promener leurs cartes de visites noircies de titres plus mirobolants les uns que les autres pour trafiquer influence et notoriété.

Quelqu’un a dit qu’un ministre, « ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Moi j’ai démissionné à quatre reprises dans ma vie publique. J’ai déjà cité ma démission du ministère des Finances en janvier 1977 que tout le monde connaît ou presque, et celle de la primature en décembre 1990 dont je pourrais publier la lette caustique à Sassou Nguesso, au faîte de sa gloire, lettre qui lui est restée au travers de la gorge comme un Lekufé (arête en langue Mbochi) pour emprunter son propre symbole mystique. De cette démission Sassou Nguesso a dit qu’elle était la preuve que la situation lui échappait (Le manguier, le fleuve et la souris, mai 1997, page 76, Editions Jean Claude Latès). Terrible aveu de la relativité du monde visible et de toute œuvre humaine même accomplie par un dictateur de son acabit.

Mais on ne parle pas de mon départ du bureau politique du PCT, dont Lekoundzou, en plein bureau politique voulant s’assurer de la véracité, reçut de ma part une réponse cinglante. Pour moi qui n’avais connu le PCT que de l’extérieur comme cadre expert et patriote, et non comme cadre expert et rouge selon le jargon consacré de l’époque, je n’avais aucune gloire à en tirer, dès lors que ma présence en son sein était incidente, par ma fonction de premier ministre et non à titre principal comme membre de la nomenklatura.

Et ma démission de la BNDC (Banque nationale de développement du Congo), qui en parle ou s’en souvient ? Personne. Alors que les rémunérations y étaient largement supérieures à la moyenne bancaire, je claquai la porte en août 1969 parce que le DG de la Banque, Bernard Bouiti Banza (paix à son âme) un Vili comme moi, avait amorcé un changement d’orientation de l’Etablissement qui se consacrait désormais presqu’exclusivement au crédit familial et de petit équipement, délaissant les opérations dont je m’occupais, agricoles, forestières, industrielles et artisanales, vocation même, cela va sans dire, d’une banque nationale de développement.

Les ministres de Sassou disent craindre de perdre leur poste ou leur vie en démissionnant. C’est pourquoi ils préfèrent se tapir dans le silence pendant que le Timonier fait de l’anti-gestion et tribalise toute l’Administration et toutes les entreprises.

Ou bien on est en charge d’une mission ministérielle pour l’intérêt de la collectivité nationale, et l’on doit s’y consacrer en toute responsabilité, au risque de tout perdre y compris en donnant son propre sang comme le disait « l’immortel Marien Ngouabi » et il avait parfaitement raison ; ou bien on est trouillard, incompétent et rivé sur ses intérêts mesquins et l’on doit s’abstenir d’assurer des hautes charges au nom de la Nation. Je signale au passage, qu’un ministre au Congo gagne 11 millions de F CFA par mois contre 15 millions pour un ministre d’Etat. Par comparaison dans le temps, le premier ministre que j’étais, il y a 25 ans touchait 25 fois moins, soit, 600.000. Pour n’avoir pas compris cet axiome essentiel de gestion d’un Etat, le Congo est plongé dans une crise de responsabilité profonde, avec des incidences économiques, sociales et morales dont il sera difficile de sortir à court et moyen terme.

On parle de Nouvelle Espérance, de Chemin d’Avenir, d’Emergence d’ici à l’an 2025, et patati et patata.

Mon œil ! Le programme désarticulé de Sassou Nguesso, n’a servi réellement qu’à enrichir le pouvoir et son clan, sans retombées socio-économiques pour les Congolais, du Nord au Sud, toujours, de plus en plus pauvres. Sur 100 F CFA investis, Sassou et ses sbires prélèvent 70. Une belle affaire, la municipalisation accélérée.

Qu’est-ce l’émergence si ce n’est d’abord un changement de mentalités et de structures avant d’être un flux matériel et financier ? Ce n’est pas le Système actuel, vivant sur la rente pétrolière de l’Etat, telle une sangsue sur le sang de son hôte, et inconscient des grands enjeux mondiaux, ce n’est pas ce Système dis-je, qui peut nous conduire à un horizon aussi enchanteur. Ce sont d’autres Congolais, symbiose d’une jeunesse bien formée et d’un encadrement expérimenté, blanchi sous le harnais, ayant l’une et l’autre la conscience nationale et l’esprit d’entreprise.

