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UNE ELITE MALSAINE : A PROPOS DES « CONFIDENCES » DE SON EXCELLENCE, HENRI LOPES

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Les observateurs de la vie politique congolaise, des comportements de son élite notamment, auront difficilement évité le tournis à la lecture des  « Confidences d`  un ambassadeur, écrivain de renom et homme de culture, Henri Lopès », livrées par le mensuel Africa International (n° 326, d’août 1999).

Car, et c’est un truisme de le dire, Henri Lopès n’est en effet pas n’importe qui, pour les Congolais essentiellement. Pour le commun de ceux-ci, c’est indiscutablement l’homme qui a fait une carrière gouvernementale, puisque membre inamovible des différents gouvernements dans les trois régimes militaires (sous Ngouabi, Yhombi et Sassou) du parti unique en y occupant maints postes, dont celui très prestigieux de primus inter pares. Pour nous qui, très tôt, avions choisi « les lettres » comme voie future d’épanouissement et d’expression, l’auteur de « Tribaliques », de « Sans tam-tam » et du « Pleurer-rire », à ce moment, était le rêve, l’idéal, bref, le symbole du savoir littéraire, tant l’écriture, les histoires et les nouvelles par lui publiées étaient fabuleuses et envoûtantes. Homme politique, écrivain, haut fonctionnaire, Henri Lopès, aujourd’hui ambassadeur, aura été (ou est) tout cela dans la durée qui en fait, forcément, un homme d’expérience. Difficile il apparaissait a priori, avec ce profil, de ne pas lui prêter attention, ou mieux, de la hauteur, un minimum d’objectivité, de sens de discernement et de probité dans les graves événements du Congo-Brazzaville.

 

Rien de tout cela n’y a été. La lecture des précitées « Confidences… » apparaît, a posteriori, plutôt crucifiante. Sur toute la ligne, l’homme confirme l’image de l’écrasante majorité des hommes politiques congolais. S’y mêlent : contradictions, mesquineries, affirmations contestables à travers lesquelles il défie délibérément l’objectivité, le discernement et le bon sens, et contraint à douter tant de sa probité intellectuelle que de son sens national et démocratique.

D’entrée de jeu, l’ « homme …qui n’a pas d’ambition politique », peut-être pour  avoir, à fleur d’âge, épuisé toutes les fonctions politiques, sauf la suprême, surprend par sa déclaration à rendre  « service …au Congo » et ses funestes prises de partie ! Si l’on convient qu’un Etat, objectivement et essentiellement, n’existe que par son peuple dont le vœu, rationnellement, s’exprime par le vote, l’affirmation de cet « homme de culture » met mal à l’aise car, jusqu’à preuve du contraire, l’expression profonde et majoritaire congolaise, solennellement scellée en 1992, n’a jamais réhabilité son  « discret ami » et  « président » à qui elle assena la sanction la plus sévère des présidents africains de l’ère monopartite : aucune chance au deuxième tour. Si donc le Congo, selon le principe aujourd’hui universellement admis, a dit non à Sassou, et que  « l’homme de culture » au contraire lui dit oui, il est évident qu’on ne parle pas du même Congo. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que persiste en l’homme la culture monopartite et marxiste dans laquelle, de façon endémique, se confondait malencontreusement, désirs et réalités : le Congo, selon lui, s’apparente à Sassou et, c’est en réalité ce dernier qu’il sert et non le Congo réel. Le reste de l’interview le confirme d’ailleurs et, de cet intellectuel qui se reconnaît  « …une expérience marxiste » tout en la reléguant sans convaincre au passé, il ne faut pas s’en étonner : l’une des confusions majeures des marxistes, avec le culte inouï de la personnalité,  c’est la réduction de la nation au chef , évangile personnifié. « Il y’ a eu ma rencontre et de longs entretiens avec le président. Voilà comment j’ai accepté ma mission », souligne le diplomate. Ce qui précède et les prises de position qui suivent éclairent sur le contenu de cette mission, qui semble rejoindre celle de bon nombre d’autres sur le marché parisien de faiseurs et mercenaires d’images. Lui s’y prend par tous les moyens.

