Vous êtes ici >> Actualités A la une Technologie Identification des utilisateurs de cartes SIM et Fibre optique au Congo

Flash information

***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

Identification des utilisateurs de cartes SIM et Fibre optique au Congo

Envoyer Imprimer PDF

Je rejoins le ministre des postes et télécommunications chargé des nouvelles technologies de la communication, Thierry Moungalla (TM), dans le hall de l’Atlantic Palace qui semble être devenu un lieu d’hébergement subventionné par le gouvernement (1). Je l’aperçois installer avec un petit groupe en discussion dans un salon en contrehaut du hall.

 

 

S’avisant de ma présence, il m’invite à le rejoindre. Il me présente à Yves Castanou (2), directeur de l’ARPCE (3). Il m’offre une place sur son canapé. Après un petit échange un peu viril mais résolument cordial TM me dit pourquoi, à son avis, mes précédents articles à son sujet étaient mal documentés (4)), nous passons à son emploi du temps de la matinée, d’évidence la raison première de sa venue dans la capitale économique :

La présentation de l’opération d’identification des détenteurs de cartes SIM au niveau national auprès des opérateurs de la capitale économique.

TM démontre qu’il connaît le sujet et c’est un bon orateur, mais il passe le témoin à Yves Castanou , parfait dans son rôle de technico-commercial de très haut niveau. Cependant ni l’un ni l’autre ne parvient à me convaincre que cette identification est indispensable, bénéfique et respectueuse des libertés individuelles.

Leurs arguments :

1. Dans tous les pays, inclus en France, les abonnés sont identifiés ;

2. L’identification est une garantie contre les appels malveillants ;

3. Les fichiers sont créés par les opérateurs et gérés par eux - Les seuls renseignements devant figurer sont le nom, le prénom et l’adresse (5) ;

4. La police n’y a pas accès - Seule une réquisition du parquet peut autoriser une consultation du fichier ;

5. Le pays n’est pas outillé pour assurer la surveillance des conversations téléphoniques…

Mon avis en réponse :

1. Ce n’est pas parce que presque tous les pays du monde ont décidé de policer leur téléphonie mobile que les rares qui ne l’ont pas fait sont forcés d’emboiter le pas. Ne pas le faire démontrerait par contre le libéralisme de l’Etat.

2. Si c’est pour lutter contre quelques obsédés sexuels ou maniaques de l’insulte que l’on met en place ces mesures, c’est que les délits plus graves ont été éradiqués.

3. Les opérateurs vont systématiser la photocopie des pièces d’identité produites, d’autres renseignements seront donc récoltés, permettant la constitution de banques de données liées aux habitudes de consommation de chacun. Parfaitement revendables à des opérateurs commerciaux.

4. Dans un pays dans lequel le matabiche est une institution, comment garantir l’étanchéité des fichiers ? Comment se garantir des possibilités de fuites ou indiscrétions provenant des employés des opérateurs ? Rien ne garantit l’impossibilité d’interconnexion des fichiers avec des services ou des individus qui ne devraient pas les voir.

5. Le Congo doit donc être le seul pays au monde où les écoutes téléphoniques n’existent pas. Ceci dit, je pense que le "flicage envisagé" est plus commercial que politico-policier. Si un malfaiteur, un révolutionnaire, un terroriste, un gangster, un factieux veut monter un coup, il se débrouillera toujours pour trouver un prête-nom ou un pirate de l’informatique pour lui procurer une carte SIM inidentifiable. La mesure nous paraît donc policièrement inutile.

La conversation dérive sur l’éventualité de création d’une commission de contrôle de la procédure, équivalent congolais de la Commission Nationale Informatique et Liberté française (CNIL). L’idée semble séduire Yves Castanou, dommage qu’on n’y ait pas pensé avant de lancer l’opération d’identification qui semble donc démarrer dans un vide juridique et sans réel contrôle. C’est bien là qu’à notre avis le projet est inquiétant et mal préparé. Les congolais ont besoin d’être rassurés, ce n’est pas ainsi qu’on y parviendra.

Thierry Moungalla n’est ni naïf ni aveuglé par l’intérêt pour ne pas percevoir l’aspect liberticide de cette mesure, il n’en laisse pourtant rien paraître. Je sais pourtant qu’il fût un temps où il serait vaillamment monté au créneau. A-t-il changé ou ses desseins doivent-ils s’accommoder de ses scrupules ?

