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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

Préface sur « Nguila Moungounga. Mon combat politique »

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« Paroles, paroles, paroles », ainsi serait-on tenté de dire, spontanément, à la lecture de l’intitulé de cet ouvrage. Objectivement, et a priori, difficilement on le nierait, au regard de la vie politique en général, et de l’expérience politique au Congo-Brazzaville en particulier.

Les raisons de la désillusion et de l’incrédulité croissantes des gouvernés face à leurs dirigeants, partout, surtout quand il s’agit de leurs discours, ne manquent pas en effet : l’inconséquence, l’incompétence, l’isolement et divers abus sont, globalement et à titre indicatif, à l’origine de cette situation.

Au Congo, historiquement, le seul et libre grand rendez-vous postcolonial, la conférence nationale dite « souveraine » du printemps 1991, fête de la parole élitiste principalement, en a énuméré les raisons dans le préambule de sa première Constitution d’inspiration démocratique, librement et massivement adoptée en mars 1992: « le totalitarisme, la confusion des pouvoirs, le népotisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme, les inégalités sociales et les violations des libertés fondamentales…l’intolérance et la violence politique », et surtout « le coup d’Etat [qui]s’est inscrit dans l’histoire politique du Congo comme seul moyen d’accéder au pouvoir » en constituent les causes essentielles. Pour illustrer, et à titre indicatif, l’actuel ‘homme fort’ du pays, acteur sans égal, puisque sur plus de cinquante ans d’indépendance du pays il gouverne depuis vingt six ans, jurera et signera, dans sa déclaration de candidature à la première et unique élection présidentielle démocratique du pays, en 1992, comme ‘priorité’,  de « renforcer la démocratie et défendre les droits de l’homme et les libertés fondamentales par le respect scrupuleux de la Constitution ». Quelques cinq années plus tard, sans état d’âme, il carbonisera celle-ci, et avec elle, tout l’arsenal des institutions démocratiques et des dizaines de milliers de vies humaines pour la reconquête armée d’un pouvoir démocratiquement perdu.

Comment, dès lors, ne pas comprendre la déchéance et le discrédit de l’homme politique, de son discours, au Congo-Brazzaville !

Plus précisément, et en l’occurrence, l’ouvrage concerne une personnalité qui, pendant les cinq ans de la première et réelle expérience démocratique au Congo, a été un très proche du président élu et renversé, ministre pendant toute la période, et chef d’un département ministériel régalien, les finances et l’économie, pendant quatre ans. Les controverses peu banales, à tort ou à raison politiciennes, ainsi que l’instabilité et les violences frénétiques -- a posteriori largement mais pas exclusivement justifiées comme relevant de manœuvres diaboliques -- qui ont jalonné largement le régime, et donc discrédité le politique déduira-t-on, rejaillissent inévitablement sur celui qui aura été un des acteurs majeurs dudit régime, Nguila Moungounga-Nkombo.

Pourtant, et a posteriori, outre le fait que les mêmes motifs de rejet peuvent au contraire en justifier l’intérêt, et par conséquent inciter à la lecture pour comprendre, cet ouvrage, sous la forme d’un livre-entretiens, est, de façon particulière, une mine d’informations à plusieurs égards.

D’abord, et avant tout, parce que l’homme est tout sauf un « bleu » en politique. S’il entre, apparemment, en lumière en 1992, il était déjà, notamment, au rendez-vous de 1969 à la création de l’ancien parti unique d’orientation marxiste, le PCT, et a même concouru à la déchéance du régime antérieur, selon ses affirmations. Il est donc une ‘pièce’ peu ordinaire de l’histoire politique congolaise postcoloniale et, de ce fait, cet ouvrage concourt à l’éclairage de celle-ci. Ensuite, l’entretien est mené par un auteur qui a déjà démontré, au moins pour les causes et suites de la débâcle démocratique congolaise dès 1997, sa large connaissance du dossier politico-financier congolais, puisqu’il compte à son actif deux publications retentissantes (« La démocratie congolaise ‘brûlée’ au pétrole, 2000 » et « Pétrole et violences au Congo-Brazzaville, 2006 »).

Deux motifs peu banals qui, on en conviendra, suscitent intérêt et persuadent à la lecture de l’ouvrage dont les thèmes, au fil des pages, plongent dans les méandres de la vie politique médiate et immédiate du Congo.