Que d’affirmations contestables ! « Nos dirigeants, jusque dans les années 1980 n’ont pas fait fortune » ! ou que  « jusqu’ en 1992, il n’y a plus eu de milice, même au temps du parti unique » ! Cela s’appelle, Son excellence le sait, de la mythomanie. Le rapport de la « Commission des biens mal acquis »   de la conférence nationale n’aura été que politicien ? Le rapport d ‘un journal parisien (E.D.J., du 22 au 28 mai 1997) sur les présidents africains milliardaires, où un  éminent dirigeant congolais aurait disposé d’au moins 1,2 milliard ff. rien que dans les banques occidentales ne serait que mauvaise propagande ! Les entrepreneurs-écran, ou milliardaires congolais de l’ère monopartite, dont un, bien connu des Congolais, mis en examen en 1997 , ne constituent-ils que de la fiction ? Depuis le retour du régime « irréprochable », curieusement, ces affaires judiciaires ont été simplement oubliées et remplacées par d’autres, plus urgentes, démontrant ainsi le retour de la justice politique, pour ceux qui seraient tentés d’en douter.

En outre, les Congolais qui croient, comme Son excellence, à l’existence d’un multipartisme réel et fonctionnel au Congo, ne sont pas nombreux, quand on sait que ceux qui animent les grands partis par lui nommés, formellement révoqués par les responsables en exil, sont, comme le général de Brazzaville, des présidents usurpateurs, nés à l’occasion de la « saison des auto-proclamations au Congo ». Enfin, l’observation de la vie politique congolaise ne va pas dans le sens de son propos, les représentants desdits partis étant d’ailleurs associés à l’action gouvernementale. Le rapport d’une mission du Sénat français (cité infra), qui est à différents égards favorable au régime de Brazzaville, pour des raisons évidentes, ne reconnaît-il cependant pas qu’ « il n’existe… pas, sur les trois années à venir, de contre-pouvoir à l’autorité du chef de l’Etat » (p.34). Comme s’il pouvait en aller autrement !

