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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

Sassou-Nguesso : Partira, partira pas ?

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Le 15 août 2014, Sassou-Nguesso festoie à Sibiti. C’est l’anniversaire, dit-il, de l’indépendance du pays. Il a fait venir, du Congo-Kinshasa, Koffi Olomidé, le seul musicien digne de ses mouvements de jambes et de fesses, son Congo à lui n’en ayant plus de comparables et pour cause : guerres civiles après guerres civiles. Au cours de son discours (dit officiel), une phrase tombe de sa bouche : « Le sang et les larmes des autres, ça suffit ! ».

Les rédacteurs officiels du document sont ébahis : la mystérieuse phrase n’y était pas écrite. Qui ou qu’est-ce qui l’a donc inspirée à l’orateur ? Et à qui s’adresse-t- elle ? A lui-même ? A ses sbires incontrôlables ? A ses conseillers occultes ? Mystère jusqu’à ce jour et sans doute jusqu’au-delà de demain. On peut même penser que c’est une phrase simplement lancée dans l’euphorie de la fête et l’ivresse du moment car plus personne ne la cite.

Je suis de ceux qui ne croient pas que Sassou a lancé cette injonction du fond de son cœur et de son esprit. Une telle phrase ne peut être crédible et porteuse d’espérance que prononcée dans un moment de grand regard commun vers les tragédies vécues ensemble. Non, aucun remords intime, aucun regard isolé vers notre douloureux passé ne peut autoriser un d’entre nous à conclure seul : « Tout ça, ça suffit ».

Nous devons tous être solennellement réunis, comme en 1991 et 1992, pour prononcer une telle phrase, tirer cette conclusion. Car nous aurions tous analysé, ensemble, les causes de ce que nous rejetons et défini les moyens qui empêcheront son retour. Un seul d’entre nous ne peut pas dire : « Ça suffit ». A moins qu’il soit l’auteur de tous les cataclysmes. Je dirai enfin que c’est une phrase sans engagement dans la bouche de Sassou puisque devant 2016, il semble décidé à demeurer celui qu’il a toujours été. Verseur de sang sur son chemin par tous les moyens et sous tous les prétextes.

En tout cas, sa phrase ci-dessus n’a condamné aucun des prétextes utilisés par les uns et les autres pour verser le sang. C’est pourquoi, comme annoncé dans notre précédente communication (Afrique Education, numéro 416 du 1er au 15 juin 2015), la présente sera axée sur le culte que Sassou voue à la violence. Depuis le 18 mars 1977, il y recourt toujours. Comment peut-il la déclencher avant 2016 afin de mettre sa « constitutionnette » hors d’état de demeurer en vigueur ?

La constitutionnette de 2002 est devenue la grande épine à la gorge ou sous le pied de Sassou-Nguesso

Le Congo, un pays où Sassou règne comme sur des tombes. Sans cesse, nous revenons sur ce point comme une lamentation. Sassou rend le Congo comme un pays sans voix, comme une vallée de morts. Mais nous ne voulons pas revenir au 18 mars 1977. Nous sommes donc à la veille de 2009. Beaucoup n’ont pas remarqué ce qui s’est produit : de nombreuses disparitions : parmi ceux qui pouvaient alors être candidats face à Sassou – comme un programme d’élimination de concurrents ! Voici quelques noms :

  • André Milongo Ntsatouabantou, premier ministre de la transition (1991-1992) décédé au mois de juillet 2007 (une mort qu’il ne faut pas séparer de celle de l’ex-ministre de Lissouba : Gabriel Matsiona) ;
  • Stéphane Bongho Nouara, premier ministre de Lissouba, en 1992, décédé le 7 octobre 2007 ;
  • Ambroise Noumazalayi, secrétaire général du PCT, décédé le 17 novembre 2007 ;
  • Jean-Pierre Thystère Tchicaya, personnalité montante depuis Marien Ngouabi, décédé le 20 juin 2008 ;
  • Augustin Poignet, ancien président du Sénat sous Lissouba, décédé le 26 juin 2008 ;
  • Bernard Kolelas, dernier premier ministre de Lissouba, décédé en novembre 2009 ;
  • Mgr Kombo, ancien président de la Conférence nationale souveraine de 1991, décède le 22 octobre 2008, mort empoisonné ;
  • Justin Lekoundzou Itihi Ossetoumba, ancien secrétaire général du PCT, empoisonné en 2008 et paralysé depuis (« Ils ont voulu m’éliminer par empoisonnement », affirme-t-il) ;
  • Général Motando, mort subitement au sortir d’un repas.