Ainsi, les questions relatives à son cursus politique, de son engagement politique qui commence en 1965 à l’Association des Étudiants Congolais (A.E.C.) et à la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire de France (F.E.A.N.F.) où il fut président, alors qu’il est jeune étudiant à l’Ecole de commerce de Bordeaux, jusqu’à son long exil en France à partir de 1998, en passant par l’opposition au régime de Massamba Débat, la participation à la création du PCT, le rejet de celui-ci, les multiples accusations sans préjudice d’emprisonnements, la longue traversée du désert, la lutte pour l’avènement de la démocratie, la consécration comme ministre en 1992, l’épreuve du pouvoir, la séquence de la chute, les initiatives pour le retour de la démocratie…, ces questions-réponses, si elles peuvent apparaitre sous certains angles comme la signature d’un autoportrait et l’énoncé du profil d’un opposant pugnace, constituent surtout une description, une contribution au décryptage des méthodes de fonctionnement d’une dictature où divers harcèlements, manipulations multiformes et tentatives d’assassinat tiennent une bonne place. On y lit entre autres que « j’étais haut-fonctionnaire mais j’ai toujours fait la politique mais dans l’opposition. Dans le contexte de l’époque, c’était difficile de faire la politique autrement que clandestinement. J’ai donc fait de la clandestinité pendant plusieurs années sous Ngouabi comme sous Sassou ». Ou encore, « j’ai été régulièrement dans les prisons politiques. Notamment quand le président Ngouabi est mort en 1977, je suis resté plus longtemps en prison, parce que ceux qui étaient à la base de son assassinat ont voulu éliminer toute l’opposition ». Les lecteurs, à ce sujet, sont plutôt bien servis mais, bien plus, dans un contexte et sur un sujet où les écrits ne sont pas toujours foisonnants, l’analyste politique y trouvera l’esquisse d’un bréviaire des profils et comportements politiques au Congo, ou un complément et une correction (sur de nombreux points) non négligeables au Dictionnaire général du Congo-Brazzaville, (P. Moukoko, 2000). Par la longévité de son engagement politique (plus de quarante ans), et donc la multiplicité de ses liens, il brosse, à sa façon, un profil de nombreux de ses collègues. On peut ainsi, à cet égard et à titre d’exemples, y lire à propos de Lissouba, « une amitié…originale » et « un charisme particulier » ; sur Kolélas, « un homme droit…qui pendant très longtemps s’est battu dans l’opposition » mais qui s’est « associé » par opportunisme à l’instabilité ; Sassou, « un autocrate » dont « la base politique… c’est le canon », et un « grand problème pour le pays ». Très peu de Congolais le contrediront ou s’étonneront sur ces portraits.

Sur les débuts de la démocratie, la naissance et la percée de l’UPADS (parti du professeur Pascal Lissouba) jusqu’à son accession au pouvoir, l’homme ne décrit pas seulement son rôle et son action au gouvernement. Par ses explications sur différents sujets comme les obstacles à l’exercice démocratique, les fameux « accords UPADS-PCT », l’acronyme NIBOLEK et « la bande des quatre », sur la très controversée directrice de cabinet du président renversé, Claudine Munari, aujourd’hui ministre dans le régime usurpateur, mais aussi longuement sur la retentissante affaire Oxy-Petroleum et sur l’armée dont on connait la dérive par la suite, par le rôle des milices, il croise le fer notamment aux « Déboires de l’apprentissage », (C. Baniafouna, 2000) et autres thèses. Ainsi, sans surprise, pour un groupe qui n’a eu ni d’antériorité, ni de futur, comme la « bande des quatre », il répond assez longuement, mais pour résumer, que c’est « une création artificielle de M. Sassou…une formule malheureuse pour indexer les babéembés…, manipuler les gens », en arguant par exemple que « quand nous avons quitté le pays en 1997, nous étions en total désaccord, puisque M. Mbéri, sans sourciller, a rejoint le pouvoir de M. Sassou sans état d’âme…». On y lira également que « le fameux accord politique que n’arrête pas de brandir M. Sassou et ses amis…n’a jamais existé… ». Il est vrai que jusqu’ici, rien n’a jamais été formellement fourni par la partie en face pour convaincre de l’existence dudit accord. Et d’expliquer : « Au lendemain …du premier tour des élections présidentielles de 1992, M. Sassou, éliminé au premier tour, a reçu M. Kolélas accompagné de Mgr Ernest Kombo. M. Sassou voulait s’accorder avec M. Kolélas…, le bureau politique du PCT rejette la proposition … et dit, peut-être l’UPADS on peut. A ce moment-là, M. Sassou a demandé… d’être reçu par M. Lissouba. …j’avais l’avantage d’être là, c’était pour dire : est-ce qu’on ne peut pas faire quelque chose ensemble, parce que j’ai reçu M. Kolélas mais je trouve qu’avec vous c’est mieux… Je n’accepterai pas que M. Kolélas dirige ce pays. Mais de quel droit, il est là, demandez-le lui !». Dans l’hypothèse de la véracité de ces propos, et donc de la perfidie et du stratagème politique sous-jacents, La Fontaine et Machiavel y trouvent-là une répercussion et une illustration particulières. Postérieurement, et plus d’une fois, ces pratiques seront poussées et confirmées à l’extrême, basculant dans la barbarie à partir de l’été 1997 et les années suivantes, comme ne le démentent pas, de façon unanime, les rapports des organisations humanitaires habituelles de 1999 à 2001.