Or, si Sassou et son clan s’enivrent et s’étourdissent à qui mieux mieux des ressources nationales, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils n’ont aucun amour pour le Congo de leurs ancêtres. De plus, le procès de la production n’a pas encore commencé, alors que d’autres pays de même niveau que nous l’ont déjà entamé. Ce qui compte, ce n’est pas de construire un hôpital moderne à Bérandzoko au fond de la Likouala ou à Dimonika loin de Hinda. Ce qui compte c’est de construire un hôpital près des populations aptes à l’utiliser valablement et dans tout son potentiel installé.

Brazzaville et Pointe-Noire, pour ne citer que ces deux capitales politique et économique, souffrent depuis des lustres du manque d’électricité et d’eau, des robinets asséchés, il ne sort que quelques gouttes intermittentes.

Il n’y a qu’à regarder les structures financières et foncières de l’Etat : des fonctionnaires continuent, en dépit des recommandations du Système des Nations Unies, à toucher deux, trois, dix salaires cumulativement, à cause du désordre qui sévit au niveau de la solde, problème qu’on croyait définitivement réglé.

A la Direction générale des impôts, un seul bien immobilier peut avoir deux ou plusieurs titres de propriété et j’en suis parmi les victimes. Ma sœur cadette, à qui j’avais confié en gérance en 1986 la maison que j’avais achetée à Pointe-Noire, et que j’ai reprise après ma retraite en 1996 moyennant une donation par elle dûment signée, est allée se faire délivrer une deuxième copie du TF, par une ordonnance plus que contestable du TGI de Pointe-Noire alors que je détenais la première dans laquelle je figure le plus régulièrement du monde comme dernier inscrit. De plus, la maison a été par moi vendue en bonne et due forme à un nouvel acquéreur, régulièrement, inscrit lui aussi.

Même si l’Administration s’est rendue compte a posteriori de cette bévue, un tel télescopage de titres n’aurait pas dû se produire si l’agent public concerné connaissait son travail, était attentif et insusceptible de corruption, comme devraient l’être tous les agents du fisc sortis des grandes écoles, à l’image de l’Ecole nationale des impôts de Clermont-Ferrand en France qui est notre modèle de formation avec Neuilly pour l’Ecole nationale des douanes. La dame a vendu cette maison à trois personnes successivement par un jeu de cascades, en doublant chaque fois le prix de vente, d’abord à un neveu du président bien affûté qui, après en avoir payé le prix cash s’est ravisé ; puis à une dame qui n’a pas pu faire inscrire sur le titre le bien irrégulièrement acquis ; ensuite à un homme qui la presse de lui rembourser ses billes. Et l’autre jour, elle est allée s’en remettre à l’ancien locataire d’il y a 20 ans afin qu’il lui vende la même maison à un milliard sept cents F CFA (1.700.000.000 F CFA), soit 3 fois et demi le prix auquel je l’avais vendue, mais la personne, s’étant rendue compte de cette cavalerie, s’est mise à la traiter de canaille. C’est plutôt de folle qu’on devrait la qualifier.

Pourtant, c’est contre moi qu’elle croit pouvoir trouver l’attention bienveillante des juges du fond, notamment ceux de Brazzaville. J’attends donc qu’on lui dise par extraordinaire que la maison lui appartient et que c’est moi qui suis l’imposteur, comme on le laisse malicieusement et pour des raisons inavouées, percer dans les murs des officines politiques. Il lui faut rembourser tout cet argent si toutefois le pouvoir ne vole pas à son secours.