Des disparitions que de nombreux congolais considèrent comme des crimes commis afin que la candidature du Kaka ngé pour un second mandat se déroule sans concurrents sérieux (Aujourd’hui, il dit qu’il n’y a pas de candidats dignes de ce nom dans le pays).

Son second mandat, il l’a naturellement eu sans sérieux candidat en face de lui. L’ensemble de ses adversaires ne réussit même pas 9% des voix sorties des urnes. C’est dire que le Kaka ngé n’avait plus en face de lui de noms qui résonnent dans le pays. Et ceci est si vrai que près de 7 ans après (veille de la fin de son 2e et dernier mandat), « il ne craint personne » (sic). Comme si ceux qui ont survécu pendant les périlleuses années que nous venons d’indiquer, ne représentent aucun danger pour lui en 2016.

Le danger pour le Kaka ngé, en 2016, c’est absolument personne. Le danger, l’obstacle, c’est un texte. C’est la constitutionnette. Plus exactement, l’article relatif au nombre de mandats présidentiels que l’on peut assumer successivement. Deux, pas plus. L’obstacle, l’ennemi de Sassou, devant 2016, c’est cet article accepté en 2002 par Sassou comme un renard, mais qui le prend à la gorge maintenant.

Son adversaire d’aujourd’hui et de demain, c’est donc sa constitutionnette et apparemment personne (du moins jusqu’ici) sur l’échiquier politique congolais. Un renard peut bien finir par être pris à son propre jeu. C’est pourquoi tout ce que Sassou fait ou tente de faire s’est dressé d’abord contre sa constitutionnette. C’est également la raison pour laquelle, dans cette communication, nous ne traiterons que des manœuvres auxquelles pourra se livrer Sassou afin d’arracher l’arête (lékoufé) qui le tient à la gorge. Des manœuvres aboutissent à la mise en suspension ou à mort de sa constitutionnette pourtant chérie en 2002.

Comment peut-il suspendre sa constitutionnette ou la jeter aux oubliettes ?

1 – D’abord, une invitation à la prudence, Sassou étant un vieux renard. Il ne faut pas être dupe devant ce que laisse paraître en ce moment Sassou-Nguesso : consultations par ci, consultations par-là, c’est-à-dire, recherche de lumière ou conseils. Tout cela est masque de ses idées fortes. Ceux qui l’ont poussé à ensanglanter hier le pays et le maintiennent fixé sur cette voie malgré le grand vent de salut qui a soufflé au-dessus de notre pays, en 1991-1992. Avec ces consultations, il se comporte comme un vérificateur des comptes d’électricité, de gaz ou d’eau. Il veut savoir si tout va au niveau de ses consultés.

2 – Ses idées fortes ne sont un secret pour personne depuis qu’il les applique, à savoir, en réalité, « mieux vaut la mort même d’un frère que la perte du pouvoir (assassinat de Marien Ngouabi en 1977), « mieux vaut la guerre civile que le dialogue (préconisé en 1997 par feu président Omar Bongo) ; « mieux vaut le pire que le raisonnable.

Mieux vaut un Congo retourné à l’âge des termitières qu’un Congo construit à l’image d’une nation moderne. Quelle option dans le cadre de cette éternelle stratégie de « mieux vaut » destructeur, peut perdre Sassou afin de mettre sa constitutionnette hors d’état de lui faire perdre le pouvoir en 2016 » ? Il a déjà discrédité cette constitutionnette en pleine ville de Washington en la traitant de texte qui a « montré ses limites ». Voilà un garant et gardien suprême du socle de la légalité dans son pays qui se départit publiquement, pire à l’étranger, de ce statut, de ce devoir.

