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Herbé ZEBROWSKY témoigne sur les causes géopolitiques et les circonstances de l’assassinat du Cardinal congolais Emile BIAYENDA, le 22 mars 1977 à Brazzaville au Congo

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Témoignage d’Hervé Zebrowsky sur le Cardinal Emile Biayenda a la messe du samedi 11 avril 2015. Le Cardinal Emile Biayenda et le Père Jerzy Popieluszko furent tous les deux victimes de leur engagement contre des régimes communistes. Ils sont tous les deux des martyrs de la Foi.

La Lumière du Cardinal EMILE BIAYENDA

Pour démêler l’écheveau de l’histoire qui éclaire la mémoire du Cardinal Emile Biayenda, aujourd’hui oublié par le monde entier – sauf par les enfants du Congo Brazzaville – deux dates doivent être reconnues. L’une, ayant un caractère hautement politique : le 1 er janvier 1977, l’autre ayant un caractère profondément mystique : le 22 mars 1977.

En ce jour du 11 Avril 2015 où nous célébrons la mémoire du Cardinal Biayenda, Brazzaville est à Paris. N’avons-nous pas envie de dire, nous tous ici rassemblés dans cette église : Paris, Capitale du Congo libre ? Comme d’autres surent dire en 1940 « Brazzaville, capitale de la France libre ». Que se passe-t-il donc à Brazzaville le 1er Janvier 1977 ? Ce jour-là la république populaire du Congo-Brazzaville reconnait l’état du Vatican. Acte de reconnaissance hautement politique posé par le chef d’état du Congo-Brazzaville en ces année-là : le président Marien N’Gouabi. C’est par son sang que le Président Marien N’Gouabi paiera cet acte de reconnaissance du Vatican.

En effet, ce geste diplomatique d’un courage inouï à la fin des années 70 – au cœur de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui « le temps de la guerre froide » – annonce clairement au monde entier que la république populaire du Congo-Brazzaville va changer de camps, que le Congo-Brazzaville communiste se prépare à infléchir sa politique, pour très vite retourner dans le camps occidental : celui de Rome, de Paris, de Bruxelles, de Washington ….

Assurés du soutien de Moscou, le 18 Mars 1977, des militaires Congolais s’emparent de Marien N’gouabi. Gravement blessé lors de sa capture il sera achevé par sa garde Cubaine. Un autre leader politique d’alors, l’ancien président Alphonse Massemba- Debat – rallié à Marien N’Gouabi – sera quant à lui jugé par un tribunal militaire d’exception. Condamné à mort, il sera exécuté le 25 mars 1977. Son corps ne sera jamais remis à sa famille.

Que se passe-t-il le 22 Mars 1977 ? Brazzaville apprend la mort du Cardinal Emile Biayenda. Ecoutons le témoignage de l’Abbé Louis BADILA : « Une land rover avec deux hommes armés à bord, va s’emparer à l’archevêché de Brazzaville, du Cardinal. Nous pensions qu’il s’agissait d’une rencontre avec les autorités militaires. Toute la nuit, dans une ville sous couvre-feu, nous avons attendu et espéré. A 3 heures du matin est tombée la nouvelle d’une transperçante douleur : devant les représentants des églises catholiques, évangéliques, salutistes, Kibamguistes convoqués en toute hâte à l’état-major, le comité militaire du parti nous apprenait que le Cardinal EMILE BIAYENDA avait été assassiné. » Le Cardinal Biayenda fut retrouvé enterré dans le cimetière d’ITATOLO. Son corps ne présentait aucune blessure par balles. L’un de ses bras était figé au-dessus de sa tête, comme pour se protéger dans un dernier geste désespéré pour repousser la terre qui l’ensevelissait. Cette posture, l’absence de trace de blessure mortelle, indiquaient clairement qu’il avait été enterré vivant. A la morgue de Brazzaville, où il fut transporté ce jour-là, la raideur cadavérique de son bras, dans cette position insolite, dans ce réflexe de défense ultime, impressionna tous les témoins.

Emile Biayenda fut créé Cardinal par le pape Paul VI le 5 mars 1973. C’est dans la prière et le secret de son cœur que le vicaire du Christ sur la terre – le Pape – crée des Cardinaux. Au-delà de la dimension mystique que comporte le choix d’un Cardinal, le Pape se doit de prendre en compte tous les subtils équilibres géopolitiques du monde. Emile Biayenda est le 1er Cardinal d’Afrique Centrale. Très clairement cela signifie que le Pape, et derrière lui toute l’Eglise Catholique et plus encore tous les dirigeants chrétiens du monde occidental, envoie Emile Biayenda en première ligne pour mener ce combat contre le communisme en Afrique. Au cours de ces années 70, le Congo-Brazzaville, plus que tous les autres pays de la région, sombre dans la misère. A la mission de LEKITY, le père Georges Firmin SINGHA témoigne : « Depuis ce matin, des femmes chargées de paniers de palmiste s’en vont à Okoyo où se tient le marché aujourd’hui. Certaines viennent de loin, de très loin même, de la limite Congo – Gabon. (…) Voici plus de 10 mois qu’on n’a pas acheté leurs produits. (…) Elles sont astreintes à parcourir 30, 40, 70 voire 100 km. Dire que l’on est au temps de l’indépendance et de la révolution. (…) Pendant ce temps, une bande de petits braillards crie, tape sur les colonialistes, tandis que nos paysans de l’arrière-pays pleurent les colonialistes. A leurs temps, leurs routes étaient bonnes, leurs produits régulièrement achetés et sur place. Vers où va le pays ? ». Georges Firmin SINGHA était le solide compagnon de route du cardinal EMILE BIAYENDA. Nous devons la conservation de son journal grâce au travail du professeur CÖME KINATA qui a écrit un magnifique ouvrage à la mémoire de cet autre grand saint du Congo que fut Firmin SINGHA.