Combien de Congolais suivront Son excellence dans l’affirmation de l’absence de milice  « au temps du parti unique » ! La très célèbre « Milice populaire » qui, à Brazzaville notamment, s’est caractérisée par l’arrestation essentiellement des femmes la nuit et d’autres excès bien souvent étouffés en raison du contexte politique, n’aura également été qu’un mauvais rêve collectif jusqu’en 1990, date de la dépolitisation décretale de l’armée ! C’est ici le  « coup de génie » des autorités militaires monopartites : la question militaire est la seule qui ne fut pas abordée à la conférence nationale. Alors que tout le système jusque-là reposait sur l’armée, que celle-ci a participé à tous les complots et autres basses besognes, on a fait croire, par une apparente et astucieuse ouverture de l’armée au nouveau courant, que celle-ci était neutre et que, par décret, elle était devenue apolitique. Le bouillant Chef d’Etat Major d’alors s’opposa farouchement au traitement par la conférence nationale des problèmes de l’armée qui devrait pourtant resurgir moins d’un an après (janvier 1992) sur la scène politique en demandant la révocation du Premier ministre issu de la Conf. nationale, parce que celui-ci, justement, avait voulu, « réformer l’armée » comme le dit Son excellence. Est-il besoin de rappeler à ce dernier que le président élu n’eut aucun droit de grâce ! Que la crise pour les appétits partisans est née moins d’un mois après l’investiture du président élu, et que le premier gouvernement de l’ère démocratique est renversé avant d’avoir fait adopter un seul texte législatif, 48 h après l’ouverture de la première session de la première assemblée démocratique, au motif fallacieux et peu convaincant en droit, selon lequel, « le président aurait procédé à certaines nominations par fax »! La « réforme de l’armée », Son excellence s’il vous plaît, dans la Constitution congolaise alors en vigueur, comme dans tout pays sérieux, relevait non plus de la volonté du chef seul comme par le passé, mais de la loi (art.104); et, de l’investiture du président le 31 août 1992 jusqu’en juin 1993, soit neuf mois durant, le Congo n’avait toujours adopté aucune loi, même pas la loi budgétaire, puisqu’ayant inauguré la démocratie par « la crise ». Le pouvoir d’« ordonnances » qui aurait pu suppléer à ce genre de difficultés, il faut le préciser, en raison des abus qu’il a accusés sous l’ancien régime, n’avait pas été constitutionnellement reconduit. Logiquement, comme cela a été le cas pour le premier ministre de la transition dans cette affaire de l’armée, il ressort qu’il était question de créer la crise, avant que ne revienne à l’ordre du jour  cette « réforme ». Sauf réflexion politicienne, on ne voit pas à quel moment aurait pu s’opérer cette réforme. Le dernier président de l’ère monopartite étant grillé, il fallait relayer la conservation du régime, plus que jamais militaire, à l’astucieux C.E.M.G. qui, de façon subtile, devrait maîtriser ou reconquérir la situation, sans y réussir toutefois. Le dernier C.E.M.G. du parti unique, reconduit sous l’ère multipartite, leader du Mouvement pour la réconciliation congolaise après sa révocation en juillet 1993, auteur de l’équivoque « Temps du devoir », légaliste et républicain autoproclamé, mais défenseur de la désobéissance armée sous un régime élu mais dictatorial selon lui, alors que la Constitution prohibait toute insurrection armée, a , depuis, curieusement oublié son sens du devoir, avec le retour sanglant de l’ancien régime dont l’exercice tyrannique du pouvoir ne souffre pourtant d’aucune équivoque. Mieux, il a, notamment, honoré de sa présence, l’investiture de certains maires nommés par le régime « idoine ». Quelle coïncidence ! Sans doute, sur cette affaire, peut-on écrire, comme Les rapports du Sénat français (n°376, 1997-1998), qui soit dit en passant soutient sans ambages le régime actuel de Brazzaville en raison « des intérêts économiques importants »(p.52), que « le nouveau président se trouvait dans une position vulnérable avec une majorité fondée sur l’alliance fragile entre le parti présidentiel et le P.C.T. et une armée dominée par les cadres du nord traditionnellement attachés à M. Sassou-Nguesso. Il chercha dès lors à former des milices dans sa région natale, sans peser les graves conséquences de cette initiative, appelée à servir d’exemple pour ses adversaires politiques »(p.28). Outre effectivement qu’un réflexe de survie pour le pouvoir nouveau et dépourvu d’armée pouvait expliquer le recours aux moyens informels et de fortune (sous réserve de la normalisation toutefois, la tempête passée), comme il en va de tout être dans l’instinct de survie, devant la rage de retour aux affaires par tous les moyens  de l’ancien pouvoir (1997 en est la preuve magistrale), le rapport ignore tout de même que « les cobras », composés essentiellement des anciennes « milice populaire » et garde présidentielle, ainsi que d’autres officiers supérieurs (dont justement le très célèbre et éternel patron de ladite milice populaire, devenu maître de l’UJSC vers la fin du régime monopartite) qui avaient préféré demeurer auprès du président battu (parti en emportant tout l’arsenal militaire de sa présidence), constituent la première milice de l’ère démocratique. Son Excellence l’avait peut-être oublié en raison d’un long séjour à l’Unesco. Un chercheur, dans une étude assez équivoque (Milices politiques et bandes armées à Brazzaville, C.E.R.I., n°13, p.9)  souligne, à propos des « ninjas », que « l’embryon de cette milice émergea …[dès] novembre 1992 », c’est à dire à peine deux mois après l’investiture du nouveau président, même si, pour des raisons qui lui sont propres, il dira et écrira le contraire auprès des médias, dans la foulée de l’éclatement des événements de juin 1997. Il n’est pas évident de dire, objectivement, que la première milice est présidentielle, et la thèse contraire relève tout simplement de la mauvaise foi et d’une intention manipulatrice et justificative de ce qui aujourd’hui est bien édifiant à cet égard : le coup d’état que devait condamner, sans tergiverser, tout esprit légaliste et tout démocrate.