A l’intérieur du pays, son parti (le PCT, Parti congolais du travail) demande la mise à mort de la constitutionnette sur la base d’un raisonnement totalement différent de celui du maître. Pour ce parti, la constitutionnette a permis à Sassou de bien travailler. C’est donc un excellent outil de travail. Néanmoins, mieux vaut (sic) perdre, immoler ce texte que Sassou. C’est ce qui se trouve souligné dans un commentaire de Joël Nsoni intitulé : « Quelle est la meilleure voie pour 2016 ? (in La Semaine africaine).

Voici en quels termes : « Pour... le PCT, il est difficile d’accepter la mise à l’écart de celui qui a permis au pays de retrouver les chemins de la paix et du développement. D’où la recherche de solution pour lui donner la possibilité de rempiler en 2016. L’actuelle constitution ne permet pas de soumettre au référendum la révision du principe verrouillé de la limitation des mandats présidentiels. Alors, la solution serait d’abroger, tout simplement, la constitution pour en adopter une autre (1).

Nous nous interrogeons sur cette différence de regard sur la constitutionnette entre Sassou et son parti, constatons et retenons simplement que les deux juges ou intéressés arrivent à la même conclusion, à savoir, la constitutionnette de 2002 (stérile ou pourvoyeuse de bienfaits) doit disparaître. Le parricide est donc retenu comme crime nécessaire devant 2016. Il ne reste donc qu’à rechercher les meilleurs moyens pour l’accomplir sans en porter la responsabilité, c’est-à-dire, sans être soupçonné. Ce qui signifie qu’il peut chercher les coupables ailleurs s’il le faut, fabriquer des faux responsables ?

Ce n’est pas un travail qui peut se révéler au-dessus du savoir-faire de Sassou-Nguesso.

1 - Le 18 mars 1977, il a su comment assassiner Marien Ngouabi et les jours suivants, Massamba-Débat, le Saint Cardinal Emile Biayenda, Ontsou, Mboro et des centaines de milliers d’innocents sont morts et meurent les jours suivants, c’est-à-dire, jusqu’à aujourd’hui.

2 – La question n’est donc pas de savoir comment Sassou peut s’y prendre pour suspendre sa constitutionnette mais de convaincre tout un chacun qu’en cas de troubles graves au Congo devant 2016, troubles pouvant entraîner la suspension de la constitutionnette, l’auteur en sera cet homme. Toujours renard, toujours Andzimba, toujours suspendeur de constitutionnettes ou Lois fondamentales et promulgateur de nouvelles. Des nouvelles toujours viciées dès le cerveau de leur géniteur.

En l’occurrence, comment s’y prendra-t-il pour « justifier » une suspension de sa constitutionnette ou un renvoi du scrutin de 2016 aux calendes grecques ?

1 – Nous avons déjà dit que Sassou ne se ridiculisera pas à mettre sur le dos de quelqu’un un grand complot troublant gravement l’ordre public devant 2016. Par poison et autres moyens, il a éliminé ceux qui lui faisaient de l’ombre dans le passé. La seule ombre devant 2016, c’est sa propre « loi », son propre « ordre ».

2 – Il lui suffit donc de comploter contre celui-ci – bombes par ci bombes par-là, attentats par ci, attentats par là et les arguments seront trouvés pour suspendre « jusqu’à nouvel ordre », la constitutionnette et le scrutin attendu en 2016. Et Ndenguet appellera son monde aux sagaies.

