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Congo-Brazzaville : Parfait Kolelas «opposé à un référendum anticonstitutionnel»

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«...Même le Christ – le fils de Dieu – n’a pas fini toute l’œuvre. Ce sont ses apôtres qui sont venus achever cette œuvre. Le Congo n’a pas commencé aujourd’hui, il y a eu plusieurs présidents qui sont passés. Donc, il faut permettre aux nouvelles générations d’insuffler un nouveau dynamisme. C’est cela que nous voulons : l’alternance politique. »

Au Congo-Brazzaville, l'opposition se mobilise depuis dix jours pour empêcher ce qu'elle appelle un « coup d'Etat constitutionnel », à savoir un changement de Constitution qui permettrait au président Sassou-Nguesso de solliciter un troisième mandat à l'élection de juillet 2016.

Et même au sein du gouvernement, des voix s'élèvent contre ce projet.

Guy-Brice Parfait Kolelas est ministre de la Fonction publique. Depuis le décès de son père, Bernard Kolelas, en 2009, il dirige aussi le parti MCDDI. En ligne de Brazzaville, le ministre frondeur répond aux questions de RFI.

RFI : pourquoi êtes-vous opposé à un référendum en faveur d’une nouvelle Constitution au Congo-Brazzaville ?

Guy Brice Parfait Kolelas : Je ne suis pas opposé à un référendum pour l’évolution des institutions au Congo-Brazzaville. Je suis opposé à un référendum qui est anticonstitutionnel. Si la question est : oui ou non pour le changement de la Constitution, la Constitution actuelle n’a pas prévu cela.

En fait, vous ne voulez pas d’un référendum qui permette à Denis Sassou-Nguesso de solliciter l’année prochaine un troisième mandat ?

Tout à fait. Pour la simple raison que la Constitution dit que tout peut se réviser, sauf le caractère laïc et républicain de l’Etat et le nombre de mandats présidentiels. Vous savez que le nombre de mandats présidentiels est un acquis de la Conférence nationale souveraine qui s’était organisée au Congo en 1991.

Vous voulez défendre l’esprit de cette Conférence nationale de 1991 à laquelle avait participé votre père Bernard Kolelas ?

Oui, nous défendons l’esprit de cette conférence. Et la Constitution actuelle congolaise s’adosse sur la Conférence nationale. Sinon, ce serait un royaume avec un nombre de mandats ad vitam æternam. Ce n’est pas sérieux.

Et un an après cette Conférence nationale de 1991 Denis Sassou-Nguesso avait quitté le pouvoir.

Oui, il avait quitté le pouvoir. Il a remontré sa grandeur d’homme d’Etat qu’il est et qu’il demeure. Et jusqu’à présent, la preuve : il ne s’est pas encore exprimé. Nous débattons, mais il ne s’est pas encore prononcé.

Le mois dernier à Sibiti, ses partisans lors d’un dialogue national ont réclamé dans leur grande majorité ce référendum justement pour un troisième mandat l’année prochaine.

Oui, c’est vrai, ils l’ont réclamé. Il n’a pas participé à ce dialogue. Parce que quelques mois avant nous avons vu des partis d’un jour qui se sont créés et qui ont participé au dialogue. Vous savez, il y a des méthodes communistes qu’on utilise pour créer le surnombre dans la salle, de façon à créer une majorité artificielle pour le oui.

Lors de ce dialogue de Sibiti les partisans de Denis Sassou-Nguesso ont expliqué qu’il devait encore pouvoir se présenter l’année prochaine pour achever les travaux nécessaires au redressement du Congo.

Moi, je suis un chrétien. Et même le Christ – le fils de Dieu – n’a pas fini toute l’œuvre. Ce sont ses apôtres qui sont venus achever cette œuvre. Le Congo n’a pas commencé aujourd’hui, il y a eu plusieurs présidents qui sont passés. Donc, il faut permettre aux nouvelles générations d’insuffler un nouveau dynamisme. C’est cela que nous voulons : l’alternance politique.

Et c’est pour cela que vous serez candidat l’année prochaine pour le parti MCDDI ?

Le Congrès du MCDDI a décidé que ce soit le candidat du MCDDI à la prochaine élection présidentielle. Je serai ce candidat-là. Mais pour le moment, nous n’en sommes pas là. Nous sommes au débat sur la Constitution, changement ou pas ? C’est en fait un faux débat, cette Constitution nous a amenés à la paix au Congo, cette Constitution nous a amené la tranquillité. Il n’y a pas de crise des institutions au Congo. Pourquoi veut-on amener une crise là où il n’y en a pas ? C’est chercher du désordre, créer le désordre dans le pays, alors que le pays est en paix.

La semaine dernière, vous avez participé à un dialogue alternatif pour empêcher ce que vous appelez un coup d’Etat constitutionnel. Concrètement, comment comptez-vous l’empêcher ?

C’est tout simplement en criant haut et fort notre mécontentement, en utilisant les instruments reconnus par la loi. Mais il y a des rumeurs qui courent au Congo, que nous avons des armes, que Parfait a des armes, Kolelas a des armes, Kolelas a des mercenaires. Je n’ai aucune arme, je n’ai pas de mercenaire. C’est un débat d’idées, pour le moment le dialogue continue, il faut négocier.

Mais si le pouvoir veut passer en force est-ce que vous envisagez des manifestations et une journée ville morte ?

Quand tout cela se présentera à nous, nous verrons ce qu’il y a lieu de faire, mais conforme aux lois de la République, nous sommes des personnes non violentes.

Vous êtes ministre de la Fonction publique. Combien de temps allez-vous pouvoir rester dans ce gouvernement ?

Le MCDDI a accompagné le président Denis Sassou-Nguesso dans le cadre de son programme de société. Nous y sommes encore jusqu’à ce que le président de la République décide de nous remercier. Quand le président décidera de se séparer de nous, nous partirons.

Mais si demain on vous annonce un référendum pour changer de Constitution est-ce que vous resterez dans ce gouvernement ?

Si demain on nous amène un référendum sur le changement de la Constitution, je pense que j’en tirerai des conséquences.

A ce moment-là, vous partirez ?

J’en tirerai des conséquences. Je suis moi-même, je suis resté moi-même.

Est-ce que le dialogue est encore possible ? Est-ce que vous avez rencontré récemment le président Sassou Nguesso ?

Je suis son ministre. A tout moment, il peut m’appeler pour parler des dossiers de la République et entre autres ces dossiers. Donc rien n’est fermé. C’est lui le patron.

Donc vous espérez encore une issue négociée sans changement de République ?

Oui. Nous espérons encore parce que c’est un grand homme d’Etat. Il gère des conflits : le conflit de la Centrafrique, le conflit en Côte d’Ivoire. Donc, il sait comment régler les conflits.

Oui, mais si tous ses partisans lui demandent de changer la Constitution, il va être très tentant pour lui de suivre cette pente, non ?

Vous savez, en 1991 il y a beaucoup de jeunes qui lui avaient dit de s’accrocher au pouvoir, mais il avait pris de la hauteur et il s’était retiré.

Et si jamais il s’entête ?

Je suis inquiet parce que je suis celui qui écoute ce qui se passe dans la rue. Je suis inquiet pour mon pays. Je suis très inquiet.

Par Christophe Boisbouvier

RFI


 

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