Cette affaire n’est pas innocente de politique politicienne et de malveillance crapuleuse, car elle est soutenue en sous mains, voire commanditée par la présidence de la République comme l’affaire qui m’oppose à mon fils Olivier : En effet, là-bas au palais, se trouve ma nièce Chantal qui est en fait administrativement parlant, ma fille, officier supérieur de son état, qui porte mon nom pour avoir été par moi, ramassée au berceau parce que ma sœur Véronique, sa mère, avait voulu la jeter dans un tas d’ordures, craignant que son mari de race blanche, ne s’aperçût que sa femme avait enfanté un bébé noir. Je dus la récupérer, l’élever, l’éduquer, l’envoyer en France dans une grande école et la placer dans le Corps de la Police nationale pour faire d’elle ce qu’elle est devenue. Mais dès 1991, tout de suite après ma démission de la primature, elle fut retournée contre moi par Pierre Oba qui lui colla un bébé aujourd’hui âgé de 24 ans, avant que Denis Sassou Nguesso lui-même la mette à son service exclusivement pour chercher à me nuire par l’intermédiaire de ma sœur Véronique. Elle et sa mère attendent donc de me faire mourir afin que l’empoisonneur en chef puisse la nommer au grade de Général, selon leur arrangement.

Mais rien ne dit que la promesse sera respectée. Si c’était vrai, qu’on vienne me le dire et j’accepterais de me faire hara-kiri pour le grade de ma fille, la première Générale du pays, Parbleu ! Je pourrais, outre-tombe, arroser ou fêter cette réussite, fût-elle diabolique. C’est aussi simple que ça !

A ce jour cependant, aucun de mes enfants n’a eu le privilège d’être recruté dans la fonction publique, ni dans une entreprise nationale. Ceux qui s’y sont présentés, même reçus au test se sont vus opposés un refus sur l’identité. Deux de mes filles parmi celles qui ont été sollicitées pour m’empoisonner, devaient l’une travailler à la SNPC et l’autre recevoir un grand capital pour monter une structure (genre ONG !) une fois la mission accomplie, mais n’ayant pas encore réussi la sale besogne, elles sont sommées d’attendre.

Destin exceptionnel que le mien, moi qui ai œuvré 40 ans durant dans le cadre de l’Etat, à la formation des cadres, à la création de structures et à la prise de conscience du fait national, on oppose à mes enfants le choix cornélien de tuer leur père pour pouvoir se voir offrir un emploi, ou de l’épargner et plonger dans le chômage. Je leur ai déjà dit de s’en foutre et de rester à la maison jusqu’à ce qu’on me l’arrache en la vendant aux enchères publiques, comme on me le laisse entrevoir, sans que je doive un dissous à qui que ce soit.

Mais que font les Ngondo du Trésor, les Ngakosso du Parlement, les Andzouana, etc. que j’ai formés et promus au sens de l’Etat pour ne pas réagir à tant d’injustice, de tribalisme et de mauvaise gouvernance économique financière et sociale. Ont-ils oublié, sous la pression des responsabilités les principes qui faisaient la noblesse des services fiscaux, douaniers et financiers, dans les années 70 ? Réveillez-vous cadres de la technostructure et dites NON à la mauvaise gestion pour bâtir une république indivisible, sociale et démocratique (article 1er de la Constitution du 20 janvier 2002)

Autre chose : comme si j’étais accablé par la malchance, mais je suis convaincu qu’il s’agit là plutôt d’une action politique coordonnée tendant à me nuire, mon propre fils s’est lui aussi, autorisé de se faire délivrer un faux titre de propriété (20978 du 18 février 2010) à partir d’une copie de permis d’occuper périmé, sur mon domicile de Pointe-Noire qui en possédait déjà un en mon propre nom (TF 8001 du 9 septembre 2003). Et il s’est vu offrir le 14 février 2011 un crédit blanc de 300 millions de F CFA, (plus de 500 millions à ce jour charges et intérêts compris) hypothéqué sur cette maison par la Banque LCB aux accointances politiques prononcées. Dès la première échéance non réglée, elle a fait haro sur ma résidence, exigeant sa vente aux enchères, en me jetant dans la rue avec ma famille. Quelque chose d’exceptionnellement scandaleux. Ce sont les mêmes agents des impôts qui sont, avec ceux du cadastre à Pointe-Noire coupables de ce forfait qui heurte la conscience humaine et qui, par l’agitation politicienne de Brazzaville, se trouvent sans aucun doute dans un complot fomenté de longue main afin de me salir et de me nuire, à coup de scoop du genre : « L’ancien premier ministre Alphonse Souchlaty Poaty sous le coup d’un mandat d’arrêt » figurant sur une feuille de choux appelée le Trottoir sous le numéro 108 de février 2015. Je ne crois même pas utile d’y faire insérer un démenti quelconque qui risquerait de me ridiculiser.