3 – Qui cherchera à savoir si l’attentat ou la bombe est l’œuvre d’un opposant ou groupe d’opposants ou du pouvoir lui-même ? L’explosion de la caserne de Mpila, le 4 mars 2012, est là pour montrer à tous que Sassou peut tout rejeter sur qui il veut, c’est-à-dire, fourvoyer une enquête dans une direction qu’il choisit, diriger même les soupçons vers des inconnus. Le juge Apesse, jugeant la douloureuse Affaire des assassinats massifs du Beach (2005) n’avait-il pas relaxé les coupables clairement désignés par les faits en déclarant : « crimes commis par des inconnus » ? Et depuis cette date, l’Etat n’a rien fait pour tenter de retrouver ces « inconnus ». La jurisprudence Apesse permettra donc facilement à Sassou de classer purement et simplement les « faits graves » qu’il pourra inventer et évoquer pour suspendre brutalement sa constitutionnette devant 2016. Ndenguet, Okemba et autres serviteurs sont là pour lui prêter main forte (couvre-feu impitoyable, terreur le jour...).

Un contexte politique qui se laisse préparer un nème coup d’état de Sassou- Nguesso

Le contexte, c’est l’état du pays au niveau de son âme, c’est-à-dire, de sa cohésion nationale. Quel triste spectacle 65 ans après l’indépendance !

1 – Depuis l’assassinat, en 1977, du président, Marien Ngouabi (originaire du Nord), celui de son prédecesseur, Massamba-Débat (originaire du Sud et présenté par Sassou comme le meurtrier) et celui du Saint Cardinal Emile Biayenda attribué par Sassou à des arriérés (fétichistes) de la famille de Marien Ngouabi, depuis ces événements, le Congo est un pays qui se divise de jour en jour. Le nombre des partis politiques qui ne cessent de se créer sur des bases tribales ou régionales le montre. C’est le règlement de chacun au fond de sa termitière. Comme si c’est là qu’il rencontrera ceux avec qui il participera à la construction du Congo de demain ; comme si le fond de la terre est le siège des idées qui ouvrent vers le futur.

2 – Cette décadence du pays sur le plan de son âme nationale a été lancée par Sassou-Nguesso dans le cadre de sa stratégie bâtie sur le « mieux vaut » sans cesse tourné vers le passé, vers la tribu et le clan. Ce qui signifie que le Congo se lèvera difficilement si demain, Sassou pose des bombes par ci et se livre à des attentats par là afin de suspendre sa constitutionnette.

On sera alors devant un Congo qui ne saura pas penser encore moins dire, affirmer : « ce qui se passe à Pointe-Noire, à Dolisie, à Brazzaville, à Djambala, à Owando, à Ouesso, à Impfondo, etc... nous concerne tous ». Chacun se repliera sur son coin avec le célèbre murmure à la bouche : « Ce n’est pas notre affaire, c’est celle des Lari, Téké, Kouni, Makoua, etc. ».

3 – Et comme Sassou le sait – puisque c’est lui qui travaille au recul du pays à tous les niveaux – il réagira par des nouvelles « Opérations Mouébara » (des opérations de « maintien d’ordre » sélectives : tribu par tribu). Pour lui, « maintien de l’ordre » c’est toujours opération contre les Bakongo, contre les Babembé, les Kouyou, etc.

4 – Le pays n’a plus cette âme qui le faisait bouger et se lever dans l’unité. Ce qui s’y est passé en 1963, 1968, 1991 et 1992, c’est-à-dire, des événements au cours desquels les Congolais se sont retrouvés sans distinction de leurs origines tribales afin de dire et faire ce qu’ils croient bon pour leur pays, est toujours empêché sous Sassou-Nguesso. Toujours le fameux « mieux vaut » qui fait reculer vers ce qu’on ne devait plus être. « Mieux vaut être Mbochi que Congolais. Mieux vaut garder le pouvoir au fond de la terre comme les termites », etc.

