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Débat sur la Constitution: l’Eglise catholique se positionne dans la société congolaise

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La question de l’engagement sociopolitique de l’Eglise catholique au Congo est un sujet de grande actualité, mais aussi passionné. En effet, beaucoup de Congolais, même à l’intérieur de l’Eglise elle-même, ne comprennent pas toujours l’intervention de l’Eglise dans l’arène sociopolitique. Cette intervention est très souvent mal perçue, mal appréhendée et, partant, très souvent controversée.

Ignorance et/ou méconnaissance de l’histoire de l’Eglise catholique et, donc, de sa doctrine sociale? Ce qui est sûr et certain, c’est que notre société, qui a relégué Dieu dans la sphère privée, accorde peu d’attention à la doctrine sociale de l’Eglise. Prenant appui sur ce corpus documentaire, de réflexion, de pensée et d’action de tradition bimillénaire de l’Eglise, les évêques du Congo ont adressé un message au peuple de Dieu et, au-delà, à la société congolaise: «Le message de Noël 2014 des évêques du Congo», intitulé: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime» (Luc 2,14)?

Nous revenons sur ce message non seulement parce que les évêques abordent la question institutionnelle du changement ou de la révision de la Constitution congolaise du 20 janvier 2002, mais surtout parce qu’ils rappellent les principes fondamentaux organisationnels et ordonnateurs de la vie en société. Par-là, nous percevons la nécessité et l’urgence à visiter, à divulguer, à faire connaître, «aujourd’hui et tout de suite, aujourd’hui et maintenant» les grandes lignes théoriques de l’intervention sociopolitique de l’Eglise. Cette tâche exige de circonscrire cette intervention, en saisissant clairement son extension et en délimitant ses compétences dans notre société. Tel est l’objet de cette tribune.

Le positionnement de l’Église catholique dans la société congolaise

Aussi curieux que cela puisse paraître, l’Église catholique s’est toujours fermement engagée, dans notre société, pour affronter les crises graves. Point n’est besoin ici de les rappeler. Mais, une chose est aussi vraie, c’est que chaque fois qu’elle est intervenue, les langues se sont toujours déliées, et ce à tort ou à raison. «Aujourd’hui plus qu’hier», beaucoup sont convaincus et pensent qu’en intervenant dans le domaine sociopolitique, l’Église fait la politique. Elle se substitue à un parti politique. Elle s’ingère en politique. Pire, elle se constitue en un parti politique de l’opposition. Dans ce contexte, l’enseignement sociopolitique de l’Eglise est simplement assimilé à un système politique et, donc, à une idéologie, c’est-à-dire à la dictature d’une réalité partielle, qui devient la valeur suprême. Ce faisant, l’Église sort de son terrain naturel religieux (spirituel) pour entrer dans celui de la société, la politique ou l’économique, «le vivre ensemble».

Cependant, le Pape Saint Jean-Paul II n’écrivait-il pas que «la doctrine sociale de l’Église n’est pas non plus une idéologie, mais la formulation précise des résultats d’une réflexion attentive sur les réalités complexes de l’existence de l’homme dans la société et dans le contexte international, à la lumière de la foi et de la tradition ecclésiale»? (Encyclique Sollicitudo rei socialis, n°41).

Cela étant, dans l’histoire de l’humanité, en tout cas, depuis que le Christ nous a révélé l’amour de Dieu pour nous, il n’est pas de période où l’Église catholique n’ait pas eu à se prononcer et à prendre position sur tout ce qui fait la vie des hommes dans ses médiations concrètes de la politique, de l’économie et du social. Dans cette perspective, le message de Noël des évêques du Congo constitue la réponse que notre Église particulière apporte à la question brûlante de l’heure, dans la société congolaise où les conditions de vie se dégradent d’année en année, pour un grand nombre de nos concitoyens.

En agissant ainsi, l’Église catholique joue pleinement son rôle: rendre la société congolaise conforme à un ordre vraiment humain et aux principes de l’Évangile. Éclairer les esprits pour les aider à découvrir la vérité et discerner la voie à suivre au milieu des idéologies diverses qui les sollicitent; entrer dans l’action et diffuser avec un souci réel du service et de l’efficacité, les énergies de l’Évangile.

Ce rôle de l’Eglise catholique, le peuple de Dieu le réclame et l’implore de tous ses vœux, dans la société congolaise. En cela, l’Église catholique se positionne doublement sur la scène nationale congolaise comme: un «acteur majeur» ayant un discours sociopolitico-institutionnel spécifique sur la Constitution; un «partenaire politique» ouvert vers les autres partenaires politiques, l’Etat, en tout premier lieu, parce qu’il est le garant de la vie des citoyens. L’Église agit ici selon une philosophie et une anthropologie propres.

