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Construire des hôpitaux généraux dans tous les départements du Congo la fausse bonne idée ?

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Au Congo, comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, l’accès aux soins est un des sujets de préoccupation majeure pour les populations.

 

Les gens souffrent de maladies et d’infections qui diminuent le niveau de vie et freinent le développement. Selon des chiffres du site statistiques-mondiales.com, en 2012 le Congo Brazzaville a consacré 100 dollars/habitant  en dépenses de santé, soit seulement 2 % de son Produit Intérieur Brut. Là où les pays occidentaux sont en moyenne à 10% du PIB. Il y a 1 médecin pour 5000 habitant et 1 lit pour 500 patients avec des fortes disparités entre les zones urbaines et les zones rurales. Le système de santé est caractérisé par un manque de personnel médical et paramédical et par un coût des médicaments inaccessible pour la majorité. Les rares équipements et infrastructures sanitaires sont dans un état lamentable par manque d’entretien et d’investissement. Enfin, les structures de santé spécialisées ne sont pas capables de prendre en charge de nombreuses pathologies, ce qui oblige l’État à continuer à procéder à des évacuations sanitaires très onéreuses.

La construction de 14 hôpitaux généraux au Congo

Dans le cadre de sa politique de l’aménagement du territoire, le gouvernement congolais construit 14 hôpitaux généraux sur toute l’étendue de la République dont 1 dans chacun des 12 départements du pays. Le Chef de l’État, désormais candidat à sa propre succession, à animer des cérémonies liées à la construction du nouvel hôpital des armées  de Brazzaville et de l’hôpital général de Kinkala, chef lieu du département du Pool.

L’idée de construire 14 hôpitaux généraux dans notre pays est inédite et mérite d’être saluée. Qui peut être contre le fait de fournir aux zones rurales les infrastructures de base qui font cruellement défaut à l’hinterland ? Que l’État, dans la poursuite des programmes des municipalisations accélérées expression de la politique de l’aménagement du territoire, pense doter chaque chef lieu de département d’un équipement moderne de santé est une idée qu’il faut saluer.  Mais, en y regardant de plus près, il y a un certain nombre de questions à laquelle il faut préalablement répondre si nous voulons que ce projet atteigne ses objectifs.

Apporter une réponse globale

La construction des infrastructure de santé n’est qu’un des composantes de la solution, il y a quatre paramètres parmi tant d’autres à prendre en compte si on veut apporter une réponse globale à l’accès au soin sur l’ensemble du territoire :

2011, consacrée année de la santé, devait voir l’apparition d’un statut particulier du personnel de santé et la mise en place d’une couverture de santé universelle pour les congolais. Ces deux dossiers  n’ont, à notre connaissance, toujours pas abouti. Or, il devrait désormais, dans la perspective de la mise en service des hôpitaux, être une priorité. C’est bien d’avoir des équipements flambants neufs, mais comment imaginer les faire fonctionner et les entretenir sans un modèle économique fiable? Il faut donc répondre très rapidement à la question du financement des soins dans notre pays surtout dans un contexte de baisses des revenus de  l’État;

La formation du personnel: le Congo ne dispose que d’un seul centre de formation de médecin et quelques centres de formation publique de personnel de santé. Pour faire fasse à la forte demande de personnel que va engendrer la mise en service des hôpitaux généraux en cours de construction, le gouvernement a dû envoyer en urgence plus de 2000 jeunes se former à Cuba, quand on connait la durée de formation et de perfectionnement d’un médecin, ce n’est pas demain que ces jeunes seront opérationnels. Le gouvernement compte donc sur la coopération internationale avec notamment Cuba et la Chine et fait de l’appel du pied aux médecins congolais exerçant à l’étranger. Allons-nous, nous retrouver avec des hôpitaux généraux sans médecin?

