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Après le drame du 04 mars 2012 : L’arrestation du colonel Ntsourou doit-elle entraîner celle de son supérieur hiérarchique, le contre-amiral Jean-Dominique Okemba ?

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Depuis le lundi 7 mai 2012, le volet judiciaire, faisant suite à l’enquête sur le drame du 4 mars, menée par une commission spéciale, a été déclenché. Selon le gouvernement, «23 suspects, dont 22 militaires ou assimilés et 1 civil, ont vu leurs dossiers transmis au parquet.

A l’issue de l’instruction, le procureur de la République (près le tribunal de grande instance de Brazzaville) a notifié aux 23 suspects leur inculpation avec 11 chefs d’accusation et leur a décerné un mandat de dépôt». Parmi ces suspects, il y a le colonel Marcel Ntsourou, secrétaire général adjoint du C.n.s (Conseil national de sécurité), aujourd’hui suspendu de ses fonctions. Son interpellation a nourri des rumeurs selon lesquelles si lui est impliqué, son chef hiérarchique, le secrétaire général du C.n.s, le contre-amiral Jean Dominique Okemba, devrait, également, subir le même sort. A vrai dire, la réalité est plus complexe que les raccourcis distillés dans l’opinion.

Au commencement, il y a la création, en 2002, du  C.n.s (Conseil national de sécurité), un organe permanent qui assiste le président de la République, dans la préparation et l’exécution des décisions concernant la sécurité et la défense du territoire national. Institution spécialisée existant surtout dans les démocraties à régime présidentiel, le C.n.s coordonne les actions de toutes les forces militaires et structures civiles qui concourent à la protection de l’Etat. Il faut dire que chez nous, la création du C.n.s répondait à l’impératif de réforme du système de sécurité.

A la tête d’une telle institution, le chef de l’Etat ne peut, évidemment, y placer qu’un homme de confiance. Autour de lui, quelques officiers fidèles manifestent l’ambition de prendre la direction de cet organe. Car, qui contrôle le C.n.s, contrôle, évidemment, la sécurité du pays. Mais, le président Denis Sassou Nguesso, après avoir longtemps cogité comme à son habitude avant de nommer, se tournera vers son conseiller spécial, le capitaine de vaisseau (colonel) Jean-Dominique Okemba, qui se trouve être aussi son neveu. Et pour cause, celui-ci a démontré sa fidélité, à travers sa fonction de conseiller spécial du chef de l’Etat. Le 30 décembre 2002, il est nommé, par décret présidentiel, secrétaire général du C.n.s. Mais, étant, souvent, en déplacement avec le président de la République, il lui faut un adjoint. Contre l’avis de certains caciques du pouvoir, Jean-Dominique Okemba propose le colonel Marcel Ntsourou. Ainsi, le secrétaire général et son adjoint sont des colonels.

Est-ce pour renforcer son autorité? Toujours est-il qu’en 2004, Jean-Dominique Okemba fait partie des officiers promus au grade de général de brigade. Cela provoque des grincements de dents chez ceux qui voient ce jeune officier monter rapidement les échelons et étendre son influence dans le système de sécurité du pays. Plus il a de l’influence, plus ses détracteurs ne l’épargnent plus, l’accusant même de velléités de renverser son oncle de président. Discret, systématiquement présent aux côtés du chef de l’Etat dans les manifestations publiques, Jean-Dominique Okemba gêne. Mais qui? Ceux qui veulent prendre sa place ou qui nourrissent d’autres ambitions? La chronique de la rumeur ne désemplit pas d’articles contre lui.

En 2010, l’année du cinquantenaire des indépendances de plusieurs pays anciennement colonies françaises d’Afrique, Jean Dominique Okemba est élevé, avec quelques autres compatriotes, au grade d’officier de la légion d’honneur française, par le président Nicolas Sarkozy. Le jeudi 10 février 2011, l’ambassadeur de France, Jean-François Valette, lui épingle la médaille à la veste. «En recevant la légion d’honneur, je n’oublie pas que je la dois à Son Excellence Monsieur le président de la République, auprès de qui je m’efforce, chaque jour, d’être un collaborateur fidèle, loyal et rigoureux. Je saisis ce moment pour le remercier et l’assurer, une fois de plus, de mon dévouement dans l’accomplissement de mes tâches», déclare le récipiendaire, dans son mot de circonstance. Le couple présidentiel est présent à la cérémonie, à la case De Gaulle (la résidence de l’ambassadeur français). Un véritable signal de la confiance dont jouit le conseiller spécial de la part du président Sassou Nguesso, qui pouvait aisément remarquer que de toutes ses années de pouvoir, jamais un officier général proche de lui n’a été élevé à un tel niveau de distinction de la part d’un pays ami comme la France.