5 – Bien entendu, il ne faut pas oublier, dans ce contexte de dépérissement de l’âme congolaise, le fait économique, plus exactement, la politique que mène le régime de Sassou-Nguesso : affamer la population de telle sorte que la priorité par celle-ci devient : se jeter sur les miettes qui tombent de la table du Kaka ngé ou qu’il lui lance d’une main de grand seigneur ou noble généreux. Dans ce climat de faim et de jets de miettes considérés comme une générosité, une grâce, l’homme à applaudir, c’est le Kaka ngé. Oui, on oublie facilement que c’est lui qui est à l’origine de la misère et qui l’entretient. On ne prendra donc pas facilement le risque de penser qu’il peut poser des bombes par ci et par là, commettre des attentats au centre des villes ou dans des aéroports.

Dans un tel contexte, la constitutionnette pourra être sacrifiée sans peine, personne n’étant capable d’inviter personne à s’interroger ensemble sur l’origine du feu qui brûle la ville, qui fait exploser des casernes, qui entraîne la suspension des lois et libertés fondamentales.

6 – Quant à la suite, c’est-à-dire, à l’après-sacrifice de sa constitutionnette, le Kaka ngé sera à nouveau applaudi comme homme qui sait rétablir la paix et le développement ; et bien entendu, qui sait sortir le peuple des constitutonnettes qui ont montré leur limite. Dans le document précité (« Quelle est la meilleure voie pour 2016), on peut lire ceci : « Aujourd’hui, les gens ne se rendent pas compte... mais c’est une chance que nous avons de vivre dans la paix. Il y a un homme au centre de ça, c’est le président Sassou. Si nous devons garder, continuer cette paix, le président Sassou fait partie de la solution. Dès lors, c’est clair, permettre à l’actuel président de continuer à jouer un rôle au sommet de l’Etat ». D’où la campagne de consultations déjà lancée par lui-même tous azimuts (3).

Bref, le climat est tout préparé dans le pays, pour que Sassou puisse se permettre toutes les manœuvres même les plus violentes, afin d’être maintenu au sommet de l’Etat comme incomparable bâtisseur de la paix et porteur du développement au Congo.

7 – Cette façon de regarder les hommes et les institutions illustrée par le document mentionné ci-dessus date du temps du monopartisme. « Kaka Sassou, Kaka Sassou remonte au 5 février 1979. Ceci a été lancé afin que Yhombi Opango, successeur de Marien Ngouabi, soit destitué et jeté en prison pour un crime imaginé par le père des complots : Sassou. Yhombi est resté 12 ans derrière les barreaux sans inculpation, ni jugement. Un vieux cri qui permet à tout un chacun de comprendre qu’une fois le complot mené par Sassou contre sa constitutionnette réussi, la suite ne sera pas différente de ce que cet homme a fait au cours de ses deux septennats (entre 2002 et 2016), c’est-à-dire, l’écrasement de la démocratie ».

8 – Non, on ne doit confondre individu et institutions. Celles-ci ne doivent en aucun cas, être subordonnées aux mérites de ceux-là. Un grand serviteur du pays ne doit pas se voir décerner un statut de personnages au-dessus des lois. Pas de « hors-la-loi positifs », c’est-à-dire, d’individus hors du commun. L’égalité ne doit pas être déniée au nom du mérite, quelle que soit la dimension de celui-ci. Un mérite se reconnaît et s’honore. Mais il ne doit pas entraîner des dérogations fondamentales à la loi. A moins que l’on pense que les Lois fondamentales le sont seulement au gré des circonstances.

En réalité, Sassou prépare un climat de guerre civile au Congo

1 – Le document cité ci-dessus poursuit : « Les leaders de l’opposition sont sûrs que la population congolaise se mettra dans la rue, au cas où le pouvoir tente un passage en force ou une quelconque manœuvre politique destinée à modifier l’ordre constitutionnel, de nature à permettre à l’actuel chef de l’Etat de se présenter, pour un nouveau mandat. Ils pensent aussi que la communauté internationale condamne tout passage en force et que cela suffit pour dissuader toute velléité du genre. Mais lorsqu’on demande aux Congolais qui souhaiteraient-ils comme futur président parmi les leaders de l’opposition, le pourcentage des réponses ne semble favorable à aucun de ces leaders. Donc, il n’y a et il ne peut y avoir que l’indécrottable Kaka Nguesso.

