23/03/2017

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***** Le Congo dans le rouge : Le pays s’est ré-endetté à hauteur de 2.700 milliards FCFA en 2015 . *******

Le CFCO, un monument à remettre sur les rails

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Seule voie terrestre entre Brazzaville et l’Atlantique, le Chemin de fer Congo-Océan reste sans repreneur. Trop délabré. L’État, qui a dû lancer lui-même le plan de modernisation, espère voir le bout du tunnel l’an prochain.

Le 21 juin 2010, le train "Océan" à déraillé à Yanga, à 60 km de Pointe-Noire. Bilan : 56 morts et plus de 600 blessés. Pour les autorités, ce sont l’excès de vitesse et l’état d’ébriété du machiniste qui ont conduit à la tragédie. Le procès intenté par les proches des victimes est toujours en cours. L’accident n’a en tout cas pas contribué à rétablir la confiance des Congolais dans le Chemin de fer Congo-Océan (CFCO), dont beaucoup pointent du doigt les rames surchargées et la mauvaise gestion. La compagnie fait pourtant l’objet d’un programme de modernisation, engagé en 2007 et financé par l’État.

Vétusté du matériel roulant et des voies, irrégularité et insuffisance des trains : la liste des maux dont souffre le CFCO depuis les années 1990 est longue. Il y a vingt ans, il fallait neuf heures pour aller de Pointe-Noire à Brazzaville ; aujourd’hui, le trajet en prend… vingt ! L’une des premières causes de ce déclin est la guerre civile. De 1998 à 2000, face à la destruction du matériel, l’entreprise a dû suspendre ses activités.

Pourtant, le CFCO, inauguré en 1934 (lire ci-contre), est toujours une institution pour les Congolais. Et son rôle central ne s’est pas amoindri puisqu’il reste, pour le moment, la seule voie terrestre traversant le sud du pays, du fleuve Congo à l’Atlantique, pour relier ses deux grandes villes. Crucial pour le fret, il demeure aussi le seul moyen de transport pour des centaines de milliers de personnes qui n’ont pas les moyens de prendre l’avion.

Priorité au fret

Le gouvernement décide en 2004 de céder la concession de ce canard boiteux, mais, aucun acquéreur ne se pressant au portillon, il doit se résoudre à lancer lui-même le plan de redressement. « Depuis 2007, explique Séraphin Bhalat, chargé de mission auprès de la Délégation générale des grands travaux et coordonnateur du projet de réhabilitation et d’équipement du CFCO, l’État a investi quelque 40 milliards de F CFA (près de 61 millions d’euros) dans l’entreprise pour sa réhabilitation et son équipement. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un seul train pour assurer la navette. Dans ces conditions, le CFCO a préféré privilégier le trafic de marchandises et réduire celui des passagers au minimum. Cependant, vingt-trois voitures de voyageurs ont été commandées à la Corée du Sud, afin de rééquiper deux rames – une dans chaque sens –, qui seront mises en exploitation avant la fin de l’année 2011. »

Parallèlement, de vieux wagons de voyageurs sont en cours de réhabilitation et des trains spéciaux vont être mis en circulation : l’un entre Brazzaville et la région du Pool, l’autre entre Pointe-Noire et le Mayombe.

Le CFCO espère récolter en 2012 les fruits de ces mesures : la compagnie prévoit de transporter celle année-là près de 1,3 million de voyageurs et, compte tenu de la demande croissante des industriels et du développement des projets miniers, 1,65 million de tonnes de marchandises. Quant à l’avenir de l’entreprise, la seule issue possible semble désormais le recours à un partenariat public-privé. Selon Séraphin Bhalat, un appel d’offres en ce sens doit être prochainement lancé, avec le concours de la Banque mondiale.

Emporté par la foule

En attendant, malgré les risques, l’inconfort et la durée interminable du périple, chaque fois que le train part, il est bondé. C’est le cas en ce mercredi de février. Hommes, femmes, enfants, ils sont des centaines dans la cour de la gare. En plein cœur de Pointe-Noire, la petite bâtisse beige et marron à un étage est, dit-on, la réplique de la gare française de Deauville – une ressemblance qui se limite à l’architecture. Beaucoup sont assis par terre, cuisant sous le feu du soleil. Ils attendent le train de 11 heures qui, trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis, relie la cité océane à Brazzaville : un trajet de 510 km, parcourus, donc, en quelque vingt heures.

À l’intérieur, le grand hall est archicomble. Quelques autres centaines de voyageurs, certains venus de loin, ont passé la nuit là, pour ne pas risquer de rater le train – sachant que, comme le rappelle un avis de la direction, « les billets vendus sont valables le jour de leur achat et ne sont ni échangeables ni remboursables ».

Le train est déjà en place, sur une voie envahie par la mauvaise herbe. Pour parcourir les 100 m qui les séparent de la porte donnant accès à l’unique quai, les passagers sont contrôlés plusieurs fois par des agents des forces de l’ordre et du CFCO. Il y a de la tension dans l’air. Certains sont purement et simplement refoulés. D’autres tentent un raccourci, en passant de l’autre côté du quai, un chemin normalement interdit d’accès et également contrôlé. Mais pas de quoi décourager les téméraires, qui parlementent et, finalement, passent. Avec une agilité stupéfiante, un cul-de-jatte escalade en un temps record la clôture de la gare pour se retrouver sur le quai. Immédiatement suivi par un militaire en uniforme. Le chef de gare, impuissant, laisse faire, pendant que le train se remplit. Au millier de passagers correspondant à la capacité totale du train s’ajoute, immanquablement, un lot de « cabris » – surnom donné aux resquilleurs.

Dans les voitures, chacun s’assied où il peut et comme il veut, les billets n’étant pas nécessairement vendus en fonction des places disponibles. Et, brusquement, le train s’ébranle vers Brazzaville. Y a-t-il eu un coup de sifflet annonçant le départ ? « Oui ! » affirme le chef de gare. À peine audible cependant. Une femme arrive en courant, ticket à la main. Elle vient de rater le train, et va devoir acheter un autre billet. Perte pour la dame : 11 000 F CFA (près de 17 euros). Prochain départ : dans deux jours.