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Paludisme: enjeu géopolitique et géostratégique

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Au premier abord, le titre de l’article peut sembler un rien provocateur et tapageur. Ceci dit et constaté: à force de paraître inopportun et excessif dans sa formulation, ce titre donne comme l’impression de céder à des clichés médiatiques puisant leur substance nourricière au plus profond d’un conformisme astreint à des automatismes convenus…

En réalité, loin de tout tapage médiatique, le bien-fondé des lignes qui vont suivre tire son principe et sa justification de quelque chose qui, prenant appui sur des faits probants, n’a rien à voir avec une quelconque provocation, ni avec je ne sais quel conformisme ou automatisme, à grand renfort de je ne sais quel snobisme ou sensationnalisme, si ce n’est (excusez-moi de paraître répétitif) de je ne sais quel misérabilisme… Pourquoi donc?

Première mise au point, nécessaire: à peine discernable d’un réquisitoire dressé à l’encontre d’une certaine histoire (plutôt) habile à marquer notre « fébrile actualité palustre » de son empreinte indélébile, le plus souvent de manière (plutôt) subtile, l’intitulé de l’article, Paludisme: enjeu géopolitique et géostratégique, n’a rien de gratuit, et encore moins de… fortuit.

Deuxième mise au point, salutaire: pour être à peine discernable d’un réquisitoire dressé à l’encontre d’une certaine histoire, cet article, en tant que « forum citoyen » et « espace de dialogue », n’en reste pas moins, tout simplement, une… TRIBUNE. Autrement dit, détail valant son pesant d’or, cet article n’a pas la vocation ni l’ambition de s’ériger en « tribune politique », et encore moins en… « tribunal historique ». Seule comptera, ici, la restitution des faits dans leur objectivité historique, indépendamment de tout jugement de valeur, ou opinion personnelle, à caractère politique et/ou idéologique…

Ultime mise au point: si juge il doit y avoir, seuls les faits, rien que les faits, assumeront cette délicate fonction, notes et références à l’appui, sous l’éclairage d’un questionnement pertinent et d’un état des lieux – inutile de le préciser – qui s’impose, maintenant plus que jamais…

Gros plan sur des coïncidences d’où se dégagent et s’imbriquent des convergences… Ainsi se présente le paludisme en cette année 2011: en plaçant la réflexion critique dans une continuité historique, mais aussi en soumettant, pour ainsi dire, nos analyses à une mise en perspective, force est de constater que des faits, pour le moins troublants, et quelque peu intrigants, émergent des profondeurs d’une réalité dont la logique, implacable, s’inscrit résolument dans une dynamique qui relève autant de la constance que de la cohérence, dans ce qu’il y a de plus édifiant, si ce n’est, parfois, de… terrifiant.

Feux croisés sur des faits troublants et intrigants… Au croisement des enjeux de santé et de société, le paludisme n’en finit pas de susciter des interrogations qui, passées au crible d’un inventaire sans concessions, apportent un éclairage, souvent insoupçonné, sur des rapports de force, tels qu’ils se dessinent, voici déjà plusieurs siècles, à une échelle globale et mondiale, le tout sur fond de violence historique. De ce point de vue, quatre faits, si ce n’est davantage, méritent que l’on s’y attarde, histoire d’en tirer des enseignements utiles pour ce futur qui, d’après André MALRAUX, n’est rien d’autre qu’un présent du… passé.

D’emblée, une question, brutale et sèche, se pose et s’impose. Brutale dans sa sécheresse et sèche dans sa brutalité, cette question se décline ainsi: Le paludisme serait-il, à s’y méprendre, une « arme de guerre », à défaut d’être un « instrument de chantage et de marchandage »? Pour ainsi dire, accordons, la « parole » aux faits, pour d’éventuels éléments de réponse à une question, convenons-en, empreinte d’une certaine gravité…

Premier fait, troublant: les principales avancées dans la prise en charge du paludisme, qu’elles soient diagnostiques ou thérapeutiques, se révèlent être indissociablement liées à un contexte historique de conquêtes, d’occupations et/ou de guerres coloniales (1,2). Exemples à l’appui, parmi tant d’autres:

I) l’initiation des Conquistadors espagnols aux « vertus fébrifuges » des écorces de quinquina, au contact des populations indigènes de l’actuel Pérou;

II) l’expérimentation, inaugurale et à très vaste échelle, de la Quinine durant la Campagne d’Algérie (euphémisme servant à désigner la conquête coloniale de ce pays), le "prescripteur-expérimentateur en chef" étant François-Clément MAILLOT (médecin des armées);

III) la découverte à Constantine, encore et toujours en Algérie, du Plasmodium, agent causal du paludisme, chez un militaire français, par un médecin militaire français (Alphonse LAVERAN) en poste dans un hôpital militaire français, dans ce qui était alors l’Algérie française;

IV) la mise en évidence de deux des quatre espèces plasmodiales à l'origine du paludisme par deux médecins militaires américains, le Plasmodium falciparum (l'espèce la plus meurtrière) par William WELCH, et le Plasmodium ovale par John STEPHENS dans une base militaire américaine aux Philippines;