Ces deux dossiers sont actuellement au niveau des instances judiciaires du Congo aussi bien à Pointe-Noire qu’à Brazzaville, auxquelles je fais confiance jusqu’à preuve du contraire. Je suis un homme de pardon et serais prêt à l’exprimer en faveur de ces brebis galeuses, le moment venu, si toutefois, elles réussissent à se dégager de l’emprise démoniaque de Sassou Nguesso pour sauvegarder le lien familial qu’il a si gravement distendu. En tant que chef de famille encore en vie, je suis disposé à les accueillir avec mon sens élevé habituel de responsabilité inculqué par nos parents et grands-parents communs disparus.

Cependant, pour démontrer que tout ce micmac est artificiellement entretenu par le Pouvoir politique, je dois ajouter ce qui suit : hormis la dispute familiale de propriété qui m’oppose à ma sœur Véronique et l’hypothèque apposée par la Banque LCB sur mon domicile du fait de mon fils Olivier, et à l’exception notable de 2 cas d’empoisonnement perpétrés contre moi par deux autres filles, il y a trois autres problèmes qui méritent d’être connus par le public congolais, à savoir :

- l’indexation de ma case de Loandjili dont les locataires sont harcelés et intimidés par des policiers en civil afin qu’ils déguerpissent, pour me priver d’un revenu, si minime soit-il.

- l’interruption simultanée par le pouvoir, du versement de ma pension de retraite depuis mai 2011 et de ma rente viagère d’ancien premier ministre depuis 2010. Même si depuis quelques jours craignant le ridicule et peut-être pour se ménager une porte de sortie, on vient de me virer 3 mois de rente viagère coup sur coup, ce qui démontre, s’il en était encore besoin, qu’on veut m’affamer pour me contraindre d’aller ramper devant le corrupteur en chef, ce que je ne ferai jamais, je l’ai déjà dit et écrit. Je ne suis pas homme à me plier en 4 devant qui que ce soit pour l’argent, le poste ou tout autre échange d’intérêt de quelque nature qu’il soit.

Moi, je suis hors de toute influence et impossible à dompter. Il ne reste donc à Sassou qu’une seule solution, celle de me tuer, ce qu’il n’a pas encore réussi à faire, mais j’y suis disposé, j’y suis prêt, après 20 tentatives avérées d’empoisonnement, 1 commando armé nocturne à Brazzaville, 2 incendies criminels à Brazzaville et à Pointe-Noire, un rapt crapuleux à l’aéroport de Johannesburg, un guet-apens nocturne à Ris Orangis, et j’en passe ...

Je pourrai si possible donner de plus amples précisions sur toutes ces situations que le cadre de cette interview ne saurait contenir. Tout cela parce que j’ai osé démissionner des fonctions de premier ministre, parce qu’il serait le seul à nommer et à démettre ses collaborateurs, lesquels n’ont ni jugeote ni raison.

Dans ce contexte de mort programmée, j’ai pensé qu’il convenait de parler ou mieux d’écrire sans plus attendre, après 25 ans de résistance solitaire et silencieuse à l’oppression morale, physique et matérielle. Je ne veux pas encourir la « honte de mourir sans avoir combattu », pour citer Pierre Corneille. Je me réfère aussi au fabuliste du Mayombe selon lequel « l’oiseau de grande envergure qui s’envole laisse toujours son aile, et l’homme de renom qui meurt laisse sa parole ».

Ma parole est la suivante : mon combat contre Sassou, sans arme, sans argent et sans intention malveillante, se fonde sur les idées, l’intérêt général, l’unité nationale et la paix. Jamais je n’ai été compromis dans un coup d’Etat, un crime ou un détournement quelconques, ayant rejeté de façon inflexible postes ministériels, offres de service et avantages matériels. Même sous Pascal Lissouba, après avoir discerné très tôt que quelque chose ne tournait pas rond dans son entourage, j’ai refusé à deux reprises d’entrer dans les gouvernements successifs constitués sous son égide, en dépit du parfum de démocratie qui semblait se répandre dans le pays.