La métaphysique, ou « La politique au pays des merveilles », (G. Burdeau, 1979) en quelque sorte, dont on se doutait qu’elle hante toujours les pratiques politiques en Afrique, n’est évidemment pas absente ici. On peut ainsi lire, sur le général Sassou, qu’ « il a consulté tous les féticheurs de la région de la Cuvette pour savoir s’il pouvait faire le coup d’Etat et le réussir. Il lui avait été dit qu’il peut le faire mais il y aura tellement de sang. Il a dit : j’assume ». Renversant, quel que soit l’angle où l’on analyse ces propos ! Les téléspectateurs de Télé Congo, sous les événements de l’été 1997 au Congo, n’y trouveront cependant que confirmation, puisqu’alors, séquentiellement, fut diffusée une vidéo des images du général, entouré de ses courtisans, en pleine gymnastique mystique : une forme de marche impressionnante sur la braise.

Une large partie des entretiens porte sur les réponses aux critiques à son endroit, et qui, pour la plupart, rejoignent les éternelles ‘passions’ congolaises : le tribalisme, le pillage des ressources du pays, le renouvellement de l’élite, la françafrique, l’armée, etc. Le ministre ‘régalien’ rétorque ainsi, aux partisans de la lecture ethnique du pouvoir, que « pas une ethnie, pas une région n’a une majorité de manière à pouvoir gagner à elle toute seule les élections ». D’où, naturellement, la nécessaire collaboration et ouverture des partis. Indiscutable, cette assertion n’a toutefois sa place que dans le contexte d’une conception démocratique du pouvoir. L’histoire de la vie politique au Congo, dans laquelle jusque-là la démocratie n’aura constitué qu’une brève parenthèse, démontre au contraire que la dictature, dans le contexte africain, est d’ailleurs souvent intimement liée au tribalisme qu’elle attise et autres maux plus haut cités ; elle (dictature) nargue la rationalité et le bon sens dans l’exercice du pouvoir, se bornant à user de la démocratie du verbe, aujourd’hui comme sous le monopartisme congolais où l’on s’accordait à parler du ‘socialisme du verbe’. L’on sait, et c’est un truisme de le rappeler, qu’au Congo mono-marxisant, on clignotait toujours à gauche mais qu’on virait quasi-systématiquement à droite, les relations économiques extérieures du pays tout comme les relations personnelles des principaux dirigeants, et particulièrement de ‘l’homme des masses’ (Sassou), demeurant, de tout temps, privilégiées avec l’ancienne puissance coloniale et ses autorités successives.

