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Changement ou non de Constitution au Congo-Brazzaville : la France joue-t-elle un double jeu ?

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La position de l’Elysée vis-à-vis du Palais du peuple, sur le changement ou non de la Constitution du 20 janvier 2002, n’est pas encore réellement claire dans l’opinion nationale congolaise.

D’une part, François Hollande recommande à Denis Sassou-N’guesso, qui veut changer la Constitution, de le faire à l’issue d’un consensus de toute la classe politique. En ce sens qu’il pourra procéder, en toute quiétude, au changement du texte fondamental une fois le consensus obtenu et la paix durable garantie. D’autre part, le même Hollande demande souterrainement, selon certaines indiscrétions, aux forces de l’Opposition congolaise de tout mettre en œuvre pour boycotter le consensus, d’autant que c’est de façon à peine voilée que certains thuriféraires qui entourent le chef d’Etat français, distillent des messages de résistance à l’Opposition congolaise contre un troisième mandat de Denis Sassou-N’guesso.

« Hollande était tout sourire lorsqu’il a demandé à son ambassadeur en poste à Brazzaville, Jean Pierre Vidon, de prendre en compte les conclusions du dialogue alternatif organisé par l’opposition congolaise », argumente une source diplomatique. Les choses sont donc on ne peut plus claires que la République française tire, de façon très maligne, les ficelles dans cette affaire de changement ou non de la Constitution, laquelle affaire pourrait aller jusqu’à engendrer une guerre civile si l’on y prend garde. Pour résumer, elle sème la discorde entre les acteurs politiques congolais et entretient en même temps un flou artistique dans sa diplomatie. Conséquence : chacune de son côté, l’Opposition comme la majorité présidentielle, est persuadée, à tort ou raison, du soutien de la France. Surtout, en ce qui concerne la majorité, après la dernière réception de Denis Sassou-N’guesso à l’Elysée.

Les trois points qui dictent la politique actuelle de la France vis-à-vis du Congo

Bien qu’elle milite officiellement pour la préservation et la consolidation des Institutions au Congo-Brazzaville (comme partout ailleurs), pour ce qui est de la Constitution du 20 janvier 2002, la France est parfaitement consciente des points ci-après : Primo, le peuple congolais est capable de se révolter, d’éjecter le président Sassou de son fauteuil ou de le pousser à l’exil, en cas de passage en force, comme nous l’avons vu, au Burkina Faso, avec Blaise Compaoré.

Deuzio, le peuple congolais peut échouer dans son entreprise comme au Burundi où la population s’est retrouvée en face d’un Pierre Nkurunziza déterminé à se maintenir au pouvoir. C’est-à-dire, le Congo peut se retrouver dans une situation où le président Sassou arrêterait l’élan d’un soulèvement populaire et demeurerait aux affaires.

Tertio, la France sait qu’elle ne peut, de façon directe, influer sur l’histoire actuelle du Congo si sa population elle-même n’est pas capable de faire bouger les choses sur le terrain. Il parait que c’est au regard de ces trois hypothèses que Paris a reconsidéré sa politique vis-à-vis de Brazzaville.

A y regarder de près, comme à son habitude, la France a fait le choix de gagner sur tous les tableaux. A ce propos, quand les dignitaires français se retrouvent en face du président Sassou au Palais du peuple, ils soutiennent hypocritement le changement de la Constitution. Parallèlement, quand ils sont en face des opposants congolais, ils prêchent le strict respect de l’Ordre constitutionnel.

A en croire les fins observateurs de la politique françafricaine, Paris ne veut pas se mettre complètement à dos Brazzaville, au risque de sacrifier tous ses intérêts déjà menacés en République du Congo, surtout si le moment venu le peuple congolais ne se montre pas à la hauteur de la situation, comme ce fut le cas au Burkina-Faso. En fait, la France est en train d’agir comme à l’époque où elle finançait des adversaires politiques lors d’une élection présidentielle, sans trop savoir qui remportera la victoire. Le but d’une telle démarche est de s’octroyer toutes les chances de se positionner.

A-t-on déjà oublié qu’en 1992, la France (à travers sa filiale pétrolière Elf) avait simultanément financé la campagne présidentielle de Pascal Lissouba, Bernard Kolelas, Sassou-N’guesso et André Milongo ? Comment comprendre que tantôt elle présente le président Sassou comme un dictateur, tantôt elle reconnaît publiquement ses efforts dans la lutte pour le maintien de la paix en Centrafrique et dans la sous-région ? Comment peut-on alternativement bouder et dénigrer le président congolais sur les ondes radio et lui envoyer ses ministres et autres personnalités, des milieux d’affaires français proches de l’Elysée, pour lui faire la cours au Palais du peuple ?

A quelques mois d’un éventuel passage en force, la position de la France ne devrait souffrir d’aucune ambigüité

L’attitude de la France à l’endroit du Congo est désormais très préoccupante. D’autant plus préoccupante qu’elle n’est pas loin du comportement adopté par les sorciers qui, en plein jour, prennent certaines décisions en conclave, et en prennent d’autres à la nuit tombée, après leur envol dans le monde mystérieux de Patrick Nguema Ndong ou de Harry Potter, avec très souvent pour victimes, les personnes qui n’ont jamais été initiées à la sorcellerie. Dans le cas du changement ou non de la Constitution, projet qui occasionnera assurément des troubles sociaux au Congo-Brazzaville, la victime ou le dindon de la farce risque fort bien d’être le peuple.

Ceci étant dit, la France se doit de fixer l’opinion nationale congolaise en clarifiant sa position. A-t-elle choisi la rupture définitive avec Sassou ou soutient-elle sa continuité à la tête de l’Etat congolais ? A quelques mois d’un éventuel passage en force, la position de la France doit être claire comme de l’eau de roche, donc sans aucune ambigüité.

Pas question de souffler le chaud et le froid ou de se dissimuler derrière le manteau versatile de la diplomatie. Logiquement, la France devrait pleinement s’investir dans la situation politique actuelle du Congo-Brazzaville afin d’épargner au peuple congolais les incertitudes qui le guettent, qui le hantent et le tourmentent à mesure qu’en approche de la date butoir, à savoir le 14 Août 2016, jour de la fin du mandat en cours. Jouer double jeu, le médecin après la mort ou le pompier après le feu, c’est faire preuve d’une grande et impardonnable lâcheté.

Enfin, si sauver le Congo signifie pour certains maintenir la Constitution du 20 janvier 2002 en l’état et pour d’autres l’évincer au profit d’une autre Constitution, force est de croire que dans les deux cas, le salut ne viendra que du peuple congolais lui-même, et non de la France. Ne nous bornons donc pas d’illusions. Car la France - on le sait – ne sert que ses propres intérêts.

Guy Milex M’BONDZI


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