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Nouvelle République ou correctif éthique …De quoi avons-nous besoin ?

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Réponse de Marion Michel MADZIMBA EHOUANGO à son grand frère Martin Mberi lors de la causerie-débat du « Café du Savoir ».

En réponse à la communication du Ministre Mberi qui, en fait, est un commentaire de son livre, je vais fonder mon raisonnement sur deux axes :

  • La question constitutionnelle qui est en fait un faux débat
  • Le véritable problème: La question éthique

Si j’ai bien compris le sens de cet échange, il s’agit bien d’envisager les conditions de ce que le Ministre Mberi (ou d’autres comme lui) appellent « une nouvelle République ».

Ce qui suppose, à mon sens, deux choses:

1° Qu’il y ait déjà eu des précédents, tout au moins en termes de tentatives de création de modèles républicains.

2°Qu’ensuite nous ayons eu les moyens d’en évaluer les pertinences;

Et forts de tout cela nous envisagerions d’explorer d’autres pistes au regard des lacunes enregistrées. Somme toute, il s’agirait de poser des postulats qui permettraient de corriger le passé tout en disposant de l’avenir.

S’il s’agit bien de cela ? Donc nous avons une autre série d’interrogations.

Qu’entendons-nous par République ? Est-ce simplement un agencement de structures institutionnelles, codifiées par des textes que l’on voudrait immuables sous le regard vigilent de structures chargées de leur régularité ?

Ou alors des structures et des textes, bien sûrs, mais validés par une praxis…. Auquel cas, il s’agira donc de savoir si nous ne sommes pas simplement entrain de vouloir replâtrer la façade d’une maison délabrée qui nécessite en fait des travaux plus conséquents.

Voilà la problématique telle que je la perçois.

I- Le faux débat constitutionnel que je vais tenter d’expliquer par un débat de doctrine juridique mal compris par les congolais

Je ne vais pas manquer de respect à mon estimé grand frère en me portant à faux, par rapport à ce que je viens d’entendre, parce qu’au-delà des divergences d’approches, j’y trouve malgré tout des pistes intéressantes. Cependant, pourquoi devrions-nous toujours chercher les solutions à nos difficultés politiques dans les réformes constitutionnelles ?

Si je devais argumenter comme dans un cours de philosophie politique (et là mon statut d’enseignant prime sur ma posture politique), je dirais qu’en matière constitutionnelle il existe deux familles :

Il y a une conception qui considère que les constitutions doivent servir de cadre dans lesquels sont consignés les objectif politiques et sociaux ; ainsi une fois que ces objectifs sont atteints, on doit faire « évoluer la constitution » en fonction d’autres ambitions.

Tenant compte de notre histoire politique très mouvementée, je suis tenté de croire que nous nous inscrivons dans cette logique qui, d’ailleurs a beaucoup inspiré les pays marxistes, mais qui en réalité s’inscrit dans la logique initiée par les révolutionnaires françaises de 1789 et leurs avatars sud-américains.

Il y a une autre école, plus rigoriste, celle-là, s’inscrivant dans la filiation de Kelsen qui pense que la règle de droit doit être pérenne. La constitution doit être stable, mais disposer dans son cadre, des mécanismes de sa souplesse lui permettant de s’adapter à l’évolution de la société.

L’histoire du Congo nous a inscrit, sans d’ailleurs que cela ne soit un choix délibéré, dans la première logique. Sous le mono, il fallait soit remettre la « révolution » sur les rails, soit recadrer les institutions au regard de l’étape révolutionnaire de l’alliance des classes, etc. On retrouvera tous les prétextes dans la phraséologie révolutionnaire de l’époque.

Mais entretemps, il y a eu la Conférence Nationale Souveraine de 1991, moment de ruptureEt nous avons voulu d’une constitution (à l’époque je m’amusais à le dire, une constitution qui ressemble plus à un code de procédure tant certaines dispositions étaient détaillées).

En conséquence, elle était rigide, à tel point que le coup d’Etat de 1997 n’a pas pu s’en accommoder. On a dû renouer avec l’école révolutionnaire avec un Acte fondamental, genre de « ballon d’essai » qui ne pouvait être accepté par aucun régime normal (je me suis battu come un forcené, à l’époque, pour attirer l’attention sur les dangers d’une telle concentration de pouvoir entre les mains d’un seul homme, qui plus était perçu comme un chef de guerre plutôt que le chef de la république).

Ce détail est très important… Cela m’a beaucoup marqué lors du forum de 1998! C’est surtout pour ça que je m’étais opposé à la confirmation de ce modèle d’organisation de pouvoirs lors des débats sur la constitution du 20 janvier 2002.

