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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

Les "Zaïrois" expulsés, Brazza trinque.

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L'opération lancée contre les clandestins devait résoudre certains problèmes, elle en a créé d'autres bien plus coriaces.

"On ne trouve plus de bière Tembo à Brazza. Elle ne peut plus traverser le fleuve Congo, car elle n'a pas de papier", plaisante François, un habitant de Brazzaville, la capitale du Congo. Allusion ironique à l'opération "Bata ya Bakolo", traduction en lingala, l'une des langues les plus usitées ici, "La gifle des aînés". Rappel des faits. Lancée le 4 avril dernier par la police, cette opération vise, selon les autorités du pays, à lutter contre l'immigration clandestine et l'insécurité. Celle-ci est sensée liée notamment à la présence de Kuluna, des gangs de délinquants originaires de Kinshasa qui s'étaient repliés à Brazzaville après avoir été pourchassés par la police de la capitale de la RD Congo, juste de l'autre côté du fleuve Congo. Résultat : le départ forcé ou volontaire de près de 80 000 "Zaïrois", comme on les appelle encore à Brazzaville.
Les marchandises commencent à manquer

Le problème, c'est que Brazzaville commence à sentir durement les retombées sociales et économiques. Car la Tembo, la célèbre bière brune fabriquée par les Brasseries Simba, à Lubumbashi, le chef-lieu de la province du Katanga en RD Congo, ou même la Skol, une bière produite à Kinshasa, ne sont pas les seules marchandises importées du grand voisin, à devenir plus rares sur les marchés et dans les échoppes de Brazzaville. "Certes la ville ne va pas mourir de faim, suite à la baisse des échanges commerciaux entre les deux capitales. Elle est ravitaillée en partie par les départements du Pool et des Plateaux et même par le Cameroun", insiste Annie. Néanmoins, "Brazza", pour les intimes, dépend aussi de Kinshasa pour des denrées de base comme le sucre en poudre, les congelés, les biscuits. Sans compter le savon, les détergents, les ustensiles en plastique, le papier hygiénique ou les aliments pour bétail et autres produits. Conséquence de ces ruptures d'approvisionnement et de la raréfaction de ces marchandises sur le marché : "Les prix ont flambé", se désole Marie, une couturière.

Il faut dire que traditionnellement le solde des échanges commerciaux entre les deux villes est au bénéfice de Kinshasa. "Pour trois raisons", explique Alain, un jeune Brazzavillois. "D'abord, l'offre en produits est plus abondante en RD Congo. Ensuite, les Kinois sont plus commerçants que nous. Enfin, le pouvoir d'achat est plus élevé chez nous", poursuit-il. "Néanmoins, Brazzaville exportait aussi vers Kinshasa de la farine de manioc, des feuilles de koko et des produits manufacturés, comme des vêtements, via une foule de petits revendeurs kinois", ajoute-t-il. Aujourd'hui, ces produits étant moins demandés, les commerçants, en particulier les Ouest-africains implantés dans les avenues de France et de la Paix à Brazzaville, se lamentent. "Les Kinois traversaient le fleuve pour nous acheter en gros des ballots de friperie et de jean ainsi que des pagnes importés de Chine qu'ils revendaient à Kinshasa. Aujourd'hui, on ne vend plus et on perd de l'argent", se plaint Doucouré, un Malien. Tout porte à croire qu'au passage, plusieurs millions de francs CFA sont bloqués à Kinshasa faute de pouvoir être reversés ou échangés à Brazzaville.

L'impact s'étend jusqu'au transport, les bars, les logements...

Les commerçants ne sont pas les seuls à souffrir du départ des RD Congolais. D'autres secteurs d'activité sont également touchés. A un double titre, car s'ils sont perçus comme des étrangers, les "Zaïrois" sont des agents économiques à part entière, insérés dans un système économique global. Ce sont à la fois des producteurs de biens et de services mais aussi des consommateur. Ce que beaucoup oublient. Du coup, leur absence pèse autant sur le marché du travail que sur celui de la consommation. "C'est de l'offre et de la demande en moins pour le Congo", analyse Jean-Jacques Samba, le secrétaire général d'Unicongo, le syndicat patronal congolais.

"Il y a moins de monde aux arrêts de bus et d'enfants dans les écoles privées. Ce sont des revenus en moins pour tout le monde", assure Alain. Dans les bars et les boites de nuit, la clientèle est également plus rare et la recette en chute. Avenue Maya-Maya à Moungali, un des fiefs des "Zaïrois", avec les communes de Talangai et de Bacongo, les bars sont moins remplis et la musique beaucoup moins trépidante depuis quelques semaines. "On vend moins et on ferme plus tôt", confirme Annie, une employée de bar.

Le manque à gagner se fait également sentir chez les bailleurs, propriétaires de maisons et de chambres qui ont perdu une partie de leurs locataires. Il n'est pas rare de voir désormais des affichettes indiquant "chambres à louer", placardés le long des grands axes routiers des quartiers populaires de Moungali ou de Talangaï. Pour certains bailleurs, qui sont des retraités, la situation devient critique car ces derniers vivent souvent de la location de chambres.