2 – L’explication du « constat » ci-dessus, est simple : le Kaka ngé Sassou a tout nettoyé sur son passage depuis 1997, en particulier, entre 2007 et 2009. Et depuis, il humilie les survivants en en faisant des mendiants (phénomène de « nguirisation », des « vaut rien », d’« incapables en tout » (4).

3 – Dans la partie finale du document, l’auteur parle de Congolais déroutés après la Conférence nationale souveraine de 1991, l’élection démocratique de Lissouba comme président de la République en 1992, c’est-à-dire, successeur de Sassou démocratiquement écarté pour ne pas dire largement battu. Il déclare que ce fut tout de suite de la déception : « Les Congolais se (mirent) à douter, un an après... : milices armées liées à des partis politiques, avec leurs lots d’insécurité et d’assassinats. Le pays fut balkanisé, guerre civile en 1993, nouvelle guerre civile en 1997... (C’est) ce chaos que l’on (redoute en 2016). Au niveau de l’opposition actuelle), il y a peu de chance de trouver un acteur à même de garantir la paix comme l’a fait l’actuel président... » (5).

4 – Pour l’auteur du document, les Congolais ne veulent pas garder la constitutionnette de 2002 par peur de l’inconnu : ils ne veulent pas revivre, Sassou écarté, ce qu’ils ont vécu avant la victoire de celui-ci le 15 octobre 1997.

Un raisonnement qui ferme les yeux et l’esprit sur le rôle joué par Sassou au cours du mandat de Lissouba ponctué de crises incessantes et de guerres civiles. Si Sassou, allié de Lissouba, n’avait pas abandonné ce dernier un mois à peine après leur victoire commune du 30 août 1992, Lissouba ne se serait pas retrouvé dès le mois d’octobre suivant sans majorité à l’Assemblée nationale, n’aurait connu la vie de galère qu’il a eue jusqu’à la fin de son mandat, toujours à rechercher du consensus à l’Assemblée nationale à défaut d’y disposer d’une majorité.

5 – Toute la situation de désarroi décrite par Mr Nsoni résulte des agissements de Sassou : d’abord en tant qu’allié de Lissouba, puis, allié de Kolelas, puis, ennemi des deux, et, finalement, sacrificateur de la belle constitution du 15 mars 1992 à sa victoire criminelle du 15 octobre 1997 (6).

Monsieur Joël Nsoni a rappelé à la fin de son texte quelque chose qui doit faire réfléchir Sassou. C’est l’attitude de retenue dont a fait preuve la Conférence nationale souveraine de 1991 en face de la constitution monopartiste alors en vigueur dans le pays : « Personne n’a le droit de changer une constitution sinon le peuple souverain comme en 1991, lors de la Conférence nationale souveraine ». Oui, lors de ce grand moment de raison, les conférenciers avaient compris que Sassou et sa constitution étaient déjà « morts » que l’essentiel des débats ne devait plus les concerner. La cause les concernant était déjà entendue ? Il ne fallait plus s’en encombrer inutilement. Si les conférenciers avaient brutalement jeté Sassou et sa constitution aux orties, en 1991, Sassou s’empresserait de dire aujourd’hui devant sa constitutionnette : J’imite l’exemple de la Conférence de 1991 ».

6 – Puissent ceux qui se battent afin que 2016 soit une belle aurore au-dessus de notre pays ne pas se laisser aveugler ou terroriser par toutes les manœuvres que peut imaginer le Kaka ngé dans le sans contraire. Il peut troubler plus gravement qu’hier. Que devant 2016, Sassou ne réussisse pas ce qu’il est parvenu à réaliser sous le mandat du président Lissouba : diviser, émietter les Congolais, les replonger à l’âge des « termitières ». Le souhait ci-dessus implique que nous soyons convaincus que l’homme qui a fait assassiner le Saint Cardinal Emile Biayenda en 1977 et qui s’inclina, voire, prie aujourd’hui devant sa tombe, voie son destin autrement qu’hier ; qu’il ne doit pas s’aventurer vers 2017 (quarante ans après) toujours couvert du sang des autres en son cœur ; toujours renard dans son esprit.