Denis Sassou Nguesso a réussi à décimer méthodiquement par le poison tous les grands cadres méritants du Kouilou (une douzaine) pour s’assurer le monopole du pétrole et des autres richesses de cette région, ainsi que la manipulation éhontée des soi-disant sages. Mon propre frère ainé et mon cousin ont malencontreusement péri par son poison, qui avaient refusé tous les deux de prendre son parti alors qu’il recherchait leur désapprobation familiale à l’encontre de ma décision de démissionner, pour lui donner carte blanche afin de me liquider physiquement.

Ayant rejeté avec mépris l’enveloppe de 40 millions de F FCA qu’il avait envoyée, ses représailles ne pouvaient être que mortelles, dans le même sillage que moi, comme si, à l’instar de Joseph, je devais être vendu pour un plat de lentilles.

Voilà pourquoi je continue à porter leur deuil jusqu’à la fin de ma vie, regrettant de ne pouvoir mourir à leur place. Mais c’est plus fort que moi, Dieu l’ayant voulu ainsi. Je les comble de mes prières chaque jour qui passe en même temps que j’implore le Seigneur de garder leur âme en paix.

Je sollicite du Seigneur qu’il garde aussi l’âme de ses Serviteurs lâchement tués par Sassou, à savoir le cardinal Biayenda assassiné dans le complot contre le président Marien, Mgr Ernest Kombo empoisonné, Mgr Georges Firmin Singha empoisonné, le prophète Sry Lassy Simon Zéphyrin assassiné dans sa résidence, le pasteur supérieur Gaston Makosso, empoisonné, la prêtresse Angèle Bandou criblée de balles dans sa résidence.

Des milliers d’autres Congolais ont péri de la même manière, par le poison ou la kalachnikov. J’en dirais bien de choses dans d’autres interviews, si je suis encore en vie. Cloitré dans mon coin de Ris-Orangis, comme un moine dans son monastère, j’associe mes prières à celles de mes compatriotes.

Pourrais-je repartir aux affaires me demandez- vous ? Ce n’est pas vraiment mon intention. En plus, je me sens bien ici en France, mais si on me le demandait, peut-être serais-je amené à offrir mes services, mon expérience et ma connaissance des choses et des hommes de mon pays à ceux qui pour l’amour du Congo, sont capables d’œuvrer dans l’unité nationale et la paix, au redressement économique, social et moral de ce beau pays.

En conclusion, je crois qu’il serait de bon aloi que Sassou laisse le pouvoir au plus tard à la fin de son mandat. Celui-ci on le sait, a été usurpé par une élection qu’il n’a gagnée qu’avec un score de moins de 5% du corps électoral.

Le mieux serait évidemment qu’il démissionne avant août 2015, s’il aime le Congo en laissant le président du Sénat assurer l’intérim conformément à la Constitution du 20 janvier 2002. Ainsi serait organisée sans heurt une Transition qui préserve l’avenir des jeunes générations, la paix et la stabilité des nouvelles institutions, débarrassée des scories du monopartisme qui a refait surface de plus belle, incarné par le PCT et le clan présidentiel depuis la fin de la guerre.

Le PCT n’est pas un parti politique, en dépit de l’apparence et de la casquette ouvrière dont il s’était affublé dès sa création en 1969. C’est une organisation maffieuse et volubile, vivant des subsides et des marchés de l’Etat, comme la sangsue du suc de son hôte.

Son programme initial qui n’a pas été expressément renié, même après la Conférence nationale de 1991, tournait précisément autour du dépérissement de l’Etat qu’il a effectivement vidé de toute sa substance d’impartialité pour le mettre à la disposition de la médiocrité qui phagocyte toutes les institutions.

Il faudrait que cette pieuvre qui n’a que trop duré et qui freine le progrès de la démocratie au Congo se mette en cause à l’intérieur même de ses structures car elle constitue un boulet pour le Congo.

