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Maître Thomas Djolani: «Nous voulons démontrer que les explosions de Mpila étaient un accident»

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A Brazzaville, la cour criminelle a ouvert hier, mardi 6 août, le procès des explosions de Mpila. Le 4 mars 2012, l'incendie d'un dépôt de munitions a officiellement coûté la vie à près de 300 personnes.

Vingt-trois militaires sont dans le box des accusés parmi lesquels le colonel Ntsourou, numéro deux à l'époque des services de renseignement. Deux thèses s'affrontent: celle du complot contre le régime congolais et celle de l'accident que le collectif d'avocats de la défense compte bien démontrer. Maître Thomas Djolani, un des avocats du collectif, répond à nos questions.

C’est donc la cour criminelle qui conduit le procès. En juin dernier, lorsque cette instance avait été choisie, vous aviez dénoncé, vous, les avocats de la défense, « un gangstérisme judiciaire ». Qu’est-ce que cela voulait dire ?

Maître Thomas Djolani: Disons que nous avons pensé que certaines règles de procédure n’avaient pas été respectées, notamment devant le doyen des juges d’instruction, devant qui nous avons soulevé certaines nullités. La procédure s’est retrouvée à la Cour suprême et là, également, il y a des arrêts qui ont été rendus, qui, pour la plupart, ne faisaient pas droit à tout ce que nous avions soulevé jusque-là. Nous étions en train de contester, tout simplement parce que certaines pièces, certains documents, - tels que les billets de banque contrefaits ou des armes de guerre qui seraient détenues - tous ces objets ont été obtenus au moyen des perquisitions qui ont été purement illégales. On pensait qu’on pouvait d’abord faire observer le respect des règles de procédure, avant d’aller, véritablement, au procès.

Quelles sont précisément les charges qui pèsent sur les 23 militaires impliqués ?

Pour certains, il y a « atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat » et pour d’autres, tel que notre client, le colonel Marcel Ntsourou, il y a tout à la fois « crimes et délit de complicité d’incendie volontaire », « atteinte à la sûreté de l’Etat », « contrefaçon de billets de banque », « détention illégale d’armes de guerre », « complicité d’arrestation, de détention, de séquestration arbitraire », plus « coups et blessures volontaires ». C’est tout un chapelet d’infractions, qui, malheureusement, n’ont aucun lien de connexité avec, véritablement, les explosions à Mpila.

Me Djolani, l’accusation est passée de la thèse accidentelle du court-circuit, à celle du complot contre le régime de Sassou Nguesso. Quels sont les éléments dans le dossier, qui fondent ces accusations ?

C’est ce que nous voulons effectivement comprendre, puisqu’il y a quand même un des accusés qui, depuis le départ, a toujours soutenu que c’est par sa maladresse, par son propre fait – volontaire ou involontaire, mais en tout cas, il a toujours dit que c’était involontaire – que ce drame est arrivé.

Or, j’ai l’impression que cette version n’intéresse personne, tous les espoirs auxquels les gens s'accrochent, c’est à la thèse du complot. Mais dans le dossier, jusqu’ici, en tout cas en ce qui concerne le colonel Ntsourou et peut-être bien d’autres aussi, nous n’avons pas encore découvert un élément, un aspect ou des indices, qui seraient graves et concordants, juridiquement parlant, et qui pourraient justifier la thèse du complot.

Notre cheval de bataille, c’est de démontrer, bec et ongle, qu’il s’agit d’un accident, tel que le soutient et continue à soutenir, la personne qui reconnaît être l’auteur de l’incendie qui a entraîné ce désastre. Et je ne vois pas pourquoi on voudrait être plus royaliste que le roi et quel serait d’ailleurs l’intérêt de ce citoyen de prendre tout sur lui, si jamais il n’était pas en train de dire la vérité. J’espère qu’au cours du procès, tout le monde se rendra compte, comme je le dis, de quel côté se trouve la vérité.

Il y a des informations qui indiquent que le colonel Ntsourou aurait publiquement critiqué le régime congolais.

On ne peut pas parler de démocratie dans un pays, si chaque citoyen, quel que soit son statut, ne jouit pas de sa liberté d’expression et de la liberté d’opinion. Il a organisé un anniversaire à la veille de ces évènements, une coïncidence malheureuse, et à cette occasion, il aurait dit qu’il faut vaincre la peur. Une telle expression peut faire l’objet de diverses interprétations; la peur, ça peut être par rapport à la maladie, à la misère, à la pauvreté… Bref, c’est l’interprétation qui a été à l’origine de tout ce que l'on est en train de lui imputer.

Cela pourrait induire le fait que le colonel Ntsourou fasse l’objet d’un règlement de compte politique ?

Je pense que c’est aujourd’hui, le sentiment qui gagne l’opinion publique. Maintenant, que cela soit réel ou pas, et bien c’est le procès qui nous le dira.

A l’ouverture de cette première audience, il y avait foule. Est-ce que pour vous cela veut dire que les Congolais attendent que justice soit faite, que la vérité soit rendue sans interférences politiques ?

Lorsque la légalité ne bénéficie pas de la légitimité, il y a risque de désaffection populaire, générale même, de la justice. La cour se doit, effectivement, d’être équitable, impartiale et indépendante. Parce que ce que les Congolais attendent, ce n’est pas une justice de pure forme, mais une justice qui aura pour mérite de, non seulement révéler à la face du monde la réalité, la vérité, de ce drame, mais aussi réhabiliter les innocents; leur souffrance, leur douleur est partagée, aussi bien que par les familles et les proches que par tous les citoyens et tous les Congolais épris de paix et de justice.

Par Ghislaine Dupont / RFI


 

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