S’il faut, à notre avis, reprocher au régime élu et renversé sa  profonde défaillance à sécuriser la population, et prévenir les crises, on ne saurait renverser les responsabilités face à ceux dont l’intention délibérée était de revenir par tous les moyens au pouvoir. Pour divers autres dérapages, ne pouvait trancher que  la justice et elle seule, qui jusque-là d’ailleurs n’avait montré aucune soumission bien au contraire, et non les lance-roquettes. De toutes façons, des aveux sans équivoque existent aujourd’hui : « C était il y a quatre ans [ en 1993 ] au temps du président Lissouba, Denis Sassou m’a confié la charge d’organiser clandestinement la résistance », clame un éminent membre du gouvernement illégitime ( Figaro, 21/10/97, p.4), qui continue d’ailleurs son propos en ces termes : « Nous nous sommes aperçus que nous n’avions plus que 700 cartouches. Tout le monde s’est mis à avoir des sueurs froides. Nous avons réfléchi. Le général a alors décrété un cessez-le-feu unilatéral ». Lesquels, alors, « ont refusé de faire la paix à Brazzaville », le président renversé ayant d’ailleurs le premier signé l’acte de paix de Libreville, le 28 septembre 1997. De quel côté se trouve  « la bonne foi »  et  les  « attitudes barbares » ? Faut-il rappeler que les premières autorités locales pourchassées ou liquidées l’ont été par les milices du général à la conquête des provinces, dans « les plateaux », « la sangha » et « la cuvette ». Au moins le général est honnête à cet égard : « Au cœur même du conflit, je n’ai pas hésité à tirer sur Owando parce qu’il me fallait prendre cette ville, même si c’est un peu chez moi »( Jeune Afrique, n°1980-1981, p.21).

Il faut, par ailleurs, être de culture monopartite et marxiste pour croire aux vertus d’un « forum national » sélectionné par un petit clan, alors qu’avaient déjà été instituées dans le pays des instances élues mais renversées. Pourquoi ignorer les représentants élus au profit de ceux nommés, si ce n’est pas dans l’esprit de maîtriser le débat comme à la bonne heure du monopartisme! La preuve : le forum n’a rien remis en cause de l’essentiel des décisions d’Oyo, confirmant ainsi le rôle de chambre d’enregistrement de ce forum . La liquidation de la  Constitution, expression suprême de la volonté générale d’une nation , dont les grandes lignes ont été fixées par la conférence nationale, adoptée par 96% des congolais, fut confirmée au profit d’un acte fondamental, de sinistre réputation dans l’histoire politique de ce pays, octroyé par le général putschiste seul, le 24 octobre 1997 , c’est à dire quelques jours après le renversement du régime démocratique. En droit, et en démocratie, il n’y a pas plus grande illégalité, sauf, bien sûr, pour les marxistes qui réduisent la Constitution à un banal élément de la superstructure.

Il est, ensuite, surprenant que Son excellence se rappelle « des crimes qui sont encore aujourd’hui mal élucidés », commis en 1965, mais devienne amnésique sur le massacre d’Ikongono commis par blindés et transall en 1988 , et surtout sur le récent rapport accablant de la F.I.D.H. qui fait état de massacres de milliers de civils, essentiellement par la coalition des cobras et militaires angolais et tchadiens.

C’est finalement verser dans ce qu’on appellera pas autrement que le débat sur le sexe des anges qu’insinuer les services rendus sur la place publique. A Lissouba, Son excellence se rappelle « lui avoir indiqué un poste qui se libérait à l’Unesco et être intervenu en sa faveur » ! Voilà ! C’est cela la dignité congolaise! L’ère démocratique au Congo a révélé beaucoup de ces mesquineries : nombreux membres de l’élite ont dit aux médias, notamment, qu’ils avaient pourtant logé, ou invité à manger  tel autre à l’étranger quand il venait d’arriver, ou que tel autre a loué chez son parent et doit une mensualité! Comme quoi, politique et dignité au Congo font très mauvais ménage. On ne peut  ne pas, suite à ces basses confidences, s’interroger sur le canal qui a permis à Son excellence lui-même d’accéder à la fonction publique internationale notamment, ni sur ses mérites propres auxquels n’obéirait pas celui qu’il dénigre sans état d’âme ! C’est dommage, très dommage.