Toutefois, le peuple congolais est mature et Sassou n’aurait rien à craindre s’il se résolvait à quitter le pouvoir dans la paix, s’il pouvait faire montre de grandeur d’âme. Qu’il retourne dans sa ferme comme jadis Cincinnatus après avoir lutté contre l’anarchie et sauvé Rome pour la seconde fois.

Sans doute comparaison n’est-elle pas raison. Cincinnatus, authentique fermier du bord du Tibre, sollicité deux fois par les romains, n’avait aucune envie de s’accrocher au pouvoir, alors que Sassou, faux fermier du bord de l’Alima, ayant construit un ranch à coup de milliards de pétro-cfa sur le dos du contribuable congolais, mégalomane et kleptocrate, a conquis le pouvoir par les armes deux fois et s’y est accroché mordicus, créant un désordre inouï dans tous les organes de l’Etat.

Qu’à cela ne tienne : aujourd’hui, l’essentiel, c’est qu’il s’en aille et le peuple lui garantira la vie et la liberté, à condition toutefois :

- qu’il démonte son arsenal militaire de 6.500 mercenaires de Tsambitso, transfère à l’Armée nationale tout l’armement stationné dans ce village situé près d’Oyo, fasse une passation de service en bonne et due forme avec son successeur, même intérimaire, indiquant les sorties du Trésor des 6 derniers mois, les engagements de l’Etat sur la même période et surtout les comptes ouverts à l’étranger, dans les paradis fiscaux et à Oyo-Edou dans les planques secrètes.

- reconnaisse que les biens meubles et immeubles et toutes les installations sises à Oyo appartiennent à l’Etat comme le grand Hôtel Alima 5 Etoiles, l’Hôpital Général moderne, le Troupeau. Une loi pourrait lui en conférer l’usufruit pour un temps déterminé.

A titre personnel, je n’ai aucune rancœur vis-à-vis de lui ni de son clan. D’ailleurs, je le soupçonne de pistonner un candidat qui, sauf contre-temps de dernière heure, sera son fils Denis Christel dit Kiki que certains membres du clan appellent déjà « l’enfant de l’Espoir » (muana Ndéya en Mbochi). Il devrait cependant réfléchir à un autre candidat à proposer à la sanction du peuple souverain, en concurrence avec d’autres Congolais aptes au poste. Kiki de par sa mère et son enracinement social profond de l’autre côté du fleuve est trop marqué pour présider aux destinées du Congo. Mais il peut apporter une contribution différente qui soit indemne de tout soupçon.

Je le dis, sincèrement, sans parti pris, ayant bien connu son grand-père David Mapapa que j’ai eu le plaisir de recevoir pour être recruté à la BNDC dans les années 60, quand j’y travaillais (1959- 1969). Il venait de Kinshasa, chassé par Moïse Tshombé, comme tous les Congolais qui se trouvaient en RDC. C’était un homme affable, excellent comptable avec lequel j’entretenais de bons rapports de travail et de voisinage au Plateau des quinze ans.

L’interview tire à sa fin. Je pense que vous avez dit un certain nombre de choses qui vous tenaient à cœur. Pas toutes, c’est clair. Un dernier mot ?

Mon dernier mot, puisque vous me le demandez, Monsieur le Journaliste, c’est un coup d’œil à la vaillante Armée, à la Police, à la Gendarmerie nationales, toutes trois gardiennes des institutions, mais, pas partisanes d’une région, d’une partie du pays, ou, a fortiori d’un homme. Celui qui dirige le Congo depuis des décennies et pour quelques mois, encore, arrive aux termes de son mandat, usé, sans foi ni loi, et, qui a, largement, démontré son incompétence.

Que peut-il nous donner, encore, qu’il n’a pu faire depuis, si longtemps, pour qu’on tienne à sa présence devenue, de plus en plus, pesante sur le corps social ? Tournons, donc, ensemble, la page de Sassou, et, engageons-nous, définitivement, et, allègrement, sur la voie de la démocratie et la bonne gouvernance, pour un Congo paisible, prospère et radieux.

Propos recueillis par Jean-Paul Tédga

Source Afrique Education, Numéro 411 du 16 au 31 mars 2015


 

Commentaires  

 
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