Le torchon brûle entre Lisbonne et Luanda. Alors que la justice portugaise a lancé une série d’enquêtes visant des hauts responsables politiques angolais, le président de l’ancienne colonie portugaise, José Eduardo Dos Santos, a menacé de faire sauter en éclats le partenariat en cours d’élaboration entre les deux pays.
« Avec le Portugal, malheureusement, les choses ne vont pas bien. Il y a eu des incompréhensions au niveau des plus hautes instances étatiques et le climat politique actuel n’encourage pas à mettre en œuvre le partenariat stratégique annoncé précédemment », a ainsi menacé le chef de l’État angolais devant le Parlement le 15 octobre.
Ces propos ont fait l’effet d’une douche froide au Portugal, pays dont l’économie vacillante contraste nettement avec celle de l’Angola, dopée par la manne pétrolière. Les investisseurs angolais sont pour le moins précieux pour cet État européen criblé de dettes. Les riches hommes d’affaires angolais rachètent à tour de bras les entreprises portugaises privatisées, offrent un débouché primordial pour les exportations portugaises et investissent massivement dans l’immobilier, notamment sur la côte.
Fonds suspects
À l’origine de la crise diplomatique : des soupçons de fraude fiscale et de blanchiment d’argent pesant sur plusieurs personnalités politiques, notamment le vice-président Manuel Vicente, et les deux filles du président angolais, Isabel et Tchizé, au sujet de transactions immobilières douteuses.
Si les enquêtes du parquet portugais agacent prodigieusement les milieux d’affaires ainsi que le cercle du pouvoir à Luanda, elles ne surprennent pas une partie de la population angolaise. « Il y a des gens dans le pays qui, en un espace de temps très court, sont devenus très très riches, et pas seulement grâce à leur travail. En tant qu’historien, je le dis et je le répète, je ne connais aucun exemple d’accumulation de capital qui se soit fait de manière transparente », constate, amer, l’historien Fernando Gamboa, au micro de FRANCE 24.
Pour autant, Lisbonne ne semble pas prêt à sacrifier les juteuses relations qu’elle entretient avec son ancienne colonie au nom de la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent. Ainsi, mi-septembre, alors que le parquet portugais s’interrogeait sur la provenance de 93 000 dollars déposés par le procureur général de la République Angola, Joao Maria da Souza, sur un compte aux Îles Caïman, un paradis fiscal notoire, le ministre portugais des Affaires étrangères, Rui Machete, a présenté des « excuses diplomatiques » publiques à Luanda pour cette enquête.
« Le pays qui a le plus investi au Portugal ? L’Angola »
Alors que l’Angola est classé parmi les pays les plus corrompus du monde par l’ONG Transparency international (le pays arrive au 157e sur 174), cette déclaration pour le moins inattendue a déclenché une vive polémique à Lisbonne où l’opposition a réclamé la démission du chef de la diplomatie. Un mois et demi plus tard, le 30 octobre, la justice portugaise a officiellement classé l’enquête. « Le ministère public a considéré que l’opération financière qui faisait l’objet de l’enquête était clarifiée et expliquée », a indiqué le parquet dans un communiqué.Marques Guedes, ministre des Affaires parlementaires, l’avait demandé mi-octobre (« Les relations avec l’Angola devraient être soignées par l’État portugais »), Lisbonne s’est donc exécuté : les autorités marchent sur des œufs dès qu’il est question de l’Angola.
Licinio Barraira, propriétaire d’un restaurant à Luanda interrogé par FRANCE 24, résume : « Moi, je regarde les statistiques données à la télévision et qu’est-ce que je vois ? Le pays qui a le plus investi au Portugal ? L’Angola. La nationalité qui a le plus dépensé en articles de luxe et autres ? Les Angolais. Alors ensuite, on ne peut pas se permettre d’aller demander aux gens d’où vient l’argent avec lequel ils ont fait des courses ou déjeuné à Lisbonne ».
Par Gaëlle Leroux
Source: http://www.france24.com/fr/20131031-portugal-angola-enquete-justice-blanchiment-argent-corruption-dos-santos-menaces-investissements