Le même souhait implique que nous soyons capables de ne pas tomber dans ses éternels pièges. Hier, c’est-à-dire, au lendemain de la belle Conférence de 1991, il a réussi à plonger la plupart des partis politiques dans la division tribale, dans les instincts du temps des sagaies. Nous ne sommes pas seuls à surveiller le renard devant 2016. Montrons à ceux qui nous aident que nous sommes avertis de toutes les manœuvres de jour et de nuit qu’il peut combiner et déployer au-dessus de notre pays.

Me Aloyse Moudileno Massengo, Ancien premier ministre et ancien ministre de la Justice du Congo

Source Afrique-Education, Numéro 417 du 16 au 30 juin 2015

***

(1) Une autre, une nouvelle complètement maintenue dans les nimbes. Personne ne laisse entendre comment elle serait différente de la constitutionnette actuelle.

(2) Sassou consulte les personnalités sur l’état général de la nation, de la République, etc... Ne lui demandez pas ce qui le pousse à cette démarche. Secret d’Etat ou énigme. C’est comme son « Travaillons d’abord » de décembre 2014. Travailler sans travail défini, arrêté. C’est une manière d’étourdir, de tromper le peuple, de l’égarer. Pendant ce temps, lui gagne.

(3) Consultations tous azimuts : des chefs coutumiers aux anciens marxistes-léninistes et chefs de guerre tribale.

(4) Les « Incapables en tout » ce sont les vaincus du 15 octobre 1997. Sassou n’a jamais jugé nécessaire de faire asseoir le pays sur tout ce qui l’a mis sans dessus dessous après 1997. Pour lui, sa victoire a suffi. Résultat : c’est en tant que vainqueur qu’il a promulgué la Loi fondamentale et constitutionnelle, puis, foule maintenant au pied cette dernière.

(5) L’auteur parle beaucoup de paix apportée par Sassou au Congo. Il oublie de rappeler, a fortiori, de souligner comment ce prétendu pacificateur est arrivé au pouvoir, le 15 octobre 1977, et s’y maintient depuis cette date : mercenaires, Beach, Opérations Mouébara, Mbosisation de l’appareil de l’Etat. C’est la paix des vainqueurs. La victoire se poursuit par l’écrasement des vaincus. C’est la stratégie du « parachèvement », dirait l’autre.

(6) Pourquoi personne, parmi ceux qui trouvent de nombreux et grands mérites à Sassou, vainqueur de Lissouba, ne s’interroge sur la façon dont il a supprimé la grande constitution du 15 mars 1992 ? Et pourtant, c’est l’un des grands crimes qu’il a commis en 1997 après le choix de la guerre civile comme solution à un problème d’ordre juridique ou constitutionnel et la restauration du Kakanguessonisme (Sassou-Nguesso seul maître) dans le pays. Pourquoi tant de bruit sur la constitutionnette et très peu de pensée pour la vraie constitution de 92 ?

Prochain article : Sassou-Nguesso peut-il organiser un référendum crédible ?


 

Commentaires  

 
0 #4 infidelite 28-08-2016 19:58
Nous voyons bien qu'on a à faire a des professionnels du sujet,
félicitation pour ce post
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0 #3 Danilo 16-11-2015 12:52
Je suis arrivé par simple hasard en tapant sur bing sur votre post, les articles sont
très bien écris, je vais le mettre en favori
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0 #2 Chapeau de paille 09-11-2015 01:14
Comme d’habitude, le post est parfait. Bravo
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0 #1 Chapeau pour femme 12-10-2015 02:09
Quoi dire de plus ? Vous avez tout résumé
sur cette page. Vraiment enrichissant
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