Nous nous déplaçons jusqu’à la suite du ministre.

Nous y évoquons le contrôle des appels entrants. TM et YC insistent sur le fait que ce contrôle a permis d’éviter que le Congo ne soit utilisé à des fins crapuleuses comme hub de transit de communications téléphoniques empruntant des "routes grises". La taxation des appels entrants (131 F.CFA par appel, moitié pour l’Etat et les opérateurs public et privés du secteur, moitié pour l’opérateur GVG) a permis aux parties concernées d’améliorer leurs performances financière et à l’usager congolais de pouvoir appeler l’étranger à des tarifs très bas puisque les appels sortants ne sont pas concernés. Un argument un peu fallacieux est évoqué par le ministre qui semble considérer que les conditions de vie des congolais de la diaspora sont meilleures que celles de ceux qui vivent au pays. Ils pourraient donc supporter le surcoût avec moins de difficultés. Tant mieux pour nous et tant pis pour eux en quelque sorte.

Nous obtenons une réponse à un article paru dans le Moustique à propos des émoluments de Global Voice Group. Cet article affirme qu’il existerait une marge de 20 ou 25% des recettes du trafic entrant. TM dément une telle marge. Il s’insurge par ailleurs des affirmations contenues dans ce papier quand aux rétroversions dont il bénéficierait de la part du sous-traitant. « Cinq millions d’euros de rétro commissions pour le ministre ! On nage en plein délire là, sachant que ce montant est à peu de choses près les trois quarts de ce que le système de contrôle rapporte en un an à l’Etat congolais », affirme TM. GVG est sous contrat pour 5 ans. Par contre, TM affirme que le tarif de 131 f CFA/minute intègre, pour la part revenant à l’opérateur technique GVG, l’amortissement du matériel livré et la nécessaire marge commerciale lui revenant.

TM déplore également la méconnaissance des bonnes pratiques internationales en la matière de la part de l’auteur de l’article du Moustique. Celui-ci aurait voulu que le système soit logé chez l’opérateur historique Congo Télécom. Le ministre rappelle que Congo Télécom est elle-même actrice du secteur, et gère à ce titre ses propres appels entrants. Lui donner la maitrise du système de contrôle pour tous les opérateurs aurait fait d’elle une sorte de « juge et partie ». Par contre, la bonne gouvernance du secteur est assurée par l’ARPCE de Castanou. C’est donc elle qui gère le système au nom de l’Etat. TM conclut sur la difficulté à répondre à de tels articles : « Si on garde le silence, les gens se disent que ce qui est écrit est vrai ; si on répond, les mêmes affirment que nous mentons forcément, voilà le dilemme ! ».

J'ai demandé à un ami très bien informé ce qu'il en est des écoutes téléphoniques :

J'ai reçu la réponse suivante : "Au sortir de la guerre du 05 juin, la mise en place du système d'écoute et de brouillage des communications a été l'une des premières mesure prise par le nouveau pouvoir. l'antenne a été placée sur le toit de la tour Nabemba ( raison pour laquelle contre toute attente , la refection de cette tour a été confiée au ministre Pierre Oba , à l'époque, ministre de l'intérieur). Tu vera en face de la tour, un peu en biais de l'autre côté de la ruelle, juste à côté de boutique Yahya , une petite porte toujours fermée . C'est là quétait installé tout le matos. c'était assez rudimentaire jusqu'en 2000. Mais depuis, le Congo a dû avoir assez de moyens pour faire mieux.
A ce jour ce service est "déconcentré" auprès de toutes les sociétés de téléphonie mobile. Ils n'ont pas les moyens de placer tout le monde sous écoute ,alors ils en ont sélectionné quelques uns et pour le reste ils font le "cheking" ! Tout ça est supervisé par le Conseil National de Sécurité dont le directeur de cabinet (Okemou) a été pendant longtemps (sous Sassou 1) le directeur général de l'ONPT".

Pour en finir avec le volet téléphonie, TM évoque la prochaine grande étape du secteur : l’octroi attendu de licences 3G au cours de l’année 2011. L’arrivée de la 3G augmenterait considérablement la qualité et le nombre des services offerts.