La françafrique, à laquelle on pense spontanément, et qui est longuement abordée, est ainsi résumée : « si les intérêts français ne sont pas appréciés de manière logique, nous sommes tous perdants, les Français comme nous. Je crois que ce que fait la justice française est une très bonne chose…lorsqu’elle essaye de conduire leurs hommes politiques d’arrêter de se faire trop manipuler par des intérêts privés, qui ne sont pas forcément des intérêts des Français ». Très pertinente réflexion, en théorie tout au moins car, en la matière, l’écrasante majorité des dirigeants africains, mais aussi ceux successifs de l’Hexagone, se sont souvent illustrés par un double discours et un comportement ambigu. L’éminent historien et économiste français, Jacques Marseille, disparu au printemps 2010, dont on discuterait difficilement les compétences et l’intégrité à ce sujet, au-delà de son côté ‘polémiste’ et de sa reconversion résolument libérale, et donc de la rationalité économique qui s’y attache, a longtemps souligné et écrit que la France a été et reste historiquement peu gagnante dans la coopération avec l’Afrique ( cf. essentiellement, « Empire colonial et capitalisme français : histoire d’un divorce », 2005); alors que, dans le sens inverse, une abondante doctrine tout comme le commun des Africains soulignent que l’Afrique a toujours été plutôt perdante. L’évidence des fruits économiques de la relation n’étant plus à démontrer, cependant, objectivement il ya bien une catégorie qui en profite plus particulièrement, à côté de l’Etat français bien entendu: ce sont bien les milieux financiers et les classes dirigeantes des deux côtés, démontrant ainsi l’immense hypocrisie des dirigeants françafricains, que le retentissant procès Elf tout comme le fameux et interminable feuilleton des ‘biens mal acquis’ illustrent assez bien. Le ministre achève ainsi, sur cette question, en martelant que « si nous ne comprenons pas que nous-mêmes devons prendre conscience que notre existence est le fait de notre propre volonté, à nous organiser, à faire en sorte que nous nous donnons les moyens d’exister, nous n’existerons nulle part. Personne ne fera pour nous ce que nous devons faire pour nous-mêmes ». Enoncée après une décennie d’exil en France faite possiblement de désillusion voire de déception, cette conclusion a tout l’air d’une terrible prise de conscience, d’une conviction murie pour une génération politique qui, de façon générale mais à de différences de degré, a toujours construit la stratégie d’accession et de gestion du pouvoir sur le ménagement des intérêts de l’ancienne métropole.

La confirmation, peu surprenante, à propos de l’armée, que « le système militaire et policier était fait de telle manière qu’il était totalement partisan… .La plupart des dirigeants des corps d’armée étaient des gens qui relevaient du PCT…, la preuve est que quand M. Sassou est arrivé pour son coup d’Etat de 1997, pratiquement les 2/3 de l’armée sont partis le rejoindre », cette situation impose, pour l’avenir, et de façon impérative, une réflexion et un débat évacués par les tenants de l’armée lors de la Conférence nationale en 1991. Au regard de cet état, de son enracinement aujourd’hui, de ses lourdes et multiples conséquences, humaines notamment, avec de dizaines de milliers de morts, on ne peut ne pas penser au Costa Rica, modèle emblématique dans le monde des vingt-huit « Etats sans kaki » (cf. en cela l’édifiant article d’Hélène Bannier, in Libération du 1er décembre 2008), inauguré le 1er décembre 1948 par Don Pepe à la suite d’un coup d’Etat militaire et d’une guerre civile, et dont les conséquences positives incontestables aujourd’hui en font le pays le plus stable, le plus démocratique et épanoui de l’Amérique centrale. De telle sorte que, consultés en 1985 sur le retour de l’armée, les Costa ricains ont répondu négativement à 90°/°. Bien entendu, la réflexion autour de ce modèle qui n’écarte nullement la sécurité publique, ou d’autres aménagements, se fera sous réserve d’adaptations locales et de garanties sous-régionales ou continentales.

Satisfecit du FMI dans la dernière année du mandat du régime, rationalisation et bond puissant des recettes douanières et fiscales, remise de l’ordre dans le fichier de la fonction publique, négociation et obtention du fameux ‘contrat de partage de production’ avec les pétroliers dont la conséquence a été l’effectivité du paiement régulier des salaires des agents de l’Etat notamment dans les deux dernières années du mandat, alors que l’Etat était « sinistré» et en cessation de paiement au lendemain de la conférence nationale et même des élections présidentielles, gestion d’une dette volontairement et irrationnellement contractée par le régime précédent pour hypothéquer le pays pendant dix ans, telles sont, entre autres, les victoires avancées par l’ancien ministre de l’Economie, des Finances et du plan, qui, toutefois, signe deux aveux d’échec importants : « on n’a pas pu régler le problème du chômage… » en raison des difficultés du début du mandat, de nombreux obstacles politiques , mais, surtout, « la plus grande faute qu’on a pu commettre est de n’avoir pas pu être en mesure d’assurer la sécurité des populations qui nous ont fait majoritairement confiance, en barrant fermement la route aux aventuriers putschistes en nous donnant les moyens de construire un système démocratique efficace, stable et durable ».