V) l'identification de l'anophèle femelle comme agent vecteur du paludisme par Ronald ROSS, médecin militaire au service de l'Armée Britannique des Indes;

VI) la synthèse de la Mefloquine au plus fort de la Guerre du Vietnam (3), puis celle de l’Halofantrine dans les suites immédiates du même conflit armé (3);

VII) le coup d’accélérateur, ou « coup de fouet », donné aux perspectives de production industrielle des antipaludéens de synthèse (4) pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’Armée Impériale Japonaise ayant entre-temps, et à dessein, coupé les Alliés, Américains et Britanniques en tête, de leur principale source d’approvisionnement en Quinine (en occupant l’île indonésienne de Java, alors colonie néerlandaise, et – cela va de soi – ses riches plantations de quinquina, faisant du paludisme la première arme biologique de l'histoire), source des plus vitales pour leurs colonies ou territoires d’outre-mer, donc – une fois de plus, cela va de soi – pour leurs intérêts économiques perçus sous un angle géopolitique et géostratégique.

Deuxième fait, pour le moins intrigant: la réduction, brutale et significative, des ressources allouées à la recherche contre le paludisme coïncide, curieusement, avec l’accession « en masse » des « anciennes colonies impaludées » à l’indépendance…

Comble d’incohérence sur fond d’injustices: quand bien même les ressortissants des « anciennes colonies impaludées », quoique réputées… « pauvres » du fait de la faiblesse de leur revenu moyen par habitant, contribuent incontestablement aux juteux bénéfices de certains laboratoires pharmaceutiques (nombre d’entre eux étant contrôlés par des anciennes puissances coloniales), en achetant des antipaludéens peu susceptibles de trouver preneur à Nantes ou à Liverpool, ces mêmes laboratoires pharmaceutiques, manque de fair-play des plus intolérables ou inadmissibles, n’ont même pas l’élémentaire « courtoisie », « élégance » ou « gratitude » d’affecter ne serait-ce qu’une infime partie de leurs juteux bénéfices à la nécessaire recherche contre le paludisme. Moralité de l’histoire: les Brazzavillois, Kinois et autres Dakarois, bref des Africains vivant en Afrique, contribuent à financer des travaux de recherche qui ne correspondent pas toujours à leurs enjeux de santé publique, ni du reste à leurs objectifs, ou impératifs, de développement. Ce qui, ma foi, constitue une flagrante entorse à la globalisation des échanges et à la mondialisation de la solidarité. A méditer…

Troisième fait, troublant et intrigant ( prolongement direct du deuxième fait): dans ses options comme dans ses orientations, autrement dit dans ses fondements comme dans ses perspectives, la recherche contre le paludisme ne s’accorde pas toujours avec les enjeux, ni du reste avec les défis, du moment. Pire, la situation est d’autant plus déloyale, donc inéquitable et préoccupante, que les centres de décision ne se localisent pas, et loin s’en faut, dans les « pays impaludés » (5). Nouvelle série d’exemples à l’appui, encore et toujours parmi tant d’autres (il y en a tellement, la « pêche » ne pouvant qu’être fructueuse):

I) des sommes importantes sont quotidiennement dépensées en faveur de la chimioprophylaxie d’une poignée de touristes (6) en mal d’exotisme à bon compte (cf. les campagnes d’information massivement financées par des agences de voyage, voire par des compagnies aériennes…);

II) des sommes astronomiques sont actuellement déboursées, et ce depuis longtemps, au bénéfice d’un hypothétique vaccin, dont le bénéfice, paradoxalement, a du mal à prendre corps sous forme de résultats probants (mis à part quelques « primates de laboratoires » de temps à autre immunisés, mais toujours transitoirement, donc – ce n’est pas très glorieux - « inefficacement », le tout, toujours, à grand renfort de tapage médiatico-publicitaire, toujours, cela va de soi, à grands frais…).

Quatrième fait, qu’occultent malheureusement le culte et la culture du non-dit. Troublant reflet, mais aussi « effet collatéral », d’une actualité néo-coloniale qui s’inscrit dans la continuité d’une histoire coloniale, la coopération internationale, qu’elle soit bilatérale ou multilatérale, tend, de facto, à sécuriser ou consolider les débouchés économiques (lucratifs contrats et marchés) des firmes pharmaceutiques des… Etats donateurs de l’aide au développement, dans des pays dits en développement, dont la plupart, notamment ceux d’Afrique, ne disposent virtuellement pas d’une industrie pharmaceutique digne de ce nom. Conséquence inéluctable: dans leur configuration actuelle, la coopération internationale et l’aide au développement contribuent, souvent, à perpétuer des rapports de dépendance, d’assistance et d’assistanat, au préjudice – cela va de soi – des pays dits en développement. A cela, une raison, essentielle: en matière de lutte contre le paludisme, la coopération internationale et l’aide au développement privilégient la mobilisation des ressources, notamment financières, au profit des infrastructures de soins, donc de la médecine curative. Alors que les véritables enjeux et défis se situent au niveau de l’hygiène, de l’assainissement et de la prévention – cf. Malaria Funding Requirements (Michel ODIKA, World Bank, Washington, 2010).