La fibre optique au Congo

Deuxième objet de la visite du ministre à Pointe-Noire, l’arrivée, très attendue de la fibre optique sur le territoire congolais. TM m'explique longuement les différents problèmes qui ont induit des reports à répétition, il s'exonère de leur responsabilité tout en reconnaissant qu'il a parfois parlé trop tôt.

Les opérations d’atterrage du câble sont prévues pour la matinée du samedi. Nous nous fixons donc rendez-vous pour 7h30.

Je suis invité à prendre place dans l’une des voitures de la délégation qui se rend à Matombi, sur le site que nous avons visité voici un an, j’avoue que je me la "pète un peu" dans ce cortège escorté par les motards de la police nationale devant lequel tout le monde s’écarte respectueusement. Nous passons devant le chantier de construction de la station terminale, à proximité de la préfecture du Kouilou.

La délégation se rend sur la plage, où les opérations d’atterrage sont déjà en cours, pour l'inévitable coupure du ruban. Un bateau est ancré à quelques centaines de mètres duquel part une rangée de bouées jaunes soutenant le câble lui-même retenu à terre par un bull et une pelle hydraulique.

Monsieur Akouala donne quelques précisions techniques. Le câble WACS de 14400 km de long relie le Portugal, et avant lui la Grande Bretagne et l’Afrique du Sud avant de poursuivre son périple jusqu’en Inde. Il passe à 300 km des côtes congolaises. La bretelle en cours de pose n’y est pas encore reliée mais elle le sera tout prochainement. Le câble sous marin se prolonge à terre sur 130m jusqu’à un regard en béton où lui sera connecté le câble terrestre qui transitera par la station terminale avant de desservir Pointe-Noire où la boucle urbaine est déjà construite et Brazzaville et les villes traversées via la ligne électrique THT en construction. Au-delà de Brazzaville la fibre suivra aussi le chemin des lignes THT pour rejoindre Ouesso dans les mêmes conditions.

En ce qui concerne la disponibilité de la liaison à haut débit, elle est prévue pour le dernier trimestre 2011.

Je fais remarquer que la distance séparant la chambre de l’estran ne peut laisser espérer que huit années avant que l’érosion marine ne l’atteigne. Thierry Moungalla me répond que ce problème est celui du ministère de la marine marchande. Je me tourne donc vers le ministre en charge, Martin Aimé Parfait Coussoud-Mavoungou, qui fait partie des officiels conviés à la cérémonie, et lui pose la question qui me tient depuis longtemps à cœur :

— Quelles sont les mesures que le ministère compte prendre pour lutter contre les effets de l’érosion ?

La réponse du Ministre me laisse pantois.

— Tu le sauras en temps voulu…

Malgré mon insistance, je ne parviendrai pas à en savoir plus.

Il est désormais incontestable que la fibre est arrivée au Congo et si pour l’instant rien ne peut encore y transiter, seule sa mise en service au 4e trimestre 2011 peut faire espérer un retour sur investissement. Reste à savoir quelle sera la politique commerciale des fournisseurs d’accès pour pouvoir dire si elle sera à la portée de tous comme il est souhaitable. Il est probable qu’au début, ce ne sera pas le cas mais comme seul le nombre permettra de rentrer dans les frais on peut supposer que la concurrence fera rapidement baisser les prix.

La fibre optique, c’est l’ouverture vers de nombreuses applications dont l’internet à très haut débit, la télévision numérique terrestre, et les applications professionnelles spécialisées dont la plupart restent à inventer. Un grand pas en avant vers la modernité si l’effort se poursuit.

Dernière minute : Un appel de TM vient de m'apprendre que si Alcatel tient ses délais, Pointe-Noire devrait être connectée, au moins pour des essais fin juillet ou début août.

Comme beaucoup le pensent, je me fais peut-être avoir par le charisme de Thierry Moungalla, mais je demeure convaincu qu'il est bien loin de porter le costume de traître que beaucoup pensent qu'il a endossé. TM a accepté un job, il a l'intention de le mener aussi loin qu'il le pourra. Il sait qu'il ne gardera qu'un temps son portefeuille le jour où il devra le rendre il redeviendra un homme ordinaire avec une bien meilleure connaissance du monde politique que celle qu'il avait avant d'occuper la charge ministérielle. Nombreux seront parmi ceux qui le critiquent aujourd'hui pour son allégeance au pouvoir qui voudront alors s'attacher ses services.