Cependant, devrions-nous toujours imputer la faute dans les institutions même si, en définitive, les faits nous démontrent que les institutions ne reflètent que ce qu’en font les hommes ? La constitution du 20 janvier 2002 n’est pas bonne, c’est vrai, mais elle a l’avantage sur celle du 15 mars 1992, de disposer des mécanismes très pertinents de son adaptation. De ce point de vue, elle est d’une souplesse rare. La combinaison des articles lui permet des aménagements si profonds que l’on serait même en mesure de changer la nature du régime voire même de porter atteinte à nos libertés publiques.

Si la fondation d’une nouvelle République n’est qu’une question d’aménagement constitutionnelle, je ne comprends pas que nous fassions tout ce bruit; sauf bien entendu s’il y a anguille sous roche.

Bien plus qu’une refondation institutionnelle, il s’agit plutôt d’une question de praxis de la démocratie.

Il faut comprendre que les forces politiques s'organisent généralement en fonction des enjeux. Lorsque le système politique est trop verrouillé et que forces politiques réelles ne sont représentées dans les institutions, il arrivera fatalement un moment où les institutions seront bloquées; faute de s’exprimer dans les instances habilités l’expression politique trouve à s’exprimer dans la rue.

II- La question éthique que je situe dans un contexte de transition générationnelle

Je suis convaincu qu’en posant la question de la nécessité de construction de ce qu’il appelle « une nouvelle République », le grand frère a une préscience (peut-être inconsciente) du hiatus que nous observons actuellement entre le sentiment d’autosatisfaction de ceux qui nous dirigent et les manifestation d’insatisfaction que nous observons dans le comportement majoritaires de congolais constituées de jeunes qui, pour la plupart n’ont connu que Mr. Sassou comme président de la République.

Bien plus que le débat constitutionnel, Je pense qu’il faut faire une lecture plus sérieuse de la situation de notre pays pour mesurer les troubles de comportement qui se développent simultanément dans nos grandes villes chaque fois que l’occasion s’en présente :

...En fait nous vivons sur une poudrière que seule la grosse propagande radio télévisée réussit à occulter. La fracture sociale et la désespérance des jeunes est telle que, quel que soit la décision que prendra l’actuel chef de l’Etat, concernant le terme ou la continuation de son mandat, il y aura de la casse...

S'il renonce à changer la constitution, les "petits" porteurs de « nguiris » ne respecteront plus leurs chefs et seront les premiers à les piller... par contre si Mr Sassou décide de changer la constitution pour rester au pouvoir, en désespoir de cause qui supportent les frustrations actuelles n'auront d'autres alternatives que de « casser » pour espérer un nouveau rapport de forces.

Le Président de la République devrait s'employer à désamorcer ces bombes plutôt que de suivre les singeries de son entourage qui ne comprend rien à ce qui se passe. Le problème n’est pas constitutionnel, mais éthique. Cela, même si je conviens qu’il faut réviser la constitution pour essayer de limiter les dégâts d’antivaleurs qui sous-tendent cette dichotomie de l’autosatisfaction des gouvernants, avec le sentiment de dégoût qui peut justifier le passage d’une « République » à une autre, comme si le seul changement de texte suffit pour faire naître de nouveaux comportements.

Je pense que le désastre est si grand que seul un régime d'exception sera capable de mettre en place des mécanismes de correction de cette dérive anarchique. Soyons franc !

Croyez-vous vraiment que ces jeunes ont quelque respect pour nos autorités ? Le pays est petit et tout le monde se connaît. ...

Ceux à qui on voudrait imprimer le civisme savent par quelles compromissions nous sommes passés pour avoir cette apparente « respectabilité ».

Il y a une vraie crise d'autorité, et ce n'est pas seulement une question institutionnelle. Les modèles sont tronqués !

C’est ce qu'il faut corriger. Tant que les enfants des chefs, ou leurs clones, dont on ne sait difficilement établir l'origine des fortunes serviront de modèles, il m’apparait moralement difficile d'exiger de l'excellence des autres enfants car le modèle de réussite qu'on leur présente n'est pas éthique.

Le fait, par exemple qu'une cacophonie telle que celle du bac raté se déroule au moment même où le Chef de l'Etat organise ces conciliabules montre bien que les questions abordées ne sont pas forcément celles qui résoudront la crise. Car si crise, il y 'a, elle est éthique et pas forcément institutionnelle. Par contre, les raisons évoquées pour « chambouler » les institutions posent les questions éthiques.

C'est peut-être là aussi qu'on peut trouver le lien entre ces violences spontanées que nous avons observé lors de la CAN et à l'occasion de ce Bac raté.

Les officines de la présidence de la république devraient changer les paradigmes de leur réflexion.

Quand l'ordre des facteurs est faux, les solutions ne peuvent être justes. L'idée du dialogue est certainement bonne, mais le fait de la laisser parasiter par les questions constitutionnelles qui cachent mal des intérêts personnels provoque des réactions incontrôlables qui peuvent trouver en la violence un exutoire commode.

Marion Michel MADZIMBA EHOUANGO


 

 

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