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Paludisme: gratuité des soins en question

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A ce jour, le paludisme demeure un enjeu de santé publique, un défi de sécurité environnementale, un obstacle à la cohésion sociale, ainsi que, cela va de soi, une problématique de développement durable et équitable (1,2). Ne serait-ce que pour toutes ces raisons, cruciales en elles-mêmes, la maladie mérite largement que l’on s’en préoccupe en s’y attardant, quitte à faire couler beaucoup de salive et d’encre…

Feux croisés sur une question brûlante d’actualité… En apparence provocateur, si ce n’est choquant, le titre de l’article – Paludisme: gratuité des soins en question – n’a cependant rien, alors rien, de fortuit ni de gratuit. D’où cette mise au point inaugurale, ainsi libellée: les lignes qui vont suivre n’ont pas pour but, et loin s’en faut, de… choquer. Pas plus qu’il ne s’agit ici de porter atteinte à la fibre humaniste et humanitaire – ou tout simplement humaine – qui vibre en chacun de nous…

Indépendamment des jugements de valeur et des opinions personnelles, le propos à mettre en relief est de restituer les faits, rien que les faits, dans ce qu’il y a de plus objectif. Passera donc au crible de cet article, la gratuité des soins contre le paludisme, question qui, chauffée à blanc par une certaine fébrilité médiatique, témoigne, le moins que l’on puisse en dire, d’une… brûlante, alors très brûlante, actualité: Objectifs de Développement du Millénaire obligent (2,3)…

Gratuité des soins contre le paludisme: initiative contre-productive… Aussi surprenant et même paradoxal que cela puisse apparaître, du moins au premier abord, il s’avère, après analyses et réflexions, que la notion même de gratuité ne doit jamais, alors jamais, être perçue comme étant – excusez du peu – gratuite. En conséquence de quoi, cette notion quelque peu ambiguë n’en finit pas d’inspirer doute et scepticisme au médecin que je suis. Sous ce rapport, trois raisons principales justifient mon attitude.

Premièrement, la notion de gratuité correspond davantage à un concept et/ou une idée qu’à un fait et/ou une réalité. Pour s’en persuader, rien de plus simple: il suffit de se placer dans une continuité historique qui transcende les frontières géographiques et les clivages idéologiques. Alors, et seulement alors, on peut réaliser, désabusé et parfois comme désemparé, - excusez encore du peu - qu’il y a toujours quelqu’un qui… paie: directement ou indirectement, d’une manière ou d’une autre, qu’on le veuille ou non…

Ce « quelqu’un », Chers Lecteurs, ce sont les Etats concernés, sorte de « portrait-robot » susceptible à tout moment de prendre corps et forme sous les traits du contribuable – y compris le contribuable d’un pays « donateur », notamment quand le financement est assuré par une « aide au développement » (3) qui, loin d’être gratuite, est remboursable, retour à la case départ, par le contribuable d’un pays « récipiendaire ».

Deuxièmement, la notion de gratuité a ceci de dangereux qu’elle expose, à terme, au risque, potentiellement désastreux, de « déresponsabiliser » le citoyen, libre et responsable, que chaque citoyen est censé être. Se profile alors le risque, non négligeable, de bercer, ou de berner, certains contribuables de l’illusion, plutôt facile, qu’il n’y a pas beaucoup d’efforts à fournir ni d’importantes ressources à investir…

Troisièmement, et ici réside probablement le point crucial de l’article, la notion de gratuité expose à un autre risque, majeur celui-là… Lequel? Celui d’occulter, en déplaçant et/ou en déformant les problèmes, les véritables enjeux et défis inhérents à la prise en charge du paludisme.

Brièvement et concrètement, les enjeux et défis à épingler, sans toutefois s’y réduire, gravitent pour l’essentiel autour de l’hygiène et de l’assainissement, c’est-à-dire autour de la sécurité et de la responsabilité environnementales(4).

Paludisme: appel au sursaut et exhortation perpétuelle… De tout ce qui précède, j’ai bien peur que la gratuité des soins contre le paludisme, initiative a priori séduisante, ne soit guère que, pêle-mêle, un cache-misère, un cercle vicieux, une impasse… Quand bien même elle tire son principe et sa justification d’une idée certes généreuse, elle n’en reste pas moins douteuse et coûteuse, voire… désastreuse, en termes de finalités. Autrement dit, cette idée relève en quelque sorte de la « présomption fatale » (5), dès lors qu’elle ne peut pas s’inscrire dans une perspective globale ni prendre appui sur une approche multidimensionnelle (6). D’où cette interrogation de taille: Décréter la gratuité des soins contre le paludisme, n’est-ce pas en fin de compte accepter, et comme s’y résigner, implicitement et inconsciemment, que les gens deviennent malades, en se faisant piquer par des moustiques dans les bas-fonds insalubres de Brazzaville ou de Kinshasa?

Simple tout en se gardant d’être simpliste et simplificatrice, la logique en soutien à cette interrogation-clé est d’une évidence désarmante, édifiante et plutôt terrifiante. D’une simplicité qui ne cède en rien à la facilité, cette implacable logique est ainsi résumée: Les gens doivent au préalable « tomber » malades avant d’accéder aux soins… Pourtant, de nos jours, les armes dont nous disposons pour rompre le cercle vicieux, et s’y affranchir, sont connues. Ces armes ont pour noms: hygiène, assainissement et prévention. Mieux, ces armes sont financièrement et humainement moins coûteuses que les soins. Mieux encore, ces « armes » se paient même le luxe d’être moins coûteuses que la « subtilement dangereuse » gratuité des soins. A partir du moment où, nœud du problème, la « pseudo-gratuité » des soins reste lourdement coûteuse en vies humaines, à défaut de l’être en dollars. Soit dit en passant: en dépit des soins, fussent-ils les plus efficaces qui puissent exister, il y a toujours une « mortalité résiduelle » imputable à des formes de paludisme qui, pour être grav(issim)es, n’en sont pas moins… évitables. Pour peu que l’on s’en donne la peine…

Prise en charge du paludisme: incitation au soupçon d’autre chose et invitation à l’esprit critique… Inutile, en somme, d’en dire davantage à ce sujet, et pour cause: les faits sont à ce point éloquents qu’ils sont de nature à « bien »… parler. Du moins à « parler », pour ainsi dire, d’eux-mêmes. A défaut de conclure cet article, exercice pour le moins aléatoire, si ce n’est périlleux, parce que (7)…

Docteur Michel ODIKA (Congo-Brazzaville)

Notes et références

1. Malaria Observatories: Opportunity for Development (Michel ODIKA, World Bank, Washington, 2010).

2. Malaria Observatories: Focus on the Millenium Development Goals (Michel ODIKA, World Bank, Washington, 2011).

3. Malaria Funding Requirements (Michel ODIKA, World Bank, Washington, 2010).

4. Paludisme et assainissement: recours à la socio-économétrie (Michel ODIKA, Tribune de Genève, 2010).

5. Référence empruntée aux économistes Friedrich von HAYEK et Milton FRIEDMAN.

6. Observatoire du Paludisme: enjeux et perspectives (Michel ODIKA, Projet de société, 2010).

7. La bêtise consiste à conclure (Gustave FLAUBERT).


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