Notas :

1- Plusieurs suites y seraient louées à plein temps pour les très hauts responsables de passage.

2- Le site du journal Talassa n’a pas pour habitude d’encenser les nominations aux postes de responsabilité, suivez pourtant ce que ce périodique d’opposition pure et dure a écrit lors de la nomination de Y. Castanou.

3- Agence de Régulation des postes et des Communications Électroniques.

4- Il m’affirme entre autres que son autorité sur l’ARPCE, dirigée par Y. Castanou et la téléphonie fixe sous la direction d’Akouala, n’est en rien diminuée et que le projet fibre optique a toujours été managé par la DGGT. Si TM a repris la main sur les deux premiers secteurs, je l’en félicite. Les renseignements qui m’ont permis de rédiger mes papiers provenant d’une source très proche du pouvoir, j’ai quelque mal à les mettre en doute. La versatilité du jeu politique fait que les positions changent souvent et de manière imprévisible. J’accorde donc au ministre le bénéfice de ce qu’il déclare.

5- L’adresse est un renseignement cocasse. A Pointe-Noire les rues sont pour la plupart non dénommées ou, si elles le sont, tout le monde ignore leur nom. Une adresse ressemble donc à : "Sur la ligne 8, deuxième ruelle à gauche après l’arrêt Machin, troisième ruelle à droite après le nganda Bidule, deuxième parcelle à droite". Mais ça peut être beaucoup plus compliqué.

Commentaires  

 
0 #4 robe ethnique chic 03-09-2016 01:36
Je pataugeais quelques peu dans la choucroute et une fois visité votre blog, je comprends
. Merci beaucoup
Citer
 
 
0 #3 Ponsy Miété Likibi 01-06-2016 18:23
Bonsoir Messieurs! Je suis Monsieur Ponsy Miété Likibi. Je souhaiterais que vous m'envoyiez votre adresse e-mail, car je voudrais vous contacter.
Je vous remercie.
Citer
 
 
0 #2 bathroom 04-07-2014 08:11
If you choose a day that is too windy, you will inevitably find pieces
of grass and dirt in your finish. On top of its strength and durability, oak is also water and stain resistant.
Take your existing cushion cover and use it as the base.
Citer
 
 
0 #1 Bienvenu Hounounou 01-07-2013 21:54
Bonjour et merci a vous d'avoir redige cet article qui comme peu d'autres constitue une source informations pour les congolais (au pays ou ailleurs)...
Auriez-vous des informations recentes (juillet 2013) sur le projet d’installation de la fibre optique au Congo Brazzaville?...Le projet a-t-il ete acheve?...La fibre obtique et les avantages qu'elle apporte sont-ils enfin a la portee des congolais ou est ce que tout cela n'est pour le moment qu'une autre promesse non tenu de notre...?
Citer
 

Ajouter un Commentaire

Vous vous engagez à ce que vos contributions (1) soient dénuées de :
• propos à caractère tribal, ethnique, raciste, xénophobe, révisionniste ou pédo-pornographique;
• toute instigation, dérivés sécessionnistes ou séparatistes du CONGO-BRAZZAVILLE ;
• propos injurieux, diffamatoires, ou portant atteinte à la vie privée, au droit à l'image, ou aux droits de la personnalité de quiconque;
• propos portant atteinte à la dignité humaine;
• provocation à la violence, au suicide, au terrorisme et à l'utilisation, la fabrication ou la distribution de substances illégales ou illicites;
• provocation, apologie ou incitation à commettre des crimes ou des délits et plus particulièrement des crimes contre l'humanité;
• contenu à des fins de réclame, de propagande, de prosélytisme.
En outre, invectives, attaques personnelles et harcèlement n'ont pas leur place sur le site DAC-PRESSE, dont l'objectif est de permettre un débat libre et de qualité.
Cette liste est non exhaustive et le respect des textes en vigueur, même non spécifiquement mentionnés ici, est requis.


Code de sécurité
Rafraîchir