Le cout des médicaments autres composantes du problème demeurent sans réponse: au Congo, malgré des prix du médicament réglementé, les coûts sont encore très élevés pour le congolais lambda et les hôpitaux ne disposent pas de stocks pour satisfaire aux besoins des malades qui sont obligés de recourir aux pharmacies privées. Or, une étude réalisée par par la Direction des Pharmacies, des Laboratoires et du Médicament montre que l’employé non qualifié du secteur public payé au salaire minimum (SMIG) devrait dépenser dans une pharmacie privés les salaires de 1,8 jours de travail pour acheter l’équivalent générique en comprimés de glibenclamide pour un mois de traitement d’un adulte diabétique. Ce ne sont pas les hôpitaux qui soignent, ni les médecins d’ailleurs, ce sont les médicaments qui soignent. Ces hôpitaux seront-ils suffisamment et de manière pérenne dotés de médicaments ? Qui est comment vont être gérés ces stocks? Qu’est ce qui garanti que ce sont les populations qui vont réellement en bénéficier?

Quid de l’organisation du système de santé du pays: les hôpitaux généraux ne sont que l’échelon le plus élevé du système de santé sanitaire d’un territoire, avec les centres de santé intégrés, les cliniques privés et autres dispensaires. On ne se rend dans un hôpital général que lorsque les autres niveaux du système ne sont pas capables de vous prendre en charge. Lorsque vous avez une grippe, un palu ou une autre pathologie qui peut-être soignées ou un accouchement qui peut être réalisé par un médecin généraliste et dans un dispensaire, vous n’avez pas besoin d’aller encombrer les urgences du grand centre hospitalier du département. Construire des hôpitaux généraux dans chaque chef-lieu de département sans pour autant mailler se département de centres de santé de proximité n’a aucun sens. Sans compter que beaucoup de nos localités sont enclavées et que le déplacement vers les chef-lieux ne sont pas toujours évident. Quand on sait qu’il faut plusieurs jours de pirogue motorisée pour se rendre de Mossaka à Oyo, il va de soit que la construction d’un hôpital général à Oyo ne changera pas grand chose pour les habitants de Mossaka à cause des difficultés de déplacement et même-si l’État met en place des navettes pour des malades, elles n’auront de sens que pour les cas les plus graves.

Rationaliser les structures de santé pour mieux les entretenir

Dans les pays occidentaux qui ont des moyens sans commune mesure aux nôtres et dépensent bien plus d’argent dans leur système de santé, l’heure est à la rationalisation. Ces dernières années des hôpitaux, des maternités et autres centres de santé ont été fermés et les moyens regroupés. Ils travaillent sur des techniques et des procédés qui permettent de réaliser des interventions de santé à distance pour réaliser des économies.

Il ne s’agit pas, bien entendu, de comparer ce qui n’est pas comparable. Mais l’entretien des unités de santé a un coup. Les hôpitaux généraux existants ont toujours souffert de la non prise en compte de ce paramètre. Le gouvernement ne nous a pas encore dit qui et comment vont être assuré la gestion et l’entretien de ses 14 centres hospitaliers ultramodernes. Ce qui est sûr c’est que si on ne change pas le modèle qui aujourd’hui est dépassé, ces hôpitaux vont très vite se transformer en éléphants blancs qui vont très vite perdre de leur éclat.

Il semble que les autorités congolaises sont encore sur des schémas du vingtième siècle, alors que nous sommes à l’ère d’Internet et du numérique et qu’avec des investissements plus intelligents on aurait pu répondre plus efficacement aux problématiques de santé des populations rurales sans dépenser les sommes pharaoniques que nous sommes entrain de dépenser sans garantie de résultats.

par

Source : http://www.urbanisec1.com/281-2/


Commentaires  

 
0 #1 patriote kongolais 01-03-2016 14:53
Médias français: comment repenser les enjeux de l'information destinée à l’Afrique francophone?https://www.youtube.com/watch?v=uDzLZqmmx38
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