L’origine du « Kumba » : Aux racines de la Rumba
La naissance de la Rumba plonge ses racines dans le Royaume du Kongo, un empire puissant du bassin du Congo fondé au XIIIe siècle. Ce vaste territoire englobait le sud-ouest des actuels Congo-Brazzaville, Congo-Kinshasa et une partie de l’Angola. Sa capitale, Banza Kongo (San Salvador), se trouvait en Angola.
Dans ce royaume où la musique occupait une place centrale, une danse emblématique nommée « Kumba » – signifiant « Nombril » en langue kongo – était pratiquée. Elle pouvait se danser en couple ou individuellement, avec des mouvements tantôt sensuels, tantôt rituels. La « danse du Nombril » était un pilier des cérémonies festives et communautaires.
Avec la traite négrière, des esclaves du Royaume du Kongo furent déportés à Cuba, notamment dans la région de Matanzas à la fin du XVIIIe siècle, emportant avec eux cette tradition musicale et chorégraphique.
L’évolution de la Rumba à Cuba
Une fois à Cuba, la « Kumba » connut une transformation majeure. Malgré la prononciation altérée par les colons espagnols, qui la rebaptisèrent « Rumba », elle devint la danse la plus populaire des « cabildos », ces regroupements d’esclaves Kongo.
Avec le temps, la Rumba cubaine se diversifia sous trois formes principales :
- Guaguancó : la plus répandue, exprimant la séduction et la parade entre danseurs.
- Columbia : inspirée des danses africaines, plus rapide et acrobatique.
- Yambú : la plus ancienne, proche du « Kumba » originel, pratiquée par les Congolais dès les années 1930.
La Rumba cubaine se caractérise par une structure musicale antiphonale (un chœur et un soliste), des percussions marquées et des mouvements de hanches accentués, mettant en valeur la femme.
L’essor international de la Rumba
Malgré une répression par les autorités coloniales espagnoles dans les années 1930-1940, qui la considéraient comme subversive, la Rumba a fini par conquérir la scène mondiale :
- 1924 : Présentation officielle à Paris lors d’une conférence internationale.
- 1932 : Succès à l’Exposition internationale de Chicago.
- 1947 : Codification officielle de la danse à Milan.
La redécouverte de la Rumba par les Congolais
Jusqu’aux années 1930, la Rumba était inconnue en Afrique centrale. Les musiques dominantes étaient le chant folklorique rural et le Maringa, un style musical introduit en 1925 à Loango (Moyen-Congo), considéré comme un précurseur de la musique congolaise moderne.
C’est dans ce contexte que la Rumba fut réintroduite dans les deux Congo :
- 1934, Brazzaville : Un coopérant martiniquais, Jean Réal, crée le groupe « Congo Rumba », s’inspirant des rythmes afro-caribéens.
- Même période, Boma (Congo-Belge) : Le Ghanéen Thobas fonde l’orchestre « Excelsior », influencé par le Highlife et les musiques afro-caribéennes.
Dans les années 1940, des figures comme Paul Kamba (Brazzaville) et Antoine Kolosoy Wendo (Kinshasa) adaptent la Rumba cubaine en une version proprement congolaise, inspirée du Yambú.
Les écoles de la Rumba congolaise
- 1948-1956 : Tous les orchestres jouent une Rumba lente et homogène.
- 1957 : Deux styles se dégagent :
- OK Jazz (Odemba) : Une Rumba lente influencée par le folklore Mongo.
- African Jazz : Une version plus rapide et influencée par le jazz afro-cubain.
- 1959 : L’orchestre Bantou de Brazzaville crée une synthèse des deux styles.
- Années 1970 : Le groupe Zaïko Langa Langa introduit une Rumba plus moderne et rythmée, marquant l’arrivée du « Sébéné » (enchaînement répétitif de notes).
- Années 1980 : Naissance du Ndombolo et du Soukous, portés par des groupes comme Wenge Musica, Viva La Musica et Quartier Latin.
La Rumba et l’UNESCO : Reconnaissance et controverses
Le 1er décembre 2016, l’UNESCO inscrit la Rumba cubaine au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reconnaissant son héritage africain et son rôle dans la culture cubaine.
Cependant, cette décision suscite un vif débat en Afrique centrale. Nombreux sont ceux qui revendiquent la reconnaissance de la Rumba congolaise, estimant qu’elle est une évolution directe du « Kumba » originel du Royaume du Kongo.
Actuellement, les gouvernements des deux Congo collaborent avec l’UNESCO pour obtenir une reconnaissance distincte de la Rumba congolaise. Les discussions portent sur la définition des critères et la version de la Rumba à considérer :
- Le Kumba originel du Royaume Kongo ?
- La Rumba cubaine issue de ce héritage ?
- La Rumba congolaise moderne, née dans les années 1930-40 ?
Quoi qu’il en soit, la Rumba demeure une véritable passerelle culturelle entre l’Afrique et le monde, témoignant d’une histoire riche et d’une résilience musicale inébranlable.