Dans un tel contexte, distribution des cartes dont on ne dira jamais assez qu’elle est défavorable, des initiatives a priori généreuses et séduisantes, telle que la « gratuité des soins contre le paludisme », se révèlent être en pratique des alternatives peu crédibles, parce que… contre-productives: c’est ce que les économistes Friedrich von HAYEK et Milton FRIEDMAN ont jadis qualifié de… « présomption fatale », autrement cette « tendance à causer malencontreusement du tort en voulant au départ faire du bien… » - cf. Paludisme: gratuité des soins en question (Michel ODIKA,2011).

Y a-t-il un cinquième fait, si ce n’est davantage? Probablement… Ceci dit, je laisse à chacun le choix, libre et responsable – d’où l’intérêt de cet article -, de contribuer à une « traque » - des plus nécessaires et salutaires -, d’où pourraient se dégager, à terme, de nouvelles pistes de réflexion, ainsi que de nouvelles grilles de lecture…

De tout ce qui précède, un constat, autant édifiant qu’écoeurant, s’impose, et se constat se résume ainsi: A ce jour, pas grand-chose, pour ne pas dire – excusez du peu - … rien du tout, n’est dépensé, ni même… pensé, au profit de la promotion d’une gouvernance innovante (7,8):

- capable d’harmoniser les approches préventive et curative dans la cohérence d’une vision d’ensemble;

- en soutien à une prise en charge globale et intégrée du paludisme;

- prenant en compte les véritables enjeux et défis qui, sous nos yeux, s’écrivent actuellement sous la pressante dictée d’une globalisation et d’une mondialisation au pas de charge – cf. Malaria Observatories: Focus on the Millenium Development Goals (Michel ODIKA, World Bank, Washington, 2011).

Ne serait-ce que pour toutes les raisons énumérées ou épinglées ci-dessus, je persiste et signe, en affirmant haut et fort exactement ceci: Au regard de certains faits édifiants et convergents, le paludisme constitue bel et bien un enjeu géopolitique et géostratégique de première importance. En quoi la maladie (le mot n’est même pas assez fort pour désigner le paludisme), dans sa configuration actuelle, reste de nature à mettre à mal, voire en péril, non seulement la santé publique et la sécurité environnementale des pays concernés, mais également, nœud du problème, leur… souveraineté sanitaire. D’où la nécessité, aujourd’hui cruciale et vitale, de mettre sur pied un Observatoire du Paludisme (9), outil incontournable et indispensable à une redistribution équitable et pertinente des cartes. En plus de tenir lieu de plate-forme en appui à des réformes de fond – cf. Governance Reforms: Balanced Approaches to Be Found (Michel ODIKA, World Bank, Washington, 2011).

Pour le « petite histoire », l’Observatoire mentionné à l’instant existe déjà pour le célébrissime SIDA (10,11), fléau dont on ne dira jamais assez, points communs avec le paludisme, qu’il s’agit d’un obstacle à la cohésion sociale et d’une problématique de développement équitable (cf. ONUSIDA).

Soit dit en passant, Chers Lecteurs, le paludisme… tue, et de loin, … « bien » plus que le… SIDA. Pourtant…

Docteur Michel ODIKA, (Congo-Brazzaville)

Notes et références

1. Voir Paludisme: maladie parasitaire au très lourd passé militaire.

2. See Malaria Politically Strategic Importance.

3. Pour cause de « Chimiorésistance à la Chloroquine » développée par certaines souches de Plasmodium, résistance préjudiciable à la santé de plus d’un GI durant la Guerre du Vietnam, la Mefloquine et l’Halofantrine doivent leur synthèse à un centre de recherche contrôlé par l’armée américaine, c’est-à-dire le WRAIR, ou Walter Reed Army Institute of Research...

4. Entrent dans ce cas de figure, la Chloroquine et l’Amodiaquine, entre autres…

5. Même les nombreuses filiales, notamment africaines, des grandes firmes pharmaceutiques, n’ont pas voix au chapitre, au sein des conseils d’administration…

6. Allons droit au but: ces « quelques touristes » représentent une « goutte d’eau dans la mer », face aux centaines de millions de personnes quotidiennement exposées au paludisme, certaines d’entre elles au risque d’en… mourir, plutôt que de se… divertir (« touristiquement parlant »).

7. Voir Socio-économétrie du paludisme.

8. Voir Paludisme et assainissement: recours à la socio-économétrie.

9. Voir Observatoire du Paludisme: enjeux et perspectives.

10. Voir SIDA: incitation et invitation à l’esprit critique.

11. Voir SIDA: baromètre des pressions socio-économiques et des tensions géopolitiques.

Commentaires  

 
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