Les entreprises souffrent de la main d'oeuvre qui s'est réduite

Sur le front du travail, les retombées sont tout aussi néfastes. Le manque de main d'oeuvre a entraîné une augmentation des salaires. "Si l'économie informelle est touchée, compte tenu de la place qu'y occupaient les Kinois, même les grandes entreprises sont affectées, car elles sous-traitent à des PME qui s'adossaient sur la main d'oeuvre d'origine kinoise. Ainsi, des entreprises comme les Brasseries, vont avoir du mal à écouler leurs productions, car beaucoup de manoeuvres et de chauffeurs étaient des Kinois", insiste Samba. De même, bien des chantiers de BTP, formels ou informels, peinent à trouver des ouvriers qualifiés et des "manoeuvres" : maçons, électriciens, transporteurs, manutentionnaires, charpentiers, ferrailleurs, etc. Il s'agit-là d'emplois boudés par les Brazzavillois mais que les Zaïrois acceptaient d'occuper, à moindre coût.

C'est d'ailleurs, à la faveur des chantiers de la municipalisation accélérée lancés en 2007 et des grands travaux engagés dans le pays, que ces derniers étaient d'ailleurs venus s'installer en grand nombre à Brazzaville dans l'espoir de vendre leur savoir-faire, mieux rémunéré ici qu'à Kinshasa. "Aujourd'hui, quand les employeurs arrivent à trouver du personnel, il faut le payer plus cher", souligne cet entrepreneur. A Kintélé, ville située à une quarantaine de kilomètres au nord de Brazzaville, sur la RN 2, une entreprise qui intervient dans la construction du Grand stade olympique a dû geler en partie son chantier, limitant ce dernier à des activités mineures, par manque d'ouvriers.

Le service aux maisons connaît aussi une pénurie...

De même le personnel de maison, par exemple les femmes de ménage et les gardiens, se fait plus rare. Dans les quartiers, la vie quotidienne est également touchée par le départ des "frères d'en face". Force est de constater en effet que bien des petits métiers - maçonnerie, électricité, cordonnerie, menuiserie, transport, garage, salon de coiffure et autres - qui rendaient des services indispensables au fonctionnement du quotidien - étaient assurés par des ressortissants de RD Congo. Du coup, leur départ a créé un vide, comme l'a constaté Marie. "Je voulais acheter un meuble en rotin mais l'artisan qui les fabriquait est retourné à Kinshasa".

Sur les deux grands marchés de Brazzaville que sont Total et Poto-Poto, l'absence des "Zaïrois" se fait sentir. "Les femmes étaient des revendeuses et les hommes faisaient des travaux de manutention, comme le chargement et le déchargement des camions ou le transport des marchandises avec des pousse-pousse", informe Scholastique, une commerçante de Bacongo. Même à la gare centrale du Chemin de fer Congo Océan de Brazzaville, il est difficile de trouver du personnel pour décharger les paquets de ciment venant de Loutété ou de l'étranger.


La collecte des ordures et la distribution d'eau sont aussi affectées

Autres services affectés : la collecte des ordures ménagères, avec les conséquences sanitaires qu'on imagine, et la distribution d'eau dans certains quartiers, comme le Plateau des Quinze ans à Moungali. Il faut dire que la plupart des petits éboueurs qui ramassaient chaque jour les ordures ménagères dans les quartiers populaires de la ville, étaient en effet de jeunes "Zaïrois". Des services qu'ils monnayaient pour quelques francs CFA. Certains ont dû abandonner précipitamment leur activité, si l'on en juge par les charrettes pleines d'ordures, abandonnées ici et là, le long de la voierie. Depuis leur départ, des tas d'ordures s'accumulent devant les parcelles. Dans certaines communes, comme Bacongo, les habitants tentent de s'organiser pour collecter les détritus. Ailleurs, la situation devient critique. La distribution d'eau, assurée en partie par les "Zaïrois", qui allaient remplir les bidons à des points de forage et les apporter à domicile, commence également à faire défaut. Conséquence, plus d'une secrétaire ou employée, mère de famille, arrive aujourd'hui en retard au travail, pour avoir perdu du temps à faire le tour du quartier à la recherche de quelques litres d'eau nécessaires au fonctionnement du ménage.

Paradoxe des paradoxes : bien des Brazzavillois souhaitent le retour de leurs frères du pays voisin. "A condition bien sûr que ces derniers soient en règle, et que les Kuluna, dont les actes violents ont causé beaucoup de dégâts ici, ne remettent plus les pieds à Brazzaville", insistent-ils. Reste que même s'ils souhaitent retraverser le fleuve Congo, les Congolais de Kinshasa vont y réfléchir à deux fois. Nul doute que de ce côté aussi, la leçon des tracas économiques qui ont suivi ces expulsions devrait favoriser un autre regard sur ces "Zaïrois" une fois régularisés. Leur poids économique et social a pu être mesuré à l'aune des problèmes posés à Brazzaville au lendemain de l'opération "Bata ya Bakolo".