Un juste engagement

Beaucoup de Congolais, sans doute, même à l’intérieur de l’Eglise, n’ont pas lu le «message de noël 2014» des évêques du Congo. D’autres ont certainement entendu parler de ce message. Et, de quelle manière? Quoiqu’il en soit, nombreux sont les Congolais, même à l’intérieur de l’Eglise elle-même, qui se demandent pourquoi les évêques s’intéressent-ils au débat sur le changement ou la révision de la Constitution, un débat institutionnel de portée hautement politique? Est-ce une volonté de se mêler de ce qui ne les regarde pas? Ou bien de peser sur un débat ne relevant que de la sphère temporelle?

Même les chrétiens catholiques eux-mêmes aussi se posent les mêmes questions et se demandent: pourquoi l’Eglise catholique vient-elle se salir les mains dans ce royaume du mensonge et de la violence, à en croire l’identification du mot «politique» dans nos langues locales: Politique = mensonge (lu n’vunu, lokuta) = violence (ku nuana, ko bunda, ku suana, ko suana, ku fua bantu, ko boma bato) = vol, corruption, détournement (ku laba, ko yiba) = désordre ( mu n’vuzu), etc.

Autant de questions que les Congolais, qui ignorent l’histoire de l’Eglise ainsi que sa doctrine sociale, se posent. En fait, avant tout, observons un fait: celui du déficit communicationnel à triple visage:

- le «verrouillage communicationnel», une forme déguisée de la censure à la Soviet. Il s’agit de la non-communication du message des évêques dans les médias nationaux d’Etat. Faut-il y voir déjà la manière dont ce message a été accueilli par le pouvoir de Brazzaville?

- la «déformation communicationnelle» du message dans l’opinion publique par les médias privés, notamment, le bimensuel satirique d’information: «Le Troubadour» qui s’est lancé dans une campagne de désinformation, d’intoxication, bref, de diatribalisation. En effet, le message de Noël 2014 est bien des évêques du Congo. L’Eglise catholique ne parle que d’une seule voix. Les confidences de dessous de table n’engagent que leurs auteurs anonymes. Les évêques du Congo «assument» leur message et «accusent».

3- La «mauvaise communication» de ce message par l’Eglise elle-même. Après un temps d’hésitation, La Semaine Africaine, le bi-hebdommadaire de l’Eglise catholique, a fini par rendre public le message. Mais, la mauvaise langue avait déjà ouvert la boîte de Pandore de toutes sortes de supputations et de suspicions qui ont terni et sapé le contenu véritable de ce message.

Qu’à cela étant, force est de constater que les évêques du Congo se sont toujours prononcés sur les grandes questions sociales, comme en témoignent leurs nombreux textes et leurs prises de positions antérieurs engagés. Dans cette perspective, l’Eglise catholique au Congo apparaît sans nul doute comme l’une des institutions les plus respectées en raison de ses interventions empreintes de compétence et d’autorité en faveur de la paix, de la justice sociale, de la réconciliation, des droits humains, de la démocratie, de la bonne gouvernance, de la sauvegarde de l’environnement, de la promotion culturelle et sociale.

Être chrétien, c’est dangereux

L’Eglise, comme communauté des croyants en la Résurrection de Jésus, a une vocation spécifique, séculière: inviter tous ses membres à l’action sociale, économique et politique qui construit la justice. Cette parole fait partie de sa vocation d’annoncer l’Evangile, annonce qui comprend aussi bien la Parole du salut que l’acte de solidarité.

Cela étant, le chrétien n’annonce pas seulement l’Evangile en le proclamant, mais aussi en faisant advenir concrètement les valeurs qu’il défend dans la société d’aujourd’hui. Voilà qui est dangereux d’être chrétien! Oui, c’est dangereux d’être chrétien, car la prière est un acte «politique». A en croire le livre des Actes des Apôtres, lorsque Paul et Silas priaient dans leur prison, il se produisit un violent tremblement de terre (Ac16, 25). Le Magnificat de Marie (LC 1 ,46) est une prière révolutionnaire qui bénit le Seigneur, mais confond les riches et renverse les puissants. Une prière qui relève les humbles, les pauvres, les faibles et les petits. La prière pour les gouvernants, recommandée par Saint-Paul durant les persécutions, indique explicitement ce que l’autorité politique doit garantir: une vie calme et tranquille, à passer en toute piété et dignité. (Cf. 1Tm 2,1-1).

Les pères de l’Eglise aux premiers siècles de la vie de l’Eglise proclamaient que les biens de la terre ont été créés par Dieu, pour le bien-être de tous les hommes. Que dire des monastères, au Moyen-âge? N’étaient-ils pas des lieux de prière, de développement intellectuel et d’initiative économique? Saint-Thomas d’Aquin ne disait-il pas que «les lois ont comme premier but d’organiser le bien commun»?