La référence à une séquence de l’histoire française (1815-1870) est, par ailleurs, curieuse puisqu’insaisissable, au regard des événements du Congo-Brazzaville. Son excellence veut-il penser à la Révolution très limitée de 1830 qui consacra définitivement la fin de l ‘ Ancien régime, alors que lui participe à la résurrection de  l’Ancien régime congolais ? A la Révolution de 1848 qui marque la victoire des idées individualistes et bourgeoises, quand bien même il n’y a aucun débat d’idées au Congo, tout se réduisant à la force brute ! Ou pense t-il au coup d’Etat du prince-président Napoléon de décembre 1851, mais comme protecteur armé de l’ordre issu de la Révolution, alors que le général de Brazzaville, une fois de plus, ressuscite l’ordre ancien ? Rien de tout cela, de la lecture des cinq régimes de cette époque en tout cas, n’éclaire véritablement, ou ne va dans le sens du choix de Son excellence. De la guerre même ou « culture de guerre » au Congo, pratiquement tous les observateurs ont relativisé. « Il n’y a pratiquement pas d’antagonisme entre les groupes ethniques, les communautés ou les régions » et que « la violence est largement le résultat d’un conflit entre les leaders dont les ambitions ne connaissent ni limite ni décence » , disait déjà en 1997, après d’autres, Mohammed Shanoun, le représentant spécial de O.U.A. et de l’O.N.U. ( Marchés tropicaux, 3 octobre 1997 ). En fait, on est frappé par le refus du diplomate à caractériser le cas congolais de coup d’Etat, le plus sanglant de l’histoire du Congo, alors que le général lui même, après les perfides déclarations du 5 juin 1997, n’en faisait plus un secret, quelques trois jours après : « Nous contrôlons les trois-quarts de la capitale. Nous contrôlons aussi une grande partie de l’armée, de la police, de l’intendance, de l’état major de la gendarmerie » (La croix, 14/O6/1997) et que « demain nous prendrons l’autre moitié de la capitale »(E.D.J., 12/06/1997). Rien à voir avec la thèse originelle de la légitime défense.

La référence historique française la plus éloquente, et même plus récente, au regard des événements du Congo, me semble être celle de juillet 1940 à octobre 1945, plus connue sous le nom de régime de Vichy où, comme on le sait, un maréchal pactisa avec la force armée étrangère, au mépris des intérêts nationaux et de l’ordre légal. Parce que le choix du maréchal bafouait l’ordre légal, quasiment toute l’élite politique et intellectuelle s’accorde à dire que Vichy n’a jamais été la France et déclare nulles et de nul effet les décisions usurpées, bien que le régime ait eu une origine démocratique. Au Congo, il n’est un secret pour personne, un citoyen de peu de scrupules, au-delà des controverses subjectives et digressives des Congolais pour tel ou tel leader, a délibérément foudroyé la démocratie congolaise, avec notamment l’aide des armées africaines les plus endurcies en guerre. La Constitution congolaise du 15 mars 1992, démocratiquement adoptée à 96%, qui a précédé Lissouba, que le général lui même avait demandé de voter en 1992 et soutient (hypocritement alors) dans son ouvrage (Le manguier, le fleuve et la souris, Ed. J.C. Lattès, 1997, p.117), a été enterrée par un citoyen depuis son village. A ce que l’on sache, ni la Constitution, ni le parlement, ni la cour suprême et autres pouvoirs locaux, institutions aujourd’hui renversées, n’avaient jamais agressé « le général assoupi » ! Il faudra bien, un jour, expliquer la formule qui mène de la prétendue agression à la prise militaire d’un pouvoir perdu par les urnes. Il est, à cet égard, renversant et insultant d’entendre « l’homme de culture » congolais soutenir que « Nos conditions ne sont pas excessives…Ils doivent reconnaître les institutions et renoncer aux armes » ! Et que par ailleurs « Nous devons faire confiance aux institutions démocratiques » ! Autrement dit, il faut légitimer le coup d’Etat, passer l’éponge sur les milliers de morts congolais victimes de la soif de pouvoir d’un individu ! Quelle audace ! Quel mépris pour le peuple, qui d’ailleurs n’a pas de place dans le discours de cet homme politique. Dans le contexte où l élite politique et intellectuelle française, Wole Soyinka, ont dit non, l’homme de culture congolais dit oui ! Il est vrai que le nigérian et lui n’ont pas le même cursus, le congolais ayant longtemps exercé dans une dictature militaire et marxiste.

