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Municipalisation accélérée du Pool : Des exigences contrastées

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La municipalisation accélérée qui a commencé en 2004 dans le département du Kouilou et qui se poursuit inexorablement fait actuellement l’objet d’une polémique qui ne pourrait laisser indifférent plus d’un observateur.

Une certaine opinion pense qu’il parait judicieux d’insérer dans les missions assignées à la municipalisation accélérée le volet économique.

Ce qui contraste outrancièrement avec sa philosophie originelle. Dans la recherche d’une solution à cette polémique, il s’avère aussi urgent qu’impérieux de rappeler les raisons fondamentales ayant présidé à sa création.

Ce débat qui semble prendre corps huit ans après l’institutionnalisation de la municipalisation accélérée est jugé d’inutile eu égard aux objectifs qu’elle poursuit. En effet, cette expérience consiste à doter les centres urbains et les villages centres en infrastructures de base fiables. Celles-ci couvrent notamment les domaines de la santé, l’éducation, l’eau potable, l’électricité ainsi que le secteur des voiries urbaines. A cette liste se greffe la construction des aéroports modernes. Ainsi circonscrite, la municipalisation vise la mise en place d’une nouvelle organisation municipale dans toutes les concentrations urbaines, avec à terme la création de nouvelles villes et le développement de l’administration décentralisée sur l’ensemble du territoire national.

En tout état de cause la municipalisation accélérée a mis un terme à la politique discriminatoire qui consistait à concentrer tous les efforts de modernisation dans les villes. Les villages étaient abandonnés à eux-mêmes sans autre forme de procès. C’est pourquoi ils sont restés sans écoles, sans dispensaires et sans ponts modernes comme s’ils étaient voués à l’obscurantisme. En vérité, la municipalisation accélérée est à tout point de vue la rampe qui propulsera le Congo vers un développement équilibré. A tort ou à raison, l’expérience de la municipalisation accélérée est une solution à la mal administration et au déséquilibre de développement entre les villes qui a toujours caractérisé notre pays.

L’introduction du volet économique dans les objectifs fondamentaux de la municipalisation accélérée est de nature à éloigner cette politique de ses missions fondamentales dont la mise en œuvre produit des résultats que tout le monde apprécie aujourd’hui. A preuve, les critiques et le scepticisme du début ont disparu pour laisser place à une adhésion totale. Par ailleurs, la proposition visant l’introduction du volet économique parait incompatible avec la doctrine libérale en vigueur depuis la conférence nationale souveraine. En effet, à l’issue d’un constat sévère du secteur d’Etat, il avait été exigé le désengagement de l’Etat du secteur productif. En revanche, son rôle consiste à mettre en place les conditions propices à l’émergence du privé. Ce qu’il fait merveilleusement bien à travers la municipalisation accélérée et la politique de la construction des infrastructures.

Son caractère tournant est certainement né de la volonté du Gouvernement à mailler le territoire national en infrastructures modernes. Aussi, il sied de rappeler les raisons à l’origine de la municipalisation accélérée. Le délabrement avancé des infrastructures, la chute déconcertante de l’autorité de l’Etat, les effets de la guerre, l’inefficacité budgétaire qui pour 100 francs d’investissement l’arrière-pays ne recevait que 20f et 80 francs étaient dilapidés au Centre. Tous ces faits conjugués ont poussé le Chef de l’Etat à procéder aux opérations coup de poing pour rattraper les retards et boucher les trous en vue de mieux asseoir la décentralisation.

La municipalisation accélérée se donne à comprendre à la fois, comme un projet, une politique et une technique originale de développement et de modernisation du territoire. Sa valeur ajoutée est telle qu’elle a fini par servir de modèle à suivre. On en veut pour preuve l’accueil qui lui est réservé par les populations dès l’annonce de sa programmation dans tel ou tel autre département, par le Chef de l’Etat. Sur le plan international, elle a servi d’exemple à certains pays voisins. Le Sénégal pour ne citer que ce pays qui s’était intéressé à cette expérience avait en 2009 invité le ministre en charge de la question à exposé sur le sujet à l’Université Cheik Anta Diop Contexte et origine de sa création.

Pour mémoire, c’est en 2002 que le Président de la République est élu sur la base de son projet de société «La Nouvelle espérance». Parmi les douze points qui constituaient l’ossature du projet de société, figurait en bonne place, la décentralisation du pays. L’Etat devrait transférer quelques unes de ses compétences aux collectivités locales. En perspective se profilait une vaste reforme de l’Etat qui devrait bouleverser son fonctionnement et conduire à la responsabilisation accrue des départements devenus par la même occasion des collectivités locales afin de mieux coller à la réalité administrative qu’impose la nouvelle gestion administrative du pays. Il s’agit essentiellement d’impliquer les populations dans la libre administration ainsi que la gestion de leurs affaires par elles-mêmes. Le jargon adopté par la Banque Mondiale pour mieux qualifier cette démarche indique qu’il s’agit là du «développement décentralisé et participatif».

A la suite de la mise en place du gouvernement, l’état des lieux préalable à la mise en œuvre éventuelle de la politique de décentralisation pour une bonne préparation de sa base juridique a permis d’aboutir à quelques tristes constats qui se sont articulés autour de trois axes. En premier, les ex-régions qui devenaient des départements n’avaient aucune base de développement viable pour permettre leur autonomisation afin de s’engager dans une décentralisation en rapport avec les attentes du gouvernement et en conformité avec les exigences des institutions de Bretton Woods. Des départements entiers étaient enclavés. Tous les symboles de la République et les services de base étaient presque inexistants. Cette situation désespérée compliquait la mise en œuvre de la décentralisation. Ce qui a conduit le président de la République à instruire le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation de procéder concomitamment à la viabilisation et à l’instauration de la décentralisation par la modernisation, la mise en place des services de base et des Conseils locaux. Ainsi, ce processus qui consistait successivement à renforcer l’autorité avait baptisé par?: «?la municipalisation accélérée?», un projet qui porte le nom de son objectif principal. Une idée originale à laquelle on adjoint l’épithète «tournant» arrimé à la fête nationale de l’indépendance en vue de permettre à chaque département de bénéficier de ses bienfaits.

Cette politique à l’avantage de lutter contre les disparités économiques départementales léguées par la colonisation ayant aggravé les relents ethnocentriques, véritable frein au sentiment national. Ceux qui déplorent l’insuffisance de la dimension économique de la municipalisation accélérée non seulement n’indiquent pas sous quelle forme pourrait-on procéder à la distribution des moyens mais aussi ignorent que les ministères jouent déjà ce rôle au quotidien. Comment peut-on s’interroger sur la dimension économique de la municipalisation accélérée quand on sait que sans bonne administration, sans routes, sans électricité et eau, sans base logistique, le développement économique est impossible. En tout état de cause, le grand enjeu de la municipalisation reste la réussite de la décentralisation qui passe par la modernisation des entités administratives. Sur ce plan, le Congo a réussi son pari. Même si dans certaines villes, on signale des éléphants blancs. Les résultats de la municipalisation se passent de commentaires. Le Congo aura fait en huit ans ce qu’il n’a pas pu faire en 50 ans.

Hilary Mbayi – Le Patriote


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