Mais, le malaise ne cesse de grandir avec son adjoint, qui serait mécontent de n’avoir pas été promu au grade de général, après tous les services rendus au président Sassou Nguesso. Le 6 mars 2011, le secrétaire général adjoint du C.n.s, foulant aux pieds le droit de réserve qui le lie à son état d’officier et à sa fonction, organise, à sa résidence, à Brazzaville, un meeting réunissant, selon le journal satirique Talassa, seul à en rendre compte, «plus de mille personnes dont des militaires et des civils». Au cours de cette rencontre, «Marcel Ntsourou a dénoncé, avec la dernière énergie, tous ceux qui ne cessent de l’accuser, depuis quelques temps, de piller, de tuer en série, mais aussi de fomenter un complot visant à renverser le pouvoir en place», écrit le journal cité.

Mais, plus que le discours, c’est la forme de l’expression qui étonne. Pourquoi avoir fait une démonstration de force, en regroupant des militaires à un meeting aux accents politiques? L’armée est apolitique et tout le monde le sait. Les services n’ont pas manqué de trouver du grain à moudre, dans ce surprenant meeting tenu par un officier supérieur qui est au cœur du secret d’Etat. Dès lors, l’opinion est au courant du malaise qui couve entre le secrétaire général du C.n.s et son adjoint et les commentaires vont dans tous les sens, particulièrement sur la toile.

Le 3 mars 2012, le secrétaire général adjoint du C.n.s récidive, en tenant, toujours à sa résidence officielle, à côté de la Maison d’arrêt, un discours aux accents politiques et ethniques prononcés, à l’occasion de son 56ème anniversaire et de ses 29 ans de carrière militaire. Fait nouveau: le discours est volontiers critique, menaçant, à l’égard du président actuel et des leaders de l’opposition sont présents parmi les cinq cents invités à la manifestation.

Le colonel Ntsourou se montre même reconnaissant au président Pascal Lissouba (qu’il avait aidé pourtant à renverser en 1997), pour l’avoir promu au grade de colonel.

Est-ce la goutte d’eau qui fera déborder le vase? Toujours est-il qu’après son arrestation, dans le cadre de l’enquête sur l’origine de l’incendie du dépôt de munitions du régiment blindé de Mpila, ce discours est devenu une preuve de son hostilité au régime dont il assurait, pourtant, la sécurité et surtout une pièce rapprochée au drame du 4 mars, car l’auteur y parle de «prendre ses responsabilités par tous les moyens». Maintenant que le volet judiciaire de cette affaire est déclenché, ses avocats devraient batailler fort pour prouver le contraire.

Pour le secrétaire général du C.n.s, il n’y a pas à mélanger les torchons et les serviettes. Les actes qui sont reprochés à son ex-adjoint ont été posés dans le cadre de ses activités personnelles et non dans le cadre de ses responsabilités au C.n.s. D’ailleurs, après son interpellation, une note a été prise pour le suspendre de ses fonctions de secrétaire général adjoint du C.n.s, de façon à ce qu’il réponde de ce qui lui est reproché, comme à d’autres officiers de la force publique, incarcérés dans le cadre de la même enquête. Quand on est secrétaire général adjoint d’une institution en charge de la sécurité du pays, le droit de réserve devient une règle d’or. Et un grade d’officier général ne se revendique pas par des menaces ou des revendications ethniques.

Par ailleurs, le Congo est une République et s’efforce d’être un Etat de droit. Aucune communauté ethnique n’a à répondre des actes posés par un citoyen, fut-il officier supérieur de l’armée. On sait ce que l’instrumentalisation ethnique, par des politiciens et leurs officiers, a engendré dans le pays durant la décennie 90 qu’il n’est pas souhaitable de recommencer. Chacun doit répondre de ses actes: voilà ce qui démontre tout l’intérêt du procès sur le drame du 4 mars.

Joël NSONI

Source La Semaine Africaine

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CONGO:INTERROGATOIRE,Pendant dix jours, Jacques Landry a interrogé avec succès les suspects d’une explosion mortelle

Un expert québécois s’illustre, Maître de l’interrogatoire, l’ex-lieutenant de police Jacques Landry revient tout juste d’un séjour hors de l’ordinaire au Congo, où on a fait appel à son expertise pour interroger les militaires impliqués dans l’explosion d’un entrepôt de munitions qui a rasé une partie de la ville et fait plus de 220 morts et 1500 blessés.

La tragédie s’est produite le 4 mars dernier, dans le secteur Mpila, à Brazzaville. Plusieurs explosions successives se sont fait entendre, laissant croire à des bombardements ou un coup d’État.

Or, il n’en était rien : l’immense hangar, qui servait d’entrepôt pour des missiles, des lance-roquettes, des armes automatiques et des engrais chimiques servant à la composition de bombes, avait explosé.

Deux militaires sont morts et une douzaine d’autres affectés à l’entrepôt ont été arrêtés.