Les observateurs avertis de la vie politique congolaise ne trouveront certes pas toutes les réponses aux problèmes qui se sont posés sous le premier et dernier régime démocratique au Congo, comme par exemple sur la question des milices (cf. entre autres, les études, controversées parce que sur plusieurs points excessives et contradictoires, de R. Bazenguissa-Ganga, in Les études du CERI, n°13, FNSP , 1996 et in Afrique Contemporaine, n°186, 1998, pp.46-57), et, non sans liens, sur le recours à « la résistance à l’insurrection » par les pouvoirs publics (ordre public), selon l’expression de Jean Petot (RDP, 1958.53-80), contrepoids légal, dans l’hypothèse, et c’était le cas, d’une désobéissance agressive, et donc illégale (cf. notre étude : « La désobéissance civile, super-garantie de la démocratie ? » in Le Temps (journal Congolais), n° 053, du 2 octobre 1996 ; plus général, et dans le même sens, F. Bankounda, Le droit de résistance à l’oppression, droit fondamental dans les Etats d’Afrique noire francophone ?, in Le juge de l’Administration et les droits fondamentaux dans l’espace francophone, XXVème Congrès IDEF du Caire, décembre 1997, Bruylant, 1999). Yitzhak Koula, l’interviewer, exprime d’ailleurs explicitement le regret de n’avoir pu mener tout le programme d’entretiens à bout, surtout sur le projet politique du ministre disparu qui n’est que sommairement ébauché, pour des raisons évidentes.

Nguila Moungounga-Nkombo s’est éteint le 14 avril 2010, après une relative longue hospitalisation (quatre à cinq mois), et pas dans un des grands et réputés hôpitaux ou une clinique huppée d’Ile-de-France, comme on l’imaginerait, en raison de multiples rumeurs et accusations constamment entretenues sur des « milliards de fcfa » qu’il aurait emportés au moment de la chute du régime. Ces circonstances, additionnées à d’autres dont son lieu de résidence brillamment ordinaire, aux antipodes d’une seule des multiples acquisitions immobilières relevant des fameux ‘biens mal acquis’ du clan au pouvoir suffisamment médiatisés pour qu’on en doute, ne manqueront pas de semer l’incertitude et le trouble auprès de tout observateur objectif sur ces accusations qu’il réfute longuement dans ces entretiens. On rappellera, entre autres, le fait qu’il n’a cessé, outre de décrire les conditions pour le moins intempestives de fuite en octobre 1997 en raison de la chute du régime, de réclamer formellement un audit international sur leur gestion au gouvernement que, bien entendu, le régime en place lui-même et ses soutiens gangrénés dans le pillage agressif et décomplexé des ressources du pays, selon des publications sérieuses (cf. à titre indicatif, « Le patrimoine des chefs d’Etats africains en France », Le Monde, 31 janvier 2008 ; La Tribune, 3 et 4 décembre 2008 ; L’Express, n°3006, du 12 au 18 février 2009 ; Xavier Harel, Afrique. Pillage à huis clos, Fayard, 2006…), n’a, jusqu’ici, jamais accepté. Petit à petit cependant les écrits sur le Congo, y compris par les anciens proches de l’auteur de « Mon combat politique », se multiplient et, les Congolais, comme d’habitude, par des lectures complémentaires ou d’autres sources, leurs sensibilités et leurs intérêts, se feront leur opinion. En tout état de cause, avec ou sans l’aboutissement de l’instruction actuellement en cours en France notamment, une justice sereine au Congo, dans un contexte démocratique, à l’issue inévitable de la dictature, devra néanmoins impérativement trancher et fixer les Congolais sur les différentes et graves présomptions de crimes économiques et autres.

