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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

SOMBRE NUAGE SUR BRAZZAVILLE

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Dans le fracas et la sidération provoqués par les attentats de Bruxelles, l’annonce est presque passée inaperçue: au Congo-Brazzaville, petit pays tropical de l’Afrique centrale, le pouvoir en place a proclamé, dans la nuit de mercredi, la victoire électorale de l’inamovible président Denis Sassou Nguesso.

C’est loin, le Congo-Brazzaville. Il n’y a pas là-bas de danger jihadiste qui mérite a priori qu’on s’y intéresse avec la passion du moment. C’est pourtant tout près de nous. Une ancienne colonie française, dont la capitale fut celle la France libre en 1940. Un pays dont nous sommes toujours le premier partenaire commercial. Et c’est une entreprise française, Total, qui extrait 60 % du brut de ce petit émirat pétrolier, où 70 % de la population vit avec moins d’un euro par jour.

Le régime en place n’est évidemment pas étranger à cette aberration, alors que l’homme fort du pays est poursuivi à Paris pour «biens mal acquis» et voit sa colossale fortune personnelle épluchée par des juges français. Dans ce contexte, sa réélection lors du scrutin de dimanche, anticipé avec plusieurs mois d’avance juste après une modification de la Constitution lui permettant de se représenter, à 72 ans, pour un troisième mandat, devrait retenir notre attention.

Comme tout ce qui se passe en Afrique francophone, où la France peut encore peser. Même si l’absence de stratégie, les compromissions répétées et une certaine dose d’arrogance lui ont fait perdre une part d’influence, comme le souligne le journaliste Antoine Glaser dans un ouvrage récent (1).

La France, en réalité, s’est récemment souvenue de l’Afrique car ce continent s’est remis à faire rêver. En raison de ses formidables potentialités économiques vantées par «l’afro-optimisme», néologisme qui ne vaut que par son contraire : l’afropessimisme. Mais pour promouvoir l’Afrique, encore faudrait-il que les prédateurs qui ont cannibalisé ces fabuleuses ressources soient écartés.

Or, les derniers scrutins qui se sont déroulés sur le continent depuis un an, du Burundi au Congo-Brazzaville - et en attendant le Tchad en avril, où de sombres nuages s’amoncellent déjà -, gâchent la carte postale, avec une inquiétante régression démocratique.

Au Congo-Brazzaville donc, le scrutin s’est déroulé à huis clos. La veille du vote, les autorités ont coupé toutes les communications, dans une tentative de contrer l’opposition qui avait annoncé son intention de communiquer en temps réel, via SMS, les procès-verbaux des bureaux de vote.

Après trois jours de black-out total, et alors que le principal leader de l’opposition, Jean-Marie Michel Mokoko, a fait l’objet d’un harcèlement judiciaire durant toute la campagne, les résultats officiels sont tombés proclamant la victoire, dès le premier tour, de Sassou Nguesso avec 60 % des voix. Un score aussitôt dénoncé par l’opposition, lors d’une conférence de presse organisée mercredi à Brazzaville. A la sortie, trois journalistes français, l’envoyé spécial du Monde et deux collègues de l’AFP ont été agressés violemment par des hommes en civil qui leur ont confisqué leur matériel.

La veille, le Quai d’Orsay avait déjà manifesté sa «préoccupation», à l’unisson des Etats-Unis ou de l’UE. Et après ? Va-t-on se contenter d’appeler «au calme» si l’opposition refuse ce qu’elle considère comme un «hold-up électoral» ? Comme ce fut le cas au Burundi, entraîné depuis un an dans une spirale mortifère de violences après l’entêtement d’un homme à se maintenir au pouvoir ? Face à la détermination de certains régimes, les incantations sont de peu d’utilité. Paris n’a pas remis en cause sa coopération militaire avec le régime de Brazzaville, qui n’a pas hésité à tirer à balles réelles sur les manifestants en octobre.

Dans cette Afrique francophone en ébullition, d’un pays à l’autre, ce sont pourtant les mêmes périls qui guettent : une jeunesse frustrée du blocage politique et sociétal n’aura d’autre solution que l’immigration clandestine ou la radicalisation et le rejet d’un Occident trop complaisant. Si prévenir vaut mieux que guérir, les urgences de l’heure ne doivent pas faire négliger les graines empoisonnées qu’on laisse semer impunément dans ce Sud si proche, qui saura un jour prochain nous demander des comptes.

(1) «Arrogant comme un Français en Afrique», Antoine Glaser, Fayard 2016.

Lire aussi «Good Morning Africa» en pages 24-25.

Maria Malagardis

LU POUR VOUS SUR "LIBÉRATION" DU 24 MARS 2016


 

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