Pour soumettre ces suspects à un interrogatoire, les autorités ont choisi de puiser dans l’expertise québécoise : on a offert ce contrat des plus particuliers à Jacques Landry, ancien membre de l’unité des crimes contre la personne de la SQ, ancien enseignant à l’école de police de Nicolet, aujourd’hui enseignant à l’Université de Montréal et auteur.

10 jours d’interrogatoire

Véritable spécialiste de l’interrogatoire et du détecteur de mensonges, l’homme de 58 ans s’est rapidement envolé pour l’Afrique, où il a mené des interrogatoires, retransmis en direct devant les membres de la commission.

Dix jours d’interrogatoire, à raison de quatre à sept heures par jour. Un séjour qu’il n’est pas prêt d’oublier.

La thèse criminelle a vite été écartée et celle de l’accident dû à la négligence a été privilégiée.

Il en ressort que des règles non suivies et la négligence de certains membres de la sécurité sont à l’origine du drame.

« Quatre militaires fumaient à côté du réservoir à engrais qui coulait tellement il était rouillé », donne en exemple M. Landry.

Tristes souvenirs

Quand on démarrait la génératrice, des étincelles jaillissaient. Lorsqu’on ouvrait un robinet d’eau chaude, on pouvait ressentir un choc électrique. Toutes des défaillances qui démontrent de la négligence, selon M. Landry.

« Quand le chargé d’équipe a crié au feu, personne n’a tenté de l’éteindre, raconte-t-il. Ils se sont plutôt enfuis. »

M. Landry revient de ce périple avec une expérience unique dans ses valises et des tristes souvenirs d’un drame évitable qui a touché des milliers de Congolais déjà affectés par la pauvreté.

Source Journal de Montréal, publié le lundi 21 mai 2012

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Une expérience mémorable

L’expérience de l’ex-policier au Congo figure parmi celles qui l’ont certes le plus marqué.

Appelé à œuvrer dans ce pays au climat politique et militaire bien différent du nôtre, son travail s’est fait dans des conditions plutôt particulières.

Un séjour au cours duquel sa propre sécurité fut un enjeu constant. Logé dans un hôtel peu confortable, on lui avait affe4cté des accompagnateurs pour le protéger, tant à l’hôtel que dans ses déplacements.

« Je n’ai pas dormi pendant 11 nuits », dit-il, mi-ironique, mi-sérieux, alors que les coups de feu résonnaient dans la nuit.

Pourtant, M. Landry en a vu d’autres au cours de ses 26 années passées à la Sûreté du Québec, notamment affecté aux pires meurtres, enlèvements et agressions sexuelles.

La visite des lieux du sinistre est un souvenir qui l’a marqué et qu’il gardera en mémoire toute sa vie.

« C’est comme si tout le quartier Hochelaga-Maisonneuve avait été soufflé par l’explosion », dit-il.

Les images du quartier Mpila, croquées par les photographes de presse, montrent la dévastation et valent d’ailleurs mille mots.

« Je vais me souvenir de ce voyage toute ma vie », dit-il.

Source Journal de Montréal, publié le lundi 21 mai 2012

Commentaires  

 
0 #4 Yves Mabouloua 24-05-2012 16:00
En attendant de savoir si les accusations portées contre le colonel Ntsourou et les autres suspects sont fondées, la thèse d'une tentative de putsch, évoquée dès les premières heures de la catastrophe, semble désormais privilégiée par les autorités au détriment de celle de l'accident.
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0 #3 Yves Mabouloua 24-05-2012 16:00
Le colonel Marcel Ntsourou, principal suspect

L'affaire prend une dimension particulière quand on sait que le principal suspect n'est autre que le colonel Marcel Ntsourou, numéro deux du Conseil national de sécurité, que dirige Jean-Dominique Okemba, conseiller spécial du chef de l'État. Proche de Sassou-Nguesso, qu'il a soutenu pendant la guerre civile de 1997, cet officier aurait, selon certaines sources, pris ses distances avec le pouvoir, envers lequel « il ne cessait de tenir un discours très critique ». On le présente comme un aigri, qui remâchait sa déception de n'avoir jamais été promu général. Le 3 mars, lors d'une réception à son domicile, Ntsourou aurait annoncé à ses hôtes que « la peur [allait] bientôt changer de camp ». Un stock d'armes aurait été trouvé chez lui.
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0 #2 Ya Sanza 23-05-2012 17:16
Alors, si l'avis de l'expert est valide, que fait Marcel Tnsourou dans les geôles de la république ? Il est évident que s'il n'y a pas geste malveillant il ne peut y avoir de coupable du moins dans les termes présentes.
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0 #1 Ya Sanza 23-05-2012 17:16
Alors, si l'avis de l'expert est valide, que fait Marcel Tnsourou dans les geôles de la république ? Il est évident que s'il n'y a pas geste malveillant il ne peut y avoir de coupable du moins dans les termes présentes.
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