Source : Par Muriel Devey Malu-Malu, de Brazzaville

http://www.lepoint.fr/afrique/economie/congo-les-zairois-expulses-brazzaville-trinque-13-05-2014-1821893_2033.php

 

 

 

Commentaires  

 
0 #10 BIGG King 15-05-2014 11:26
On s'en fout qu'il y ait pénurie de petite denrées! Et alors? C'est d'abord une bonne raison pour que les Congolais se mettent au travail.Tous les pays ont tjrs eu ce pb de dépendance,mais il faut savoir décider sinon on écartera les fesses qu'on nous la foute profond pour le manque de sucre ou de savon??
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0 #9 Menga 14-05-2014 13:35
La question essentielle est la suivante: Pourquoi les Congolais passent-ils pour les plus détestés par tous leurs voisins ?
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0 #8 Kabasele Richard 14-05-2014 13:13
Nous sommes sideres par les reactions des nos autorites qui ne cadrent pas souvent avec des solutions. le Congo Brazza est en droit de refouler les irreguliers vivant sur son territoire. Les autorites congolaises devraient se concentrer a la recherche de la solution pour devoir resoudre le probleme en se regardant en face et non en accusant les autres. Pourquoi les congolais de Kinshasa sont ils en situation d'irregularite en dehors du pays? C'est simple, Il ne peuvent pas payer le passeport, ils ne peuvent pas y acceder pour deux raisons: le prix et son inaccessibilite deja a Kinshasa plus fort encore en province. Le parlement doit revoir les prix des documents officiels (dollars???) et leurs distribution. Ne nous voilons pas la face c'est notre faute et non celle des autres. le prix du laissez passer entre Goma et Gisenyi est passe de 2 a 5 dollars. Pourquoi? Et pourquoi les pauvres citoyens ne peuvent pas trouver comment passer par des petits sentiers?
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0 #7 Sangu 14-05-2014 13:08
Ca ne s'arrêtera pas là nous allons aussi suspendre la fourniture d’énergie électrique au Congo-Brazzaville qui a dépassé les limites, tout en fermant toutes les frontières en raison de son indifférence aux souffrances des Congolais de la RDC qu’ils ont expulsés. On verra ce que votre Sassou de merde fera....
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0 #6 Thomas Makamu 14-05-2014 13:02
...Voilà pourquoi il y a quelques semaines nous mettions en garde nos décideurs contre la construction précipitée du pont Brazzaville-Kinshasa qui ferait dépendre en bonne partie la RDC de Pointe-Noire. En ce moment, la République du Congo pourra nous faire chanter à sa guise en commençant simplement par nous couper les vivres. Construisons d’abord notre propre voie nationale avec l’érection du port en eaux profondes de Banana avant de jeter le pont Brazzaville-Kinshasa. Il y va de l’intérêt de la sécurité de la RDC.

Thomas Makamu :http://www.onewovision.com/actu-rdc/Expulsions-des-Congolais-Brazzaville-souffle-le-chaud-et-le-froid-et-Kinshasa-est-sans-reaction,i-20140430-db48
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0 #5 Thomas Makamu 14-05-2014 13:01
....quand on analyse les faits, Brazzaville, à la date d’aujourd’hui, est dépendante de Kinshasa en produits alimentaires et autres. Il suffit pour cela, à défaut des statistiques, d’observer ce qui se passe au Beach Ngobila. Si Kinshasa pouvait fermer le beach (sauf pour accueillir nos compatriotes expulsés) en guise de représailles, les autorités de Brazzaville lâcheraient du lest. Si nous avons des tripes, il faut que nous arrivions à le faire.

Thomas Makamu :http://www.onewovision.com/actu-rdc/Expulsions-des-Congolais-Brazzaville-souffle-le-chaud-et-le-froid-et-Kinshasa-est-sans-reaction,i-20140430-db48
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0 #4 sabine 14-05-2014 11:26
Les congolais sont trop paresseux , ils vont se mettre au travail maintenant c'est bien fait. Maintenant on va voir s'ils vont encore faire la bouche avec leurs zaïroises partout
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0 #3 Clarisse 14-05-2014 10:55
A quand l'expulsion des "makangou" des ministres et autres dignitaires congolais. On expulse les petits "congolais sans soutiens" le soir ils sont entre les cuisses des zaïroises sans papiers... quelle hypocrisie
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0 #2 DAC 14-05-2014 09:41
Merci pour cette remarque justifiée . En fait AFP a repris cet article du Point . Nous manquerons pas de rectifier
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0 #1 marie 14-05-2014 06:51
la vraie source de cet article n'est pas l'AFP mais le Point. voir le lien : http://www.lepoint.fr/afrique/economie/congo-les-zairois-expulses-brazzaville-trinque-13-05-2014-1821893_2033.php
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