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« Mon combat politique » c’est -- pour ceux des Congolais, nombreux, patriotes et démocrates, quels que soient leurs choix politiques et leur sensibilité -- un plongeon très instructif dans l’histoire politique postcoloniale du Congo. C’est, dans le contexte d’aujourd’hui du doute sur la qualité des hommes, leurs valeurs et leurs convictions, une leçon sur l’art de vivre l’opposition, sur la différence, l’endurance et la pugnacité en politique ou, en résumé, c’est l’opposant à l’épreuve. Mieux que quiconque, lui-même le déclare ici en ces termes : « le système PCT m’a toujours présenté à l’opinion comme un entêté parce que je n’ai jamais voulu répondre à la soupe… Comment peut-on donner aux Congolais la possibilité de choisir et surtout de bien choisir si tout le monde baigne dans les mêmes eaux, fréquente les mêmes officines ? » . Cela s’appelle tout simplement ‘assumer en politique’, c’est-à-dire, la conviction et l’honneur, qualités rarissimes au Congo-Brazzaville. Ses pourfendeurs lui trouveront forcément des reproches et défauts, et il en avait naturellement, comme l’égo et, de façon modérée, le manichéisme politique, activés certainement par le court séjour mono partisan, même si, selon certains analystes, l’égo est immanent au leadership politique. Difficilement, cependant, honnêtement, on lui déniera la droiture et la constance, l’intransigeance sur l’exigence démocratique au Congo-Brazzaville, au regard de l’attitude de l’écrasante majorité de ses collègues de la classe politique, ou même de l’élite civile et intellectuelle majoritairement plongée et accrochée dans le ‘vagabondage’ et la vénalité (cf. notre réflexion en ligne : F. BANKOUNDA-MPELE, « Biens mal acquis…participent du pouvoir mal acquis », 21 novembre 2010), puisqu’en définitive, sur quarante ans de vie politique, il se sera, très activement, opposé plus de trente ans avec une contrepartie lourde, et aura gouverné cinq ans. Tout cela fait de lui, après 1997 surtout, un monument de l’opposition politique véritable au Congo, et à ce jour, un leader chevronné, indéfectible et incontesté pour la restauration démocratique au Congo-Brazzaville. Sa mort, au regard de celle d’autres leaders Congolais sur la place de Paris, a suscité une effervescence particulière, une impressionnante mobilisation des Congolais de toutes origines et aussi de non-congolais ; elle a crée un véritable buzz sur les réseaux sociaux congolais, avec des hommages poignants. C’est dire que, globalement et au fond, son message et son attitude ont été compris et reconnus de façon posthume, immédiatement après sa disparition. Ce n’est pas nouveau, dans l’histoire et la société politique ou civile.

Lorsqu’à propos de l’éviction du président de la deuxième République congolaise (1963 à 1968), il fait l’aveu insolite selon lequel « Nous avons crée des conditions qui ont motivé le départ du président Massambat Débat qui avait suspendu unilatéralement la Constitution du Congo pour la remplacer par une charte, et nous l’avons perçu comme un début de dictature… C’est ce qui a permis l’arrivée d’un autre régime, que nous regrettons peut-être maintenant », il n’exprime pas seulement une parole de circonstance pour accabler le régime de fait de l’heure au Congo, ancien régime ressuscité, validé en cela non seulement par la personnalité du maître du régime -- putschiste récidiviste avéré et sans complexe -- mais aussi par son auto proclamation, l’octroi constitutionnel et l’institutionnalisation du solipsisme électoral. Cet aveu c’est aussi l’introspection et le regard rétrospectif et fin de l’homme politique d’expérience, dans le discernement de l’essentiel et de l’accessoire en politique, l’impératif de la hiérarchisation des problèmes, surtout dans le contexte de la recherche, de la jeunesse et de la fragilité démocratiques, discernement et hiérarchisation sans lesquels, souvent, hélas, selon la formule consacrée, et trivialement, l’on jette le bébé avec l’eau du bain. Ainsi, plus clairement, il ajoute en ce sens que « les populations et surtout la jeunesse n’a pas su faire le devoir de mémoire » sur les méfaits du PCT et que, pour cela, «elles sont aujourd’hui piégées… » ! Ce reproche est également opposable au pouvoir gagnant en 1992, lui-même. En effet, la relecture des comportements politiques, officiels et élitistes ou pas, et de nombreux écrits congolais, pendant la période de l’exercice démocratique, à plusieurs égards excessifs, maladroits ou tout simplement fallacieux, ne le démentent pas. Cet aveu, et ce reproche, expriment une autre leçon magistrale de « Mon combat politique », à l’endroit des patriotes et des combattants pour la démocratie au Congo, dans les futurs rendez-vous… pour ne pas, continuellement, manquer le coche.

Par Félix BANKOUNDA-MPELE

Juriste, Diplômé de science politique

Membre de l’Association Française de Droit Constitutionnel

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