Emile Biayenda, par sa foi, sa prière, son charisme sut rassembler tout le Congo-Brazzaville dans ce combat contre le régime communiste : Les catholiques, bien sûr, mais aussi et surtout les évangélistes, les salutistes, les kibamguistes, en un mot : toute la grande famille chrétienne.

En 1977 donc, treize ans avant la chute du mur de Berlin, le Congo-Brazzaville s’était engagé sur une voie qui devait sortir le pays de l’impasse communiste. Le 22 Mars 1977, Emile Biayenda n’ignore rien des circonstances tragiques de l’assassinat de Marien N’Gouabi et d’Alphonse Massemba-Debat, 4 jours auparavant. Il ne lui était sans doute pas difficile de fuir vers KINSHASA. Non, Emile BIAYANDA est resté avec son peuple. Il sait les massacres, les déchirures, les tragédies que son peuple va vivre dans ce coup d’état et après ce coup d’état. Il sait que le Congo Brazzaville va entrer dans les ténèbres. Il ne veut pas fuir la croix que notre Seigneur Jésus Christ lui propose librement pour Le suivre. Il sait, que par cette croix acceptée, il finira par sauver son peuple en éclairant le Congo-Brazzaville de la vraie lumière des martyrs. Les hommes qui viennent s’emparer de lui le 22 Mars sont des militaires congolais, les cubains ne sont en aucun cas complices de ce crime. Il s’agit d’une affaire strictement Congolaise. Il s’agit d’un crime rituel, lié à certains cultes sombres qui assoient leur pouvoir sur les hommes en invoquant les forces du mal. Ces forces de la mort agissent la nuit et c’est bien dans l’effroi de la nuit du 22 mars 1977 que le Cardinal EMILE BIAYANDA connut son martyr.

Après les troubles de l’année 77, de nombreux procès eurent lieu à Brazzaville : douze hommes furent condamnés à mort notamment pour les crimes de Marien N’Gouabi, de Massemba-Debat et du Cardinal Emile Biayenda. C’est le père Michel THIRIEZ, aumônier de la prison de Brazzaville, prêtre fidei donum du diocèse de Lille, qui assista ces douze malheureux le jour de leur exécution. Il dira aux pères spiritains de Brazzaville : « ces douze hommes étaient innocents ». Après le coup d’état on peut dire qu’en effet le Congo-Brazzaville sortit de l’ère communiste, mais non pour entrer dans le camp des démocraties occidentales, mais pour entrer dans une ère totalitaire infiniment plus sombre que le communisme, fondant son pouvoir sur la division des hommes, l’effroi quotidien et la mort : un gouvernement par la terreur.

Père Jerzy Popieluszko Martyr de la Foi le 19 octobre 1984 - Entré dans la lumière du martyrologe romain en 2009 par le Pape Benoît XVI.

En Pologne, le père Jerzy Popieluszko, alors aumônier du syndicat Solidarnosc, figure emblématique de la lutte contre le communisme, est assassiné le 19 Octobre 1984. C’est au plus haut niveau de la Pologne communiste d’alors que l’ordre d’en finir avec ce prêtre a été donné. Ce sont des officiers de la police polonaise qui, avec une infinie cruauté, se chargent de le torturer jusqu’à la mort. On peut affirmer que les circonstances du martyr du père POPIELUSZKO sont identiques à celles du cardinal Emile Biayenda. En 2009, le Pape Benoit XVI approuve la béatification de Jerzy POPIELUSZKO en tant que martyr de la foi, 25 ans seulement après son martyr. En effet, la béatification d’un martyr de la foi peut avoir lieu sans qu’un miracle soit reconnu.

En septembre 1996, soit 19 ans après sa mort, Monseigneur Barthelemy Batantu, Archevêque de Brazzaville introduisait à Rome la cause en béatification et en canonisation du cardinal Emile Biayenda.

On peut se demander, nous les Congolais, pourquoi le père Popieluszko est entré dans la grande lumière du martyrologe romain alors que chaque année le souvenir du lumineux Emile Biayenda semble s’effacer de plus en plus des mémoires et entrer dans l’oubli. Pourquoi le Vatican refuse-t-il de cultiver, pour la gloire de Dieu, le salut du Congo et de l’Afrique centrale toute entière, de Brazzaville à Bangui, la mémoire de notre saint Cardinal Emile Biayenda ? Sans doute que de subtiles raisons géopolitiques en Afrique Centrale interdisent à Rome de rappeler sa mémoire. En effet, ceux qui assassinèrent le cardinal tiennent toujours les rênes du pouvoir à Brazzaville. Mais il faut le dire ici à Paris, c’est la France, fille ainée de l’église qui remit en place, en 1997, ce même pouvoir à Brazzaville. En cette messe du 11 Avril 2015, 38 ans après la mort du cardinal, puisse le Pape François entendre notre supplique : « très Saint Père, nous vous supplions de bien vouloir accepter de reconnaître le martyr de notre père, le cardinal Emile Biayenda qui sut vous obéir et suivre notre Seigneur Jésus-Christ jusqu’à la mort. Soyez bien sûr très saint père que comme l’Evangile qui partit de Paris pour éclairer Brazzaville puis Bangui, il y a plus de cent ans, cette lumière du cardinal Biayenda que vous nous aiderez à allumer à Rome saura chasser ces ténèbres qui se sont abattus depuis si longtemps sur Brazzaville jusqu’à Bangui. »


Source Congo-liberty : http://congo-liberty.com/?p=11671


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