A Son excellence, quelques leçons s’imposent. Si Lissouba vous a, semble t-il, « déçu », vous cependant vous nous tuez. Il faut que l’élite congolaise apprenne à distinguer entre l’amitié, l’inimitié, les services rendus et les intérêts supérieurs de la nation. Le Congo ce n’est ni Sassou, ni Lissouba ou autres leaders. Nous étions objectivement sortis du système odieux de « président-constitution-institutions ». Le 17 octobre 1997 particulièrement marque le retour de ce système pervers où un individu impose sa volonté à l’ensemble de la population, avant de la soumettre symboliquement à un vote bidon. Devant des événements aussi graves et tragiques que ceux du Congo-Brazzaville, où des milliers de personnes y ont laissé leur vie, où des familles entières sont décimées ou humiliées bien souvent par des militaires étrangers (angolais et tchadiens) ou de génocidaires avérés (rwandais), rien n’est plus grave et irresponsable que de s’enfermer dans un alignement obscur comme vous en faites la démonstration. L’historien de formation que vous êtes devrait pourtant se rendre compte que la vérité finit par s’imposer dans ce genre d’événements. Qui croira, comme vous, que « l’état de corruption », ce cancer mondial, sous réserve qu’il soit en l’occurrence établi, justifie un coup d’Etat sanglant ? Qui convaincra que juin 1997 n’a pas été un diabolique et monstrueux coup d’Etat ? Que le régime qui en est issu est démocratique comme vous le dites ? Que le général de Brazzaville représente les Congolais par un mécanisme autre que métaphysique ? Que les élections susceptibles d’y être organisées ne seront pas autre chose qu’une vaste et honteuse mascarade puisque, de toute façon, invalides en droit et en démocratie, étant organisées par des organes qui n’en ont pas compétence et selon une procédure viciée ? En tout état de cause, ce n’est pas « l’état de corruption » qui est à l’origine de milliers de morts, de milliers de réfugiés ou du séjour prolongé de nos compatriotes dans les forêts, mais bel et bien la tyrannie. Bref, une élite congolaise saine ne manquera pas un jour de faire sienne la position française de 1945 : si le droit et la démocratie doivent reprendre droit de cité au Congo, et on ne voit pas comment il en sera autrement, le régime congolais issu du coup d’Etat de juin 1997, régime de la honte, de l’humiliation et de sang, finira par être déclaré nul et de nul effet, avec son arsenal de textes et accords illégaux. Un bilan, non plus avec les politiques, mais avec les organisations civiles des pays intéressés, s’imposera sur ces fameuses  « relations d’amitié et de franchise » où on dit  « oui » à qui les Congolais ont dit  « non », et où on se  « réjouit » de l’intervention de l’armée angolaise au Congo pour y installer une dictature sanguinaire et nauséabonde. Oh ! On voit déjà, pour Son excellence, l’invocation de l’argument selon lequel  « mon statut de diplomate ne me permet pas toute liberté de parole que je souhaitais ». Vous n’étiez cependant pas obligé de cracher sur l’expression suprême de la volonté générale congolaise. Qui vivra verra…

Par  Félix  BANKOUNDA-MPELE

Juriste, diplômé de science politique


TEXTE ECRIT LE 13 SEPTEMBRE 1999


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