Certes, le terme politique sonne mal à certaines oreilles et évoque quelque chose de malsain, d’immoral et d’immonde. Face à cela, le chrétien éprouve souvent une lassitude. Du coup, de nombreux chrétiens prennent leur distance vis-à-vis de la chose publique. Ailleurs, c’est en tant que chrétiens qu’ils sont tenus à l’écart des affaires de l’Etat ou des associations politiques. On a peur d’eux, on a peur de leur morale, de leur éthique, de leur intégrité, de leur probité morale, de leur protestation. Le citoyen chrétien apparaît comme un signe de contradiction, qui met inévitablement mal à l’aise les professionnels de la pêche en eaux troubles.

Ingérence politique ou fidélité à la mission évangélique

Une opinion publique, éclairée par les lumières de la raison et de la foi, perçoit l’Eglise comme une institution agissant en faveur de la paix, la justice sociale et de la défense des droits humains. Le message des évêques du Congo est justement un message de paix et de joie. Le contexte de Noël s’y prête: au ciel, la gloire de Dieu et sur terre, paix aux hommes qu’il aime (Lc 2,14). Pour nos pères évêques, le débat sur le changement ou la révision de la Constitution n’est pas un débat réservé aux seuls professionnels de la politique, aux seuls experts, aux seuls initiés de la politique. Il ne faut donc pas confisquer le débat. Il n’est pas l’apanage de «quelques-uns», mais de l’ensemble des Congolais et Congolaises, et ce, pour préserver l’intérêt général et l’unité nationale.

Prenant ainsi appui sur le Concile Vatican II, les évêques rappellent que «l’Eglise ne se confond pas avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique. La communauté politique et l’Eglise, chacune dans son propre domaine, sont, en effet, indépendants et autonomes l’une et l’autre et sont toutes deux bien qu’à des titres divers, au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes» (GS, 76).

Dans cette perspective, les évêques reconnaissent ce qui est bon et notent aussi que beaucoup restent encore à faire dans les domaines fondamentaux de la vie sociale que sont: l’emploi, la santé, l’éducation, l’alimentation, la justice, l’accès égal aux biens et services sociaux, la sécurité, les droits humains, la promotion culturelle, les transports, l’environnement, l’écologie, la démocratie… Aussi, rappellent-ils à la force publique sa mission régalienne républicaine dans la sauvegarde et le maintien de la paix et de la sécurité du peuple et de la Nation, en disant non à toute forme de violence pour préserver la justice, la vérité, la paix et l’unité nationale.

Concernant le débat sur le changement constitutionnel, les évêques constatent que ce genre de débat a été, dans le passé, la cause causante de la «bêtise humaine», «des affrontements fratricides dans notre pays» (93/94/97). Ils s’interrogent si nous sommes prêts à la paix: Congolais du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest, es-tu prêts pour la paix? Veux-tu la paix? Ce faisant, les évêques invitent la classe politique à un débat serein et responsable dans la vérité où les maîtres mots sont: la liberté, le droit, la justice, l’unité, la démocratie, le dialogue.

Le «non» qui fâche, mais que ton oui soit oui, que ton non soit non

Les évêques du Congo se sont prononcés clairement et ouvertement contre le changement de la Constitution. Autrement dit, tous disent: non au changement de la Constitution de janvier 2002. Le non-dit, c’est que, selon eux, beaucoup de Constitutions ont été changées dans la paix sociale.

Révision? Peut-être! Mais pas de changement de la Constitution, surtout dans ses dispositions de l’article 185, alinéas 2 et 3. Ils proposent que l’alternance au pouvoir devienne une règle intangible et immuable pour notre démocratie. Car, l’Eglise n’approuve pas la Constitution de groupes dirigeants restreints qui usurpent le pouvoir de l’État au profit de leur intérêt particuliers ou à des fins idéologiques (cf. Compendium de la DSE, n°406).

C’est là le principe de l’Etat de droit, dans lequel la souveraineté appartient à la loi et non pas aux volontés arbitraires des hommes. Pour nos pères évêques, le non-respect de la Constitution, de la loi fondamentale manifeste une défaillance grave dans la gouvernance et signifie un manque de compétence dans la gestion de la chose publique. Pour tout dire, quand le pouvoir humain sort des limites de l’ordre voulu par Dieu, il s’auto-divinise et demande la soumission absolue (une sorte de dévotion), il devient alors la Bête de l’Apocalypse, image du pouvoir impérial persécuteur, ivre «du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus» (Ap.17, 6).

Benjamin Abbé SAMANOU

